L'interview décalée d'Alin Stoica: "Mon grand regret? J'aurais dû dire oui aux Diables rouges!"
À presque 40 ans, le Roumain revient sur une carrière faite de hauts mais aussi de bas !
- Publié le 16-06-2017 à 12h11
- Mis à jour le 16-06-2017 à 12h16

À presque 40 ans, le Roumain revient sur une carrière faite de hauts mais aussi de bas ! Anderlecht, Club Bruges, La Gantoise, Mouscron et même… Wetteren, Alin Stoica a fait le tour de la Belgique. Retour en coulisses sur l'itinéraire d'un enfant surdoué mais peut-être, aussi, trop gâté !
Alin, entre les championnats de Belgique, d'Italie, de Roumanie ou encore de Serbie, vous avez côtoyé un maximum d'équipiers. Quel est, à vos yeux, le plus fort avec qui vous avez joué ?
"Tous étaient très forts. Et chacun dans son rôle. J'ai ainsi appris beaucoup avec un Filip De Wilde ou un Dany Verlinden. À Bruges, un Timmy Simons était très important. Idem pour Yves Vanderhaeghe à Anderlecht. Sans doute ces joueurs évoluaient plus dans l'ombre que d'autres, mais leur apport était, lui, essentiel au collectif. Mais si je dois citer un équipier qui sortait vraiment du lot, ce sera Enzo Scifo. Lui, c'était un véritable génie avec lequel j'ai immédiatement eu le bon feeling. Instinctivement, je savais où il allait me donner le ballon. Du grand art. Et cette complicité dans le geste ou dans l'action, je l'ai ensuite retrouvée avec Pär Zetterberg, un autre joueur d'exception. Lui et Enzo, en effet, sont de loin les joueurs les plus doués que j'ai pu côtoyer. Mais je le répète, j'ai appris de tous mes équipiers, car le football reste avant tout un sport collectif."
Et vous qui avez connu une longue carrière, quel est le joueur le plus fort contre lequel vous avez joué ?
"Je vais vous surprendre, mais pour moi il était plus facile de jouer en Ligue des Champions que dans le championnat de Belgique. Pour une raison essentielle : sur la scène européenne je devais me concentrer prioritairement sur mon apport défensif. Je me suis ainsi mesuré à Diego Simeone, un monstre sur le plan physique, mais que je suis parvenu à neutraliser en coupant, autour de lui, presque tous les angles. En Belgique, à l'inverse, c'est moi qui étais surveillé au plus près. Et j'avoue que j'ai souvent souffert du marquage de joueurs qui ont été d'abord des équipiers puis des adversaires, comme un Glen De Boeck, un Lorenzo Staelens, un Franky Vander Elst ou encore Daniel Van Buyten. Vous pouvez me croire, tous ceux-là n'étaient vraiment pas faciles à éliminer…"
Un de ceux-là appartenait-il à la catégorie des joueurs méchants ?
"Véritablement méchant gratuitement, je n'en ai pas connu. Et certainement pas dans ceux que je viens de citer. Par contre, un joueur mauvais perdant et spécifiquement emmerdeur, c'était Diego Simeone. J'ai, par exemple, toujours en tête cette image de lui qui me repousse quand, à la fin du match, je viens vers lui en lui tendant la main. Il n'avait manifestement pas supporté que je sois parvenu à l'empêcher de jouer comme il aurait aimé le faire…"
Quel est l'entraîneur qui vous a le plus marqué ?
"En fait, tous m'ont apporté quelque chose. Mais celui qui m'a le plus sensibilisé, c'est René Vandereycken. Parce que c'est lui qui m'a fait monter dans le noyau A du Sporting, qui très vite m'a titularisé, ce qui a gonflé ma confiance. Et quand vous êtes un jeune joueur, il est essentiel de sentir que votre entraîneur croit en vous. À cet égard, Vandereycken a été un pion essentiel dans ma carrière. Je citerai aussi Johan Boskamp, qui aimait travailler avec des jeunes, ou encore Georges Leekens, que j'ai connu à La Gantoise, un entraîneur qui témoigne de beaucoup de psychologie."
Et l'entraîneur que vous n'avez pas apprécié ?
"Aucun ! Car, et je le répète, j'ai appris de tous. Et moi, dans la vie, je gagne ou j'apprends, mais je ne perds jamais. Certes, j'ai pu connaître des moments difficiles. Mais aujourd'hui, ils sont oubliés, car je ne veux retenir que le positif. Vous m'auriez posé la même question il y a un an, peut-être que j'aurais balancé quelques noms. Aujourd'hui, non. Je préfère affirmer que tous mes entraîneurs, même si c'est à des degrés divers, m'ont apporté quelque chose…"
La plus grosse colère à laquelle vous avez assisté dans un vestiaire ?
"Très sincèrement, je n'ai pas de souvenir d'un incident majeur entre joueurs ou avec un entraîneur. Par contre, j'ai longtemps été marqué par la colère manifestée par les supporters d'Anderlecht la saison où on a été battus à Beveren et à Westerlo. Quand ils ont envahi le terrain, j'ai en effet pu mesurer l'ampleur de leur colère, même si je n'ai pas eu peur que physiquement l'un deux en arrive à nous frapper…"
On peut connaître votre plus grand regret ?
"Il est simple : d'avoir opté pour l'équipe nationale de Roumanie et pas pour celle de Belgique. Aujourd'hui encore, je donnerais tout pour pouvoir jouer au moins un match avec les Diables Rouges. À l'époque, j'ai dit non aux Diables, car étant le fils d'un grand joueur roumain, il était logique que je donne la priorité à mon pays de naissance. Mais, et cela, je ne l'ai réalisé que plus tard, la Roumanie, en fin de compte, n'a pas eu de respect pour ce choix difficile que j'ai fait en toute liberté…"
Et votre plus grande réussite ?
"Mes trophées ! J'en ai récolté onze. Je sais qu'aujourd'hui les joueurs sont plus motivés par l'argent que par les trophées. Moi, c'était l'inverse. Et je remercie Dieu de m'avoir permis de remporter tant de trophées, et ce dès l'âge de seize ans quand, avec le Steaua Bucarest, j'ai remporté à la fois le championnat et la coupe. Puis sont venus les titres avec Anderlecht et Bruges, plus quelques distinctions individuelles. Ma réussite, elle est là et j'en suis très fier…"
Le joueur le plus fêtard que vous avez côtoyé ?
"La palme revient au… Berre ! Pour ceux qui ne le savent pas, c'était le surnom donné à Bertrand Crasson. Quel chambreur, celui-là ! Déjà il nous faisait rire avec ses imitations, mais en plus il était toujours le premier à assurer l'ambiance dans le vestiaire. D'ailleurs, si en 2000, avec Anderlecht, on est parvenus à signer une saison magnifique tant en championnat qu'en Ligue des Champions, c'est prioritairement parce qu'il régnait une atmosphère exceptionnelle dans le groupe. Et Crasson, avec son humour et sa perpétuelle bonne humeur, n'y était pas étranger…"
Votre plus grande fête d'après-match ?
"Celle qui a prolongé notre victoire face à Manchester United en Ligue des Champions. Déjà sur le terrain, à la fin de la rencontre, entre nous et le public il y avait eu une incroyable fusion. Et cette folie collective s'est, je me souviens, prolongée tard la nuit. C'est une des rares fois où j'ai vu quasiment tous les joueurs rester ensemble jusqu'aux petites heures…"
Vous avez pas mal bourlingué sur la scène européenne du foot. Pouvez-vous nous parler du transfert qui a failli se faire ?
"Vous me permettez de rester discret à cet égard ? Je crois que dans la vie on n'arrive pas toujours à avoir ce qu'on veut, mais on obtient ce qu'on mérite. J'aurais sans doute pu signer, que ce soit en Angleterre, en Italie ou en Espagne, dans des clubs qui visaient uniquement la dixième place du championnat. J'ai renoncé à ces transferts-là car, comme j'aime à le répéter, j'étais surtout motivé par les trophées, et ceux-là, je pouvais les conquérir avec les clubs belges où je suis passé."
Et en Belgique, il n'y a pas eu d'autres touches qu'Anderlecht, Bruges et Gand ?
"En 1998, le Sporting Lisbonne voulait me transférer et ensuite me louer au Standard. Mais j'ai refusé, car je ne voulais pas être prêté."
Vous n'avez donc connu Sclessin qu'au titre d'adversaire du Standard. Était-ce, néanmoins, votre stade préféré ?
"Oui, car ils ont des supporters formidables. Si aujourd'hui je pouvais encore jouer, c'est à Sclessin que j'aimerais le faire, pour y connaître l'ambiance si particulière qui règne là."
Sinon, quel est le stade où vous avez ressenti le plus d'émotions ?
"L'ancien stade de Galatasaray. Un stade fermé, qui ne pouvait contenir que 25.000 spectateurs, mais où comme joueur, quand le public se mettait à sauter et à chanter, vous aviez véritablement la chair de poule. Jamais je n'ai ressenti un aussi grand frisson, provoqué par l'attitude du public, que dans ce stade-là…"
