Électricité: "La situation devient grave"
Le marché énergétique belge se prépare à affronter un hiver sans savoir s'il y aura assez d'électricité pour tout le monde.
- Publié le 13-08-2014 à 19h41
- Mis à jour le 14-08-2014 à 15h17

Tihange 1 et 2, Doel 3 et 4. Ces quatre réacteurs nucléaires belges focalisent l'attention des acteurs du marché énergétique du royaume, avec une question derrière la tête : la Belgique va-t-elle subir un black-out cet hiver ? Mercredi, la presse flamande se faisait l'écho d'une réponse quasi affirmative.
C'est que le royaume se trouve, pour la première fois, devant une situation peu enviable expliquent nos confrères de la Dernière Heure. Tihange 2 et Doel 3 sont à l'arrêt pour cause de microfissures. Quant à Tihange 1, confirme-t-on chez Electrabel, "il va bientôt subir une révision décennale, prévue de longue date, à partir de septembre". Reste donc Doel 4, mis à l'arrêt suite à l'écoulement volontairement (sabotage ?) provoqué de 65.000 litres d'huile.
Le réacteur sera finalement à l'arrêt jusqu'au 31 décembre de cette année.
À la grosse louche, le pays pourrait s'attendre à traverser la saison froide avec un parc de production amputé de 3.100 MW sur 9.000 MW, dans le cas où tous ces réacteurs seraient hors service (2.700 MW si Tihange 1 tourne). Ce serait exclusif et… embêtant.
"Nous avons de plus en plus d'unités de production qui ferment, l'hiver sera plus compliqué", confirme Elia, le gestionnaire du réseau. "Mais il est difficile de faire des prévisions, tout dépendra des conditions."
Lors de l'hiver 2012-2013, la Belgique avait déjà dû importer de l'électricité à ses voisins car deux réacteurs étaient indisponibles. "Nous avons une connexion directe avec la France et les Pays-Bas, mais la capacité du réseau limite le flux à 3.500 MW", explique le gestionnaire.
Et si cela ne suffit pas ? Le black-out n'est pas encore une fatalité. "D'abord, nous parlons de pénurie, c'est-à-dire que notre production n'atteint pas la consommation. Ensuite, vient un plan de délestage." Il consiste à couper l'alimentation sur une partie du réseau. C'est un brown-out.
Elia pourrait alors communiquer vers les citoyens afin qu'ils limitent leur consommation aux heures de pic de consommation. Certains grands clients industriels pourraient également se voir privés de courant provisoirement, sur base contractuelle.
"La situation devient grave, mais nous travaillons" sur ces scénarios, dont celui de la réserve stratégique, voulue par l'ancien secrétaire d'État à l'Énergie, Melchior Wathelet. Une réserve notamment constituée de la remise en service temporaire de certaines centrales au gaz, fermées pour cause de manque de rentabilité.
En pareil cas, l'opération - importation ou production supplémentaire - ne serait pas blanche du point de vue financier. Ce dernier point est actuellement analysé par la Commission de régulation de l'électricité et du gaz.