Bruxelles Cinq Pavés de Mémoire, posés à l’initiative de l’Association pour la mémoire de la Shoah, ont été recouverts de ciment.

Les faits se sont déroulés à la fin de l’année dernière. Cinq pavés de Mémoire insérés dans le trottoir de la rue Coenraets, à quelques pas de la gare du Midi, ont été recouverts de mortier et de peinture.

Initiés par l’Association pour la mémoire de la Shoah, chacun de ces petits pavés est installé devant l’ancien domicile d’une victime du génocide perpétré lors de la Seconde Guerre mondiale. Chaque pavé se composant d’une petite dalle surmontée d’une plaque de laiton ou de cuivre au nom de la victime. Sur les 110 pavés installés en Belgique, 98 se trouvent en Région bruxelloise, répartis sur 10 communes.

C’est le site spécialisé www.restitution.be qui a rapporté en premier, il y a quelques jours, le vandalisme perpétré sur les cinq pavés. Une information relayée, ce lundi, par nos confrères de la RTBF...

Si les pavés de la rue Coenraets étaient toujours recouverts à 12 h, les services communaux les ont finalement restaurés dans l’après-midi, leur faisant retrouver leur aspect originel.

Les cinq pavés rendent hommage à Josef Kichka (44 ans) et Chana Gruszka (43 ans) et à leurs trois enfants, Berta Kichka (15 ans), Henri Kichka (14 ans) et Nicha Kichka (9 ans) qui avaient été arrêtés en 1942 parce qu’étant de confession juive. La famille avait été détenue à Malines avant d’être déportée à Auschwitz. Seul Henri Kichka reviendra vivant d’Allemagne. Il vit d’ailleurs toujours.

"Depuis que ces pavés ont été installés en octobre, il y a souvent des problèmes car des bandes de jeunes raînent autour. J’en ai un peu marre de ces pavés !", réagit de son côté, un des habitants de la rue, dont l’habitation se trouve à quelques mètres du monument.

Pour Eric Picard, de l’Association pour la mémoire de la Shoah, il s’agit sans aucun doute d’un acte antisémite. "Ce ne peut pas être un acte irréfléchi. Recouvrir de cette manière des pavés portant clairement la mention détenu à Auschwitz et assassiné ne peut pas être un hasard. Je ne sais pas qui a fait cela mais c’est terrifiant ! J’espère que la commune va restaurer ces dalles le plus vite possible et qu’on pourra ainsi les inaugurer", poursuit-il.

Il semble qu’il ait été entendu puisque les pavés ont été rapidement restaurés, peu après le début de la médiatisation de l’histoire.


Pour Saint-Gilles, "ce n’est pas un acte antisémite"

Pour la commune, il ne s’agit pas d’un acte antisémite mais de l’œuvre d’un riverain inquiet des conséquences que pourrait représenter la proximité d’un mémorial juif près de chez lui. "Il faut déjà rappeler que les faits se sont passés fin novembre ou début décembre et qu’ils n’ont rien à voir avec les faits d’actualité récents", précise Cécile de Geest, la porte-parole de la commune. "Il ne s’agit pas d’un acte antisémite. C’est un acte d’un riverain inquiet par la présence de tel mémorial. On va remettre ces pavés en état très rapidement", a-t-elle encore indiqué, ce lundi vers 15 h (NDLR : contrairement à ce qui a été rapporté sur les sites Internet de plusieurs médias, les pavés n’avaient pas encore été restaurés, fin de la semaine dernière).

Des pavés qui font polémique

Sur les 110 pavés installés en Belgique, 98 se trouvent en Région bruxelloise. Un nombre qui sera revu à la hausse d’ici quelques jours, puisque 9 nouveaux pavés doivent être installés, en février, à Schaerbeek, Saint-Gilles et Bruxelles-Ville. Le phénomène des pavés commémoratifs prend donc de l’ampleur mais divise pourtant la communauté juive de Belgique. À l’instar de Henri Gutman, le président du Centre communautaire laïc juif (CCLJ) qui s’exprime ici à titre personnel.

"Soyons clairs : le recouvrement de ces pavés est sans aucun doute un acte antisémite. Et c’est très inquiétant. Tous ces pavés de mémoire se trouvent dans des quartiers plutôt pauvres et avec une importante population immigrée, ce qui est normal puisque c’est dans ces mêmes quartiers que les Juifs habitaient. J’espère que de tels actes ne se reproduiront pas. Au sujet de ces pavés, je comprends l’idée de vouloir marquer la mémoire de ses proches. Et qui suis-je, d’ailleurs, pour interdire une telle volonté ? Je ne demanderai donc jamais à un bourgmestre d’interdire de pareils pavés. Mais j’ai un peu du mal à l’idée de ces noms de victimes sur lesquels les gens marchent."

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