La révélation Tsonga
- Publié le 24-01-2008 à 14h50

En atomisant Nadal en demi-finale, le Français atteint la première finale ATP de sa carrière. Portrait
BRUXELLES L'Open d'Australie 2008 a vu la naissance d'une nouvelle étoile au firmament du tennis masculin : le Français Jo-Wilfried Tsonga.
Avant ce premier tournoi du Grand Chelem de l'année, ce jeune joueur de 22 ans n'avait jamais éliminé un membre du Top 10, ni même dépassé le stade des huitièmes de finale dans une levée du Grand Chelem.
Quinze jours plus tard, le Manceau s'est qualifié pour la finale où il retrouvera soit le maître incontesté du tennis, le Suisse Roger Federer, soit le numéro 3 mondial, le Serbe Novak Djokovic !
Le Français disputera à l'Australian Open la première finale ATP de sa jeune carrière, ce qui n'était plus arrivé depuis Gustavo Kuerten à Roland-Garros en 1997. Et le Brésilien l'avait emporté...
Quatre joueurs du top 20 éliminés
En route vers la finale, Tsonga a sorti Andy Murray (ATP N.9), pourtant récent vainqueur à Doha au premier tour en 4 sets. Le Français continuait sa belle aventure et prenait la mesure de son ami Richard Gasquet (ATP N.8) en huitièmes de finale, en quatre manches également.
Accumulant la confiance, celui qui est devenu le chouchou des Australiens se payait ensuite, en 3 sets, le scalp de Mikhail Youzhny (ATP N.14), tombeur de Davydenko au tour précédent.
Opposé en demi-finale à l'ogre de l'ocre, Rafael Nadal, Tsonga n'a pas faibli et a impressionné, réalisant 49 coups gagnants et 17 aces. Résultat des courses : le numéro deux mondial a été balayé sur un score sans appel : 6-3, 6-2 et 6-2 !
Talentueux mais fragile
Mais l'éclosion de Tsonga n'est pas non plus une totale surprise pour les amateurs de petite balle jaune. Après une très bonne année 2007 qui l'avait vu passer de la 212e à la 43e la place mondiale, il avait aussi bien entamé la nouvelle année en disputant les demi-finales à Adelaide après avoir battu notamment l'Australien Lleyton Hewitt.
Le parcours épatant de Tsonga, ancien vainqueur de l'US Open juniors, est la confirmation d'une percée longtemps retardée par les blessures.
Si ce puissant athlète de 1,87 m pour 90 kg savoure chaque minute de sa gloire naissante, c'est qu'il a traversé des moments particulièrement pénibles, après avoir été un grand espoir, vainqueur notamment de l'US Open juniors en 2003 face à Marcos Baghdatis, un de ses prédécesseurs dans le rôle de coqueluche de l'Open d'Australie.
Pendant deux ans, Tsonga n'a pratiquement pas pu jouer au tennis à cause de multiples blessures, dont une hernie discale qui l'a fait douter un moment de sa capacité à continuer sa carrière. Une période douloureuse qui l'a aussi "beaucoup endurci mentalement".
Sa renaissance date du printemps dernier et de sa belle tournée sur le gazon anglais, terminée par un huitième de finale à Wimbledon, perdu cette fois-là contre Richard Gasquet.
Mais depuis, le Manceau, 38e mondial, est encore devenu un tout autre joueur. "Son plus gros progrès, c'est qu'il ne fait plus de fautes", souligne Gasquet. Le fruit probablement du "gros travail technique" entrepris par Tsonga à l'intersaison avec Eric Winogradsky, son entraîneur depuis plusieurs saisons.
"Tsongamania"
Les Australiens, qui adorent se trouver un chouchou à chaque édition de leur tournoi du Grand Chelem, ont cette année jeté leur dévolu sur Jo-Wilfried Tsonga : un honneur qui tombe à pic car le Français adore être sous le feu des projecteurs. "Ma marque de fabrique", dit-il, même si Gasquet assure que "Gaël Monfils a huit crans d'avance sur lui à ce niveau-là".
"Bien sûr que j'aime ça. Il y a tant de gens qui ont des choses à dire et qui ne peuvent pas. Quand on peut parler de ce qu'on ressent, il faut en profiter", dit le Manceau, cuisiné par des journalistes de plus en plus nombreux à chacune de ses victoires.
Mais ce petit plaisir n'est rien par rapport à celui qu'il ressent dans la Rod Laver Arena, le Central de Melbourne Park où il a réussi les plus beaux exploits de sa jeune carrière.
"Quoi de plus beau que de pouvoir s'exprimer devant tous ces gens ? J'essaie de m'amuser, parce que c'est tout simplement incroyable d'être là. Beaucoup de gens aimeraient être à ma place. Je suis conscient de la chance que j'ai", dit Tsonga, plutôt démonstratif et partageur dans la victoire.
En délicatesse avec son dos pendant deux saisons, ce solide athlète est devenu la coqueluche du public australien. L'intérêt des Aussies pour Jo-Wilfried est né, l'année dernière, de sa ressemblance avec Muhamad Ali du temps où il s'appelait encore Cassius Clay, qu'un journal de Melbourne avait illustrée par un photo montage très convaincant.
Le Français, âgé de 22 ans, se dit "très honoré" par la comparaison, mais reconnaît qu'il ne "tourbillonne pas comme un papillon sur le court" à la manière d'Ali sur le ring.
Lui serait plutôt du genre puncheur à la Mike Tyson, avec un gros service (18 aces contre Gasquet, 21 contre Lopez, 17 contre Nadal) et un coup droit dévastateur. Son arme favorite est l'agression permanente, autant sur sa grosse première balle de service que sur l'engagement de l'adversaire.
"Complètement décalés"
Né de père congolais et de mère française, l'ancien vice-champion du monde juniors a connu de nombreux pépins physiques. Depuis dix jours, ses exploits bouleversent la vie de ses proches, en France.
De son père, un ancien handballeur d'origine congolaise, Jo-Wilfried tient "son côté athlétique, mais aussi le respect des règles et des gens qui l'entourent" De sa mère française, il a appris "à rester simple et serein". Son frère est un espoir du basket, pensionnaire de l'Insep.
"Ils sont complètement décalés. Ils dorment le jour et vivent la nuit. Ils m'envoient des textos pour me dire que je les fais pleurer de joie", dit le champion en train d'éclore.
