Steven Defour: "J'ai entre 5 et 7 % de chances d'aller au Mondial"
Steven Defour ne se fait pas trop d'illusions : "Je ne force plus mon corps".
- Publié le 24-04-2018 à 06h36
- Mis à jour le 24-04-2018 à 07h02

Steven Defour ne se fait pas trop d'illusions : "Je ne force plus mon corps".
Story Urban Deli Shop Restaurant , hier en début d'après-midi à Anvers. Entre deux séances de rééducation chez le physiothérapeute Lieven Maesschalck, Steven Defour (30 ans) commande une salade César et une eau pétillante avant de nous accorder une interview. "Je dois faire attention à ne pas prendre du poids", sourit le médian de Burnley, opéré le 5 février au cartilage du genou.
Vous ne voulez pas grossir afin de maintenir une chance d'aller à la Coupe du Monde ?
"Non. Je me focalise sur ma rééducation et sur la reprise des entraînements avec Burnley. Je sais que j'ai très peu de chances d'aller au Mondial."
Vous parliez de 5 %, il y a peu.
"Allez, disons 6 à 7 %, maintenant. Je suis un peu en avance sur mon programme. Mais je ne forcerai pas mon corps, comme je le faisais avant. Notamment quand je me suis fracturé le pied, ou après des déchirures musculaires. Je veux jouer jusqu'à mes 35 ans. Je ne brûle donc pas les étapes."
Le problème, c'est que vous n'aurez pas de rythme de match.
"C'est vrai. Burnley joue son dernier match le 13 mai. C'est trop tôt. Je viens à peine de reprendre les exercices sur trampoline. Je ne compte pas sur le Mondial. Je n'espère pas trop. Et si jamais je fais quand même partie des 23, ce sera du bonus."
Roberto Martinez ne vous abandonne pas. Il vous a même dit que vous auriez été dans les 23.
"Si j'avais maintenu le même niveau que lors de la première martie de la saison. Cela m'a fait plaisir. Je dois dire que j'étais vraiment content de moi. J'étais surtout très régulier. C'était le Defour du Standard."
Vous devez presque espérer que d'autres valeurs sûres tombent comme des mouches.
"Ce n'est pas cette mentalité-là qui règne au sein de l'équipe nationale. Vu qu'on se connaît bien, on est encore plus proche qu'en 2014. J'ai reçu des whatsapp d'Eden et Jan avant mon opération. Et à mon tour, je vais leur souhaiter bonne chance avant la Coupe du Monde."
Vous n'allez pas sur place ?
"Non. Je serai dans la phase finale de ma rééducation. Je n'aurai même pas de vacances, sauf peut-être quatre ou cinq jours. Je suis déjà parti cinq jours à Dubai, avec mon attelle."
Vous ne ferez pas partie de l'équipe qui vise le titre de champion du monde.
"Tous nos joueurs évoluent dans de grands clubs, et on est tous plus forts qu'en 2014. C'est donc possible. Cela dépendra de la forme du jour, de l'adversaire et des blessés et suspendus."
Donc, vous devez viser l'Euro 2020.
"On verra."
Kompany et Fellaini songent à leur retraite en équipe nationale, mais vous quand même pas ?
"Je ne suis pas si jeune que cela. Fellaini a six mois de plus que moi… Je n'y ai pas encore songé. Mais surtout quand on a eu beaucoup de blessures, cela fait du bien de prendre quelques jours de repos. Cela peut prolonger une carrière."
Donc, vous ne serez peut-être plus disponible pour l'équipe nationale après le Mondial ?
"Vraiment, je n'y ai pas encore songé. Je veux d'abord être fit et retrouver mon meilleur niveau. Je ne fais plus de projets dans ma carrière. Ma dernière mésaventure en est le meilleur exemple. Je voulais faire une top saison pour aller au Mondial. Au lieu de cela, je me retrouve chez Lieven Maesschalk…"
"Sa Pinto et Conceiçao se battaient presque"
Defour analyse ses deux ex-clubs, Anderlecht et le Standard.
Vu que Defour passe ses journées en Belgique, il a plus le temps d'analyser le football belge. "La différence avec le football anglais est énorme", constate-t-il. "Même en Championship - la D2 anglaise - un match n'est jamais joué. En Belgique, on peut contrôler un match quand c'est 2-0. C'est impossible en Angleterre."
Defour suit en particulier ses ex-clubs, Anderlecht et le Standard. "Récemment, j'aurais dit à un journaliste que j'étais plus supporter d'Anderlecht que du Standard. On me pose toujours cette question. Je ne devrais plus y répondre. Parce qu'au fond, je ne suis supporter que d'un club : le FC Malinois. J'ai connu cinq belles années au Standard, et deux belles à Anderlecht. Je sais qu'il y a des supporters qui m'en veulent au Standard et à Anderlecht. Tant pis…"
Il est déjà retourné au stade Vanden Stock, mais jamais à Sclessin. "J'avais pourtant reçu une invitation d'un ami pour assister à Standard - Anderlecht dans une loge. Mais j'ai estimé que c'était plus intelligent de rester chez moi…"
Par contre, il était à Anderlecht - Bruges. "J'ai croisé Marc Coucke après le match. Il m'avait l'air nerveux. Il m'a dit qu'il était soulagé d'avoir gagné. La victoire avait enlevé un poids de ses épaules."
Entre-temps, Anderlecht a perdu deux matches de suite. "Quel est leur programme à domicile ? Charleroi, le Standard et Genk ? Un 9 sur 9 est indispensable. Sinon, Anderlecht aura un gros problème."
Selon Besnik Hasi, Anderlecht a trop peu de caractères forts dans le groupe. Defour confirme : "Il faut des gars qui osent se mettre nez à nez avec un adversaire ou un coéquipier, pour le remettre à sa place. Bruges a Vormer et Simons. Anderlecht a Kara et Boeckx, mais ils se retrouvaient chez Maesschalck avec moi. Deschacht peut également remplir ce rôle, mais pas quand il est sur le banc. Et Kums peut être un patron, mais pas quand il est mécontent de son propre jeu."
Et quid du Standard ? "C'est un candidat pour - au moins - le Top 3 et peut-être le Top 2 . Imaginez que Sa Pinto gagne la Coupe et termine deuxième. Là, il aurait fait une très bonne saison. Et il est apprécié par les supporters…"
Mais le premier choix du président Venanzi s'appelle Michel Preud'homme, l'ex-coach de Defour. "Cette fuite dans les médias - si elle est correcte - est dangereuse…", prétend Defour.
Defour connaît bien Sa Pinto. Il a été son coéquipier au Standard en 2007-2008. "Il jouait derrière l'attaquant de pointe, donc devant moi. Il était déjà si impulsif que maintenant. Les Portugais sont comme cela. Je me souviens des matches à sept contre sept à l'entraînement. Quand il était dans l'autre équipe que Conceiçao, le gagnant charriait le perdant. Il lui lançait : 'Allez, ramasse les cônes et va chercher les ballons, perdant…' L'autre se fâchait tellement qu'ils se battaient presque."
À Porto, Defour a vu la même chose. "Je suis encore le championnat portugais. Les entraîneurs comme Conceiçao (Porto), Jorge Jesus (Sporting) ou Rui Vitoria (Benfica) sont pires que Sa Pinto."
Et cet autre ex-coéquipier de Defour au Standard, Mehdi Carcela ? "Il a toujours été un formidable joueur. Mais il était un peu trop jouette, avant. Maintenant, il prend ses responsabilités, en partie grâce à ce brassard de capitaine."
Nouveau contrat? "Mon option sera levée à Burnley"
Defour a réalisé un formidable premier tour. "L'entraîneur a changé le style de jeu", explique-t-il. "On joue plus au foot, comme je l'aime. Les supporters m'adorent. Par match, ils entonnent quelques fois ma chanson. Pourquoi je leur plais ? Peut-être mon palmarès international. Et mes quelques jolis buts. Si je n'avais pas été blessé, j'aurais été candidat pour le trophée de Joueur de l'année. Malgré ma blessure, je serai peut-être dans le Top 5 ."
Defour n'a plus qu'un an de contrat. "Avec une option d'un an supplémentaire, qui sera levée", dit-il. "Et, qui sait, prolongerai-je mon contrat de plusieurs années. Mon agent voit la direction, cet été. On est très bien parti pour nous qualifier pour la Ligue Europa. Cela date des années 60."
Wilmots VS. Martinez: "Meilleure préparation qu'en 2014"
Defour ne promet pas que les Diables seront champions du monde. Mais la préparation sera meilleure sous Martinez que sous Wilmots. Defour se souvient du stage épuisant en Suède, sous Wilmots. "Mentalement, c'est une bonne chose que le groupe reste en Belgique. En une semaine, on ne perd pas sa condition physique. Avant de partir trois ou quatre semaines à un grand tournoi, cela fait du bien d'être auprès de ses proches." Et quid des visites des familles sur place ? "La communication était mauvaise, en 2014. D'abord, les femmes pouvaient venir. Puis, c'était non. Finalement, elles pouvaient quand même venir, on pouvait les voir pendant 10 ou 20 minutes après un match. Mais la plupart avait déjà annulé les vols…"
Son FC Malinois: "J'étais vide après le 4-0 d'Eupen"
Defour était déjà en Belgique quand son FC Malinois - le club qui l'a formé - a été relégué en 1B. Il était dans le stade contre Beveren. "Comme tout le monde, j'étais euphorique à 2-0 et vide à la fin du match. 1-0, 2-0, 3-0 et 4-0 à Eupen en un quart d'heure… Bien sûr que je me suis posé des questions, mais ce n'est pas dans le dernier match que le KaVé devait se sauver. Et ils auraient également pu en mettre quatre à Beveren. Un club comme Malines ne peut pas descendre en deuxième division !"
Defour a toujours promis qu'il terminerait sa carrière à Malines. "C'est encore toujours l'objectif, oui." Même si son club favori est en 1B ? "J'espère qu'ils reviendront vite en 1A. Et puis, on verra. Si je suis encore à Burnley à mes 35 ans et que je suis encore en forme, je ne vais pas descendre de la Premier League anglaise en 1B belge…"
Son 30e anniversaire: "J'ai un peu plus fêté que d'habitude"
Dimanche passé - le jour d'Anderlecht-Bruges - Steven Defour a fêté ses 30 ans. "J'ai fêté cela un peu plus que d'habitude, sourit l'international belge. Quand on n'a pas de match au programme, on peut se le permettre."
Defour a franchi le cap des 30 ans, un âge qui fait peur à un footballeur. "Je ne devais pas fêter mes 30 ans pour savoir que je ne suis plus jeune. Après un match, mes jambes font plus mal qu'à l'époque. Et avant un match ou même avant un entraînement, il faut échauffer les parties du corps fragiles - surtout là où j'ai été opéré, et surtout quand il fait froid - pour pouvoir se mettre en marche."
Son plus beau cadeau est sa petite fille, Ariana, qui a bientôt deux ans. "Elle est merveilleuse, mais qu'est-ce qu'elle est bourrée d'énergie !"