Et maintenant, comment payer la note ?
Que l'on réduise les dépenses ou qu'on augmente les taxes, l'assainissement des finances publiques va faire mal. Où les négociateurs vont-ils trouver les 17 milliards d'euros?
- Publié le 25-08-2014 à 20h29
- Mis à jour le 26-08-2014 à 13h54

Que l'on réduise les dépenses ou qu'on augmente les taxes, l'assainissement des finances publiques va faire mal. C'est sans conteste le chantier le plus épineux de la future majorité fédérale : l'assainissement des finances publiques. Les deux formateurs en ont fait un thème transversal, qui transcende tous les autres chapitres. Mais de quoi parle-t-on ?
1 | Le montant. On cite le chiffre de 17,3 milliards d'euros à trouver. Ce chiffre est avancé par le comité de monitoring. Il est une estimation de l'effort que le gouvernement fédéral devra faire d'ici 2019. Est-ce une estimation surprenante ? Non. "En 2014, explique Giuseppe Pagano, professeur d'économie à l'Université de Mons, nous aurons probablement un déficit de 2,7 % du PIB. Or 1 % du PIB, cela représente 4 milliards. On doit donc déjà trouver 12 milliards pour revenir à l'équilibre, en principe en 2016 si on veut respecter l'engagement de la Belgique à l'égard de l'Europe. Par ailleurs, le comité d'études sur le vieillissement a calculé que le papy-boom entraînera une hausse des dépenses de pensions et de soins de santé de 0,5 % du PIB entre 2013 et 2019. Soit 2 milliards supplémentaires. Enfin, la Belgique s'est engagée à baisser sa dette publique. Pour cela, elle doit aller au-delà de l'équilibre et établir un surplus. On arrive alors à un montant global de 17 milliards. C'est un ordre de grandeur."
2 | L'ampleur. Le président de la N-VA a affirmé que ce serait l'effort budgétaire le plus conséquent depuis la Seconde Guerre mondiale. Vrai ? Pas vraiment. "Entre 1982 et la fin des années 90, les gouvernements successifs ont ramené le budget, qui dépassait allègrement les 10 % en début de période, à l'équilibre, rappelle Etienne De Callataÿ, l'économiste en chef de la banque Degroof et cité comme futur ministre de la coalition suédoise. Cela a pris près de 20 ans, mais l'effort était plus conséquent que ce qui devra être fait aujourd'hui."
3 | Le rythme. La Belgique s'est engagée auprès de l'Europe à revenir à l'équilibre en 2016. Mais l'idée d'un étalement fait son chemin. "L'Europe semble en mesure d'accepter un ralentissement du rythme de l'assainissement si le pays prend des réformes structurelles, singulièrement dans le domaine des retraites, professe Etienne De Callataÿ. On sait, sur la base des projections à long terme, que la Belgique est le pays où le problème du vieillissement est l'un des plus aigus."
4 | La manière. Le débat est récurrent : l'Etat doit-il principalement réduire ses dépenses ou augmenter ses recettes pour assainir ses comptes ? On sait, les quatre partis plutôt partisans de la première voie. En principe, c'est possible. Les dépenses primaires de l'Etat tournent autour des 45 milliards et le budget de la Sécurité sociale, autour de 80 milliards. Il y a donc de la marge. On mesure cependant bien la difficulté qu'il y aurait à trouver 17 milliards uniquement en réduisant les dépenses. "C'est pratiquement impossible, assène Giuseppe Pagano. Si vous touchez à la sécurité sociale, c'est le bien-être des citoyens que vous attaquez. C'est extrêmement sensible." À cet égard, le rythme de l'assainissement n'est pas neutre. "Les dépenses de l'Etat sont plus difficilement compressibles à court terme, explique Etienne De Callataÿ. Vous ne pouvez pas licencier du jour au lendemain un fonctionnaire. L'Etat a des contraintes contractuelles. Les efforts en dépenses sont de ce fait toujours plus lents que des efforts en recettes. C'est pourquoi il serait imprudent de mener l'assainissement à marche forcée. S'il fallait résorber tout le déficit en un an, il faudra forcément augmenter les impôts. Mais ce ne serait pas une bonne idée pour la Belgique qui affiche un taux d'imposition déjà très élevé."
5 | L'aide des entités fédérées. Question : une partie de l'effort ne pourrait-il pas être supportée par les Régions et les Communautés, dont les moyens sont désormais supérieurs à ceux de l'Etat fédéral ? Pas simple. "La loi de financement comporte déjà des mesures d'économie, expose Giuseppe Pagano. Aller au-delà, c'est possible. Mais cela nécessite une négociation qui s'annonce difficile. Je vois mal Bart De Wever demander à Geert Bourgeois, ministre-président de la Flandre, de faire des efforts supplémentaires alors que des efforts sont déjà prévus."
6 | Les conséquences. Quoi qu'il en soit, l'assainissement risque de faire mal. Un économiste flamand a dit que la population belge en sortira appauvrie. Le Montois Pagano acquiesce. "C'est évident. Les 17 milliards pour l'Etat ne pourront venir que des entreprises et/ou des particuliers. Et cela fera mal, que l'on dégage l'argent en réduisant les dépenses ou en augmentant les taxes."