Le PS booste le budget de l'État en taxant les riches, le MR augmente le pouvoir d'achat avec moins de taxes… les programmes politiques à la loupe
Le Bureau du Plan a publié mardi le chiffrage des priorités électorales 2024, un outil qui permet de déterminer l'impact qu'auront les mesures prioritaires des partis sur les finances publiques en 2029.
- Publié le 08-05-2024 à 06h48

Que coûteraient les mesures proposées par chaque parti politique si le futur gouvernement fédéral n'appliquait que leur programme ? C'est l'exercice d'évaluation et de prédiction qu'a réalisé le Bureau du Plan ces derniers mois. L'analyse publiée mardi par l'institut fédéral était attendue avec beaucoup d'anxiété par les partis car elle donne un aperçu des conséquences que produiraient leurs promesses si elles étaient mises en application.
Emploi, politique économique, énergie, mobilité, environnement, investissements publics, soins de santé, fiscalité… chaque parti a proposé 30 mesures qui ont été passées au peigne fin par le Bureau du plan (BFP). Voici les grands enseignements de cette analyse.
PS et MR aux extrêmes opposés
Le premier élément qui saute aux yeux lorsqu'on se penche sur les résultats du BFP, c'est l'équidistance qui sépare le PS du MR. Sur certains points, les libéraux sont dans le rouge tandis que sur d'autres, ce sont les socialistes qui finissent au pied du podium.
Prenons les finances publiques. L'Union européenne exige des États membres de faire passer leur déficit budgétaire sous la barre des 3 %. Selon le BFP, aucun parti belge ne propose de solutions permettant d'atteindre ce seuil budgétaire en Belgique, mais certains partis s'en approchent. Si le futur gouvernement suivait la feuille de route de la N-VA durant les prochaines années, le déficit budgétaire de la Belgique serait de 3,6 % du PIB en 2029. Avec le programme du PS, on arriverait à 4,5. Avec les autres partis, la dette publique (total des emprunts) et le déficit budgétaire (solde annuel négatif) seraient plus importants. Le pire projet sur ce plan-là serait celui du MR puisqu'il ferait monter le déficit à 7,6 %.

Quand on se penche sur la croissance et le pouvoir d'achat, les valeurs sont inversées. Le programme du MR est celui qui apporterait une évolution la plus positive sur la production de biens et de services. Selon les prédictions du BFP, la croissance économique belge serait de 1,7 % en 5 ans avec le programme des libéraux alors qu'elle ne serait que d'1,5 % avec Les Engagés et DéFI, d'1,4 % avec Ecolo et le PS et, enfin, d'1,3 % avec le PTB.

Les options des Réformateurs permettraient également d'améliorer significativement le pouvoir d'achat : celui-ci grimperait de 11,9 % par rapport à 2024. Les propositions des socialistes donneraient les pires résultats, si on ne s'attarde que sur ce critère : le PS n'augmenterait la capacité des Belges à consommer que de 4,3 %.
Ecolo, le plus social
PS et MR sont par contre au coude à coude sur les risques de pauvreté liés à leurs programmes : 10,5 % pour le premier contre 10,7 % pour le second. Ici, c'est le projet d'Ecolo, suivi de près par DéFI ; qui, selon le BFP, protégerait le mieux les populations les plus précaires (7,9 %). Les verts, talonnés par Les Engagés, seraient également les plus efficaces pour diminuer les écarts de revenus entre bas et hauts salaires.

Sur l'emploi, c'est le MR qui parviendrait à créer le plus d'emplois : 338 000 contre 240 000 pour le PS. Côté francophone, les libéraux obtiendraient le taux de chômage le plus bas : 6,9 % contre 8,1 % pour Ecolo.
Les partis qui réduisent le plus les émissions de gaz à effet de serre sont Ecolo, Groen, le PTB et Les Engagés.
Taxer les riches ou couper les taxes ?
Ces chiffres sont les résultats d'un jeu sur les recettes et les dépenses. Pour augmenter le solde budgétaire de l'État, le PS vise essentiellement à augmenter ses recettes. Comment ? En taxant les ultra-riches. Une mesure qui, rappelons-le, est encore toute théorique puisqu'elle nécessiterait d'avoir un cadastre des patrimoines, ce qui n'existe pas en Belgique. Pour amener plus de gens à travailler, le MR prive l'État d'un apport financier important en coupant un certain nombre de taxes : réduction des cotisations, augmentation de la quotité exemptée d'impôts…
Ces analyses sont à prendre avec des pincettes puisqu'une série d'autres mesures, proposées par les partis mais exclues de cette grille de lecture, pourraient apporter des compensations économiques. Ces indicateurs permettent toutefois de comparer la réalité chiffrée avec les discours des représentants des partis. Ce qui est toujours utile en cette saison électorale.
