Sofiane Hanni : "Dans un grand club, je suis sur le podium du Soulier d'Or"
Sofiane Hanni est le meilleur buteur de l'année 2015, mais n'en reçoit pas la reconnaissance. Entretien.
- Publié le 05-02-2016 à 10h24
- Mis à jour le 05-02-2016 à 10h28

Sofiane Hanni est le meilleur buteur de l'année 2015, mais n'en reçoit pas la reconnaissance. C'est entre les gouttes qui fuient du toit de la vieille tribune de Malines que Sofiane Hanni s'explique. Il rigole de la vétusté du stade, mais sait que Malines devient trop petit pour ses chiffres de meilleur buteur de l'année civile avec seize pions.
Et malgré tout, vous attirez peu l'attention…
"C'est impossible à expliquer, mais je ne cherche pas spécialement cela. Je ne savais d'ailleurs pas que j'étais le meilleur à ce niveau-là avant qu'on me le dise. Mais c'est clair que si ça avait été un joueur du top, la donne aurait été différente. Ce n'est pas difficile à vivre. C'est le lot des équipes moins mises en avant."
Cela s'est traduit au Soulier d'Or . Savez-vous combien de point vous avez obtenu ?
"Aucun ?"
Non, trois ! Soit 342 de moins que Sven Kums…
(Rires) "Si le meilleur buteur de 2015 avait été dans un grand club, il aurait fini sur le podium. Vu mes stats , ça ne me semble pas anormal. J'étais d'ailleurs présent durant la cérémonie et c'était dingue de voir qu'on ne filmait qu'Anderlecht, Bruges, Gand ou le Standard. Nous étions tout derrière avec Waasland-Beveren, etc."
Vous étonnez-vous de ne pas encore faire partie d'un club du Top 6 ?
"Non, même si je me dis que je suis peut-être fait pour un club du haut du tableau. Je veux toujours aller plus haut. J'aime beaucoup le style de La Gantoise, mais les autres équipes ont aussi un style assez offensif. Si je dois partir, ce sera pour une équipe qui joue au ballon."
La Belgique n'est-elle pas devenue un territoire trop petit pour vous ?
"Loin de là. J'ai eu des offres venues de l'étranger, mais je me dis qu'un passage dans un grand club belge pourrait être bien."
Vu vos statistiques, vous auriez pu partir cet hiver…
"Il y a eu beaucoup d'approches. J'ai eu une discussion avec le président et il m'a demandé de rester. J'ai accepté avec plaisir. Je suis important pour Malines comme Malines est important pour moi. Le club a comme politique de ne laisser partir qu'un seul cadre par mercato. Il y aura plus de possibilités cet été. Je n'aurai plus qu'un an de contrat, mais Malines touchera quand même quelque chose."
Comment expliquez-vous le creux que vous, comme le club, avez connu en début de saison ? Était-ce lié à vos envies d'ailleurs ?
"Je m'attendais à mieux, mais je n'étais pas prêt physiquement. Je suis passé par des moments difficiles. On ne retrouvait pas notre niveau et ça jouait dans les têtes."
Les supporters vous critiquaient et disaient que vous ne pensiez qu'à votre transfert !
"J'étais immature. Je voulais sauter une étape alors qu'il faut être patient pour partir dans les meilleures conditions en ayant réalisé quelque chose. Il n'y avait jamais rien de concret mais des agents me téléphonaient sans cesse pour me proposer des trucs. Mentalement, c'était dur."
Comment vous en êtes-vous sorti ?
"J'ai eu une bonne discussion avec Olivier Renard. Il m'a dit de ne plus calculer, de jouer mon jeu. Il voulait voir le vrai Sofiane Hanni. C'était la première partie du déclic. L'autre est venue du fait que j'ai été mis sur le banc. C'était une gifle qui m'a permis de revenir au meilleur niveau."
Meilleur donneur d'assist mis à la porte
Retour sur une trajectoire sinueuse entre quartier, PSG, centre de formation et D2 turque.
La carrière de Sofiane Hanni a, comme pour beaucoup, débuté à deux pas de chez lui, à Ivry, dans le 94. "D'où le numéro", sourit-il.
C'est entre les buildings qu'il apprend à taper dans le ballon. Crochets, passements de jambe, "tout cela vient de là. Ça m'a énormément apporté au point que je ne dois plus réfléchir sur le terrain. J'improvise. Je jouais aussi en club, mais c'est au quartier que tu développes ta technique, ta culture de la gagne et que tu grandis en tant que personne."
Le choc est donc énorme quand, à quinze ans, il rejoint le centre de formation de Nantes. "Disons que mes parents ont souvent été convoqués par le directeur sportif. Je n'étais pas méchant, mais je ne me pliais pas toujours aux règles. Le quartier ressort parfois, mais ils m'aimaient bien car j'avais le jeu dans la peau."
L'aventure prend toutefois une drôle de tournure. "J'ai peu joué avec les A . La situation du club n'était pas bonne. On manquait de stabilité, les coaches changeaient sans cesse. Ils ne m'ont finalement pas conservé. J'aurais pu aller au PSG, mais c'était pour grossir les rangs de la réserve et évoluer en CFA. Ce n'était pas pour moi."
Il passe un été au chômage et au téléphone. "On me promettait des tas de choses impossibles. Puis, un jour, un gars me parle de Kayseri Erciyesspor en D2 turque. Je n'avais rien à faire alors j'ai été passer un test. Le coach me voulait et j'y ai passé deux belles années. Ceux qui critiquaient mon départ ont même fini par m'appeler pour me demander comment y signer. J'ai toutefois été poussé vers la sortie malgré la promotion et un titre de meilleur passeur. Mais c'est comme ça en Turquie. Fuat Capa est arrivé et a amené ses gars. C'est un regret pour moi. En fait, pour aller en D1 turque, il faut revenir en Europe."