Turine: "J'ai la légitimité pour être bourgmestre"
La cheffe de file Ecolo, Sarah Turine, devenue un des poids lourds du collège, ne cache plus son rêve de décrocher le mayorat. Interview.
- Publié le 30-06-2016 à 06h33
- Mis à jour le 30-06-2016 à 06h37

La cheffe de file Ecolo, Sarah Turine, devenue un des poids lourds du collège, ne cache plus son rêve de décrocher le mayorat. Voilà tout juste dix ans que l'échevine molenbeekoise Sarah Turine est entrée en politique, se retrouvant d'emblée tête de liste Ecolo aux élections communales de 2006. Celle qui officie, depuis 2012, comme échevine de la Jeunesse, de la Cohésion sociale et du dialogue interculturel - trois compétences particulièrement en vue à Molenbeek - est alors une jeune femme de 33 ans ayant travaillé dans l'enseignement et chez Oxfam. La politique, jusque-là, elle en était restée prudemment à l'écart. "Mais j'ai compris en travaillant dans l'associatif que les politiques ont leur rôle" , indique Sarah Turine. En trois ans d'échevinat, l'élue s'est affirmée, jusqu'à devenir un des poids lourds de l'actuelle majorité MR-CDH-Ecolo. À deux ans des élections communales de 2018, l'Ecolo a fait savoir à la DH son rêve de décrocher un jour le mayorat à Molenbeek.
Qu'est-ce que vous pourriez souhaiter pour les prochaines élections communales ?
"Je pense que Molenbeek mérite un projet fort. C'est une question de vision. Sans vouloir nous vanter, je pense qu'une des grandes forces d'Ecolo, c'est de pouvoir se projeter dans l'avenir."
Si la taille de votre parti vous le permet (NdlR : 4 sièges au conseil communal actuellement), vous pourriez prétendre à être autre chose qu'échevine, être bourgmestre ?
"Pourquoi pas ! Je pense que j'ai la légitimité et l'expérience. Après, la légitimité, ce n'est pas que celle du terrain, c'est celle qui vient à travers les urnes. Ecolo pèse 10 %, donc je reste humble."
Mais diriger la commune pourrait vous plaire ?
"Bien entendu !"
Qu'est-ce que ce qui changerait par rapport à aujourd'hui ?
"C'est important de pouvoir redonner confiance à l'ensemble des habitants. En tant qu'écologiste, je porte un projet assez inclusif. Il s'agit de travailler avec les habitants, avec le secteur associatif."
Il y a moyen de le faire davantage ?
"Oui. Puis, il y a quand même quelques habitants qui sont venus me voir en me disant 'Pourquoi vous ne vous présenteriez pas comme bourgmestre ? '. C'est la reconnaissance par rapport au travail. C'est chouette comme retour, même si je leur réponds qu'avec 10 %, c'est difficile."
Mais en quoi une équipe Turine serait différente d'une équipe Schepmans ( NdlR : l'actuelle bourgmestre Françoise Schepmans (MR)) ?
"Que ce soit dans les projets économiques, culturels, même de sécurité, il faut en tout cas avoir une vision d'ensemble et des projets très concrets. Une fois qu'on décide, on ne décide pas sur un coup de tête."
Ce qui est parfois le cas ?
"Je pense qu'on est souvent pris dans l'urgence. Je ne veux pas jeter la pierre à la bourgmestre, que les choses soient claires, car je pense que le changement était bénéfique pour la commune (NdlR : l'éviction des socialistes et de Philippe Moureaux en 2012). Elle a été confrontée aux difficultés de la question financière et de la lutte antiterroriste. Simplement, on n'apporte pas les mêmes réponses pour les résoudre."
Quelles choses feriez-vous différemment ?
"Aujourd'hui, les habitants ne comprennent pas certaines décisions, parce qu'on les prend sans eux ! Et puis parfois, on va changer parce qu'il y a un groupe d'habitants qui n'est pas content. Il faut impliquer beaucoup plus les habitants, parce qu'ils ont des compétences."
Un meilleur score d'Ecolo en 2018 est-il possible ?
"Bien sûr ! J'espère bien qu'on aura un rapport de force beaucoup plus important en 2018. Je l'espère car je pense vraiment qu'on a démontré que les trois échevins Ecolos dans la majorité étaient vraiment au service des citoyens et venaient avec des projets concrets. Et c'est de ça dont la commune a besoin."
"Je respecte énormément Philippe Moureaux"
"Philippe Moureaux, c'est quelqu'un que je respecte énormément. C'est quelqu'un avec qui j'ai appris à croiser le fer. J'ai appris le jeu de la politique avec lui. Au conseil communal, c'est avec quelqu'un comme lui en face de moi que j'ai appris à faire un discours politique, à défendre mes idées. C'était une très bonne école. En 2012, cela a été un choix difficile humainement parce que j'avais du respect pour Philippe Moureaux (NdlR : le bourgmestre socialiste a été évincé du pouvoir par le MR, Ecolo et le CDH) " , explique Sarah Turine, qui a été élue conseillère communale en 2006, dès sa première participation à une élection.
Devenue échevine en 2012, l'Ecolo a lancé, depuis lors, une série de projets visant à favoriser le vivre-ensemble et à rapprocher les différentes communautés dans la commune. C'est dans ce cadre que les mosquées molenbeekoises ont organisé, début juin, un week-end portes ouvertes, et que 600 personnes de confessions différentes ont rompu, deux semaines plus tard, le jeûne dans l'église Saint Jean-le-Baptiste. "
On démarre également à la rentrée un cycle de conférences, avec notamment l'islamologue Rachid Benzine et la féministe marocaine Asma Lamrabet. Certaines auront lieu dans des mosquées afin de toucher un autre public et de nouer un dialogue avec leurs représentants" , explique Sarah Turine.
