Charleroi Le réseau souterrain coûte cher, qu’on y fasse passer un peu ou beaucoup de gaz, et le CNG est compressé à partir du gaz de ville.


Le CNG (gaz naturel compressé) est un carburant alternatif pour les véhicules, tout comme l’électrique ou l’hydrogène. À ceci près qu’il ne nécessite pas de gros investissements, à l’inverse d’une batterie, et que la technologie est déjà prête, contrairement à l’hydrogène.

La commune d’Ham-sur-Heure-Nalinnes, au sud de Charleroi, vient de faire passer la quasi-entièreté de sa flotte de véhicules vers ce nouveau type de carburant (lire plus bas). C’était l’occasion de refaire le point sur ce carburant encore assez peu fréquent, malgré les quelque 20 millions de véhicules au CNG dans le monde.

"Il y a un triple bénéfice à l’utilisation du CNG pour les véhicules", note Cyprien Devilers (MR), président d’Ores. "Un : c’est bon pour l’environnement, plus propre et plus vert. Deux : c’est meilleur pour la santé publique, avec 90 % de particules fines émises en moins. Trois : c’est bon pour le portefeuille."

Si, à l’achat, un véhicule CNG coûte généralement le prix d’un diesel pour un prix à la pompe quasiment divisé par deux, il faut savoir que c’est en réalité un bloc essence auquel on a attaché une bonbonne de gaz. Comme le LPG, direz-vous ! Sauf que, contrairement au LPG, il n’y a pas de risque d’explosion (et donc, pas de restrictions pour les parkings souterrains), on peut toujours utiliser le réservoir d’essence en cas de besoin et il n’y a pas de coûts cachés. Il faut uniquement faire vérifier tous les quatre ans, avant le contrôle technique, qu’il n’y a pas de fuite dans le réservoir (prix : environ 100 euros).

Le carburant CNG utilise le même gaz
que dans votre chaudière

Mais il existe aussi un avantage dissimulé : rouler au gaz naturel CNG permet de réduire indirectement le prix de votre facture de chauffage. Parce que le gaz naturel qui est compressé aux stations-services pour devenir un carburant est le même que celui que 450.000 ménages utilisent quotidiennement pour se chauffer et faire la cuisine.

"Et ce qui coûte très cher, ce n’est pas le gaz en lui-même. Le gaz naturel, c’est le carburant le plus répandu de la planète et, qui plus est, on peut en fabriquer dans les unités de biométhanisation (comme à Fleurus et Aiseau-Presles, NdlR) et réinjecter ce biogaz dans le circuit d’Ores", ajoute Cyprien Devilers. "Non, ce qui coûte cher, c’est d’entretenir les infrastructures souterraines. Ce sont des coûts fixes, qu’on fasse passer un peu ou beaucoup de gaz. Au plus il y a de gens qui utilisent le gaz, au plus ce prix d’entretien du réseau sera répercuté largement et, finalement, au moins ça coûtera sur chaque facture !"

Et quand on sait qu’annuellement, pour du gaz, une voiture consomme à peu près autant qu’une maison, et qu’il y a davantage de voitures que de maisons, le calcul est vite fait.

On est, dès lors, en droit de se demander si son prix ne va pas flamber quand le gaz naturel sera utilisé par une grande partie de la population. Comme on le constate aujourd’hui avec l’essence. "Non, non", assure Devilers. "Les gens ont besoin du même gaz pour se chauffer. On ne peut pas, comme avec le mazout, ajouter des accises pour la mobilité." Autant le croire, en espérant que le gouvernement ne donnera pas raison aux plus sceptiques d’entre nous un jour.

© van Kasteel

"Ham-sur-Heure bientôt sans voitures Diesel": 17 véhicules commandés

"On s’est décidé, et on a foncé" , résume le bourgmestre de la commune d’Ham-sur-Heure-Nalinnes, Yves Binon (MR). Ils ont passé commande de 17 véhicules équipés au gaz naturel CNG pour les services communaux et le CPAS. Onze d’entre eux étaient déjà arrivés début juillet, des camionnettes VW et Opel. Des petits camions Iveco et Fiat vont suivre. "On est quasiment à 0 % de véhicules diesel" , se félicite le maïeur. "Au fur et à mesure que le renting actuel arrive à sa fin, on y arrivera. Un jour, on va même arriver à 100 % de CNG, quand on passera notre gros camion communal à ce nouveau type de carburant."

Pour Ores, c’est un signal envoyé par la petite commune au service public. "Ham-sur-Heure montre que c’est possible, c’est un exemple que d’autres communes devraient suivre, et ce qu’ils ont fait va avoir un impact sur l’ensemble de la Wallonie", répond le président Cyprien Devilers (MR), également échevin à Charleroi. "Alors qu’ailleurs, ça va moins vite, ici l’administration a rapidement fait les marchés publics, et voilà le résultat."

Seul point négatif à ce beau tableau : la commune a loué sa nouvelle flotte. "C’est beaucoup plus simple, notamment pour les entretiens", note Yves Binon. "Mais vu que c’est du renting, ça nous coûte un peu plus cher, parce qu’il n’y a pas de subsides."

© COLRUYTGROUP

Les pompistes veulent des aides à l’achat des autos

Transformer une station classique équipée en essence SP95E10 et SP98, en diesel et en LPG, pour qu’elle puisse servir de pompe au gaz naturel, coûte aux alentours de 400.000 euros. Pourtant, ce n’est pas ce qui embête les fournisseurs.

"D’ici fin 2019, on a quinze projets de nouvelles pompes en Wallonie, explique Maarten Van Houdenove pour Dats24. Dans la région carolo, on a déjà terminé Morlanwelz et Gosselies, et Thuin est en train d’avancer… sans oublier que ça ferait sens d’avoir une station près du contournement de Couvin, même si dans la Botte, il n’y a pas l’infrastructure néccessaire pour l’instant."

Chez la concurrence , Enora a inauguré sa pompe à Mont-sur-Marchienne, et deux autres pompes sont en projet à Fleurus et Loverval. Plus largement, il devrait y avoir 200 pompes en Belgique d’ici 2025, et 400 en 2030, dont au moins 100 en Wallonie et 30 à Bruxelles.

Ce ne sont pas les aides pour multiplier les pompes, malgré le demi-million que demande la transformation, qui sont nécessaires aux vendeurs de carburant. "Nous, on veut des aides pour les particuliers. Que ce soit dans les impôts ou en prime à l’achat. Pas des aides pour ouvrir des pompes, poursuit Maarten Van Houdenove. Parce qu’au plus il y a de voitures en circulation, plus il y en aura à nos pompes. C’est surtout ça qu’on veut, d’un point de vue business."

En attendant, les entreprises se débrouillent pour proposer des réductions ou des bons plans de leur côté, même en l’absence d’incitant de la part des autorités belges et wallonnes : Ores offre une prime de 500 euros à l’achat d’un véhicule au gaz naturel CNG, par exemple. Le groupe Volkswagen a ramené le prix d’un véhicule VW neuf équipé au gaz au prix de la même voiture, avec un bloc essence, soit quelques milliers d’euros en moins. Enfin, le prix à la pompe est d’environ 0,90 €, pour un peu plus de kilomètres d’autonomie qu’un diesel.