Pourquoi les chantiers routiers sont de plus en plus meurtriers
Les camionneurs sont surreprésentés parmi les victimes de ces accidents.
- Publié le 19-10-2017 à 12h19
- Mis à jour le 19-10-2017 à 12h20

Les camionneurs sont surreprésentés parmi les victimes de ces accidents.
Viaduc de Wauthier-Braine, échangeur de Daussoulx, E42 entre Andenne et Daussoulx : les chantiers ont semblé se multiplier sur nos routes et autoroutes ces derniers mois. Outre les embouteillages et ralentissements qu'ils impliquent, ils constituent également un risque considérable en matière de sécurité routière.
"En 2016, on a recensé en Wallonie 219 accidents corporels en présence de chantiers. Ces accidents ont entraîné le décès de neuf personnes et des blessures à 323 autres. Les accidents de chantier représentent chaque année en moyenne 2 % de tous les accidents corporels enregistrés ", analyse Belinda Dematia, porte-parole de l'AWSR, qui nous livre les résultats d'une étude que l'Agence wallonne pour la sécurité routière a réalisée.
Le nombre de personnes tuées dans les chantiers augmente : quatre morts en 2014, huit en 2015, et neuf en 2016. Près de la moitié des accidents (45 %) sur chantier ont lieu sur autoroutes.
Si la majorité des blessés dans les accidents de chantier (67 %) sont des automobilistes, on note une surreprésentation des occupants de camions. Quatre fois plus que dans les autres types d'accidents ! En effet, 12,5 % des victimes d'accidents en présence de chantiers sur autoroute sont des occupants de camions, contre 3,5 % pour les autres accidents.
"C'est lié au type de routes où ont lieu les crashs", précise Belinda Dematia.
Les accidents de chantier ont tendance à se produire davantage en semaine, plus encore que les autres types d'accidents. Car ces chantiers sont logiquement plus actifs en semaine que le week-end, et la densité de trafic, tout comme le risque d'embouteillages, y sont plus importants.
"Les accidents de chantier sont particuliers : près d'1 sur 5 (18 %) est lié à une file ou un embouteillage. Trois fois plus que dans l'ensemble des accidents de la route", conclut l'AWSR. "En fait, ce n'est pas tant le chantier en lui-même qui est dangereux, mais surtout la file qu'engendre ce chantier."
28 P.-V. par an : le non-respect de la tirette est peu sanctionné
L'AWSR le rappelle: le principe de la tirette est obligatoire depuis 2014.
Les chantiers peuvent occasionner des embouteillages, qui mènent parfois à des accidents. C'est d'autant plus le cas lorsque les travaux se déroulent sur un axe fort fréquenté.
L'AWSR en profite pour rappeler l'importance d'appliquer le principe de la tirette. Il est obligatoire depuis 2014, lorsqu'une bande de circulation est interrompue. Tout conducteur qui l'enfreint est passible d'une amende de 58 euros.
En trois ans, un total de 82 P.-V. (20 en 2014, 34 en 2015 et 28 en 2016) a été dressé en Wallonie. La police sanctionne bel et bien donc, même si cela reste dans des proportions limitées. "Ce type d'infraction est difficile à constater. Il faut en effet que la police soit sur place au moment de l'infraction", tempère Belinda Dematia.
Reste que la tirette permet d'améliorer la fluidité du trafic en utilisant la route au maximum de sa capacité. Elle est appliquée par plusieurs de nos voisins : les Pays-Bas, l'Allemagne, le Luxembourg, mais pas en France. La quasi-intégralité des conducteurs belges a déjà entendu parler de ce principe. Mais un quart à peine est en mesure de dire exactement en quoi cela consiste. Et 25 % ne savent pas l'appliquer correctement.
Petit rappel pour les usagers : " C oncrètement, e n cas de rétrécissement, les conducteurs doivent laisser tour à tour passer ceux qui se trouvent sur l a mauvaise band e. Ces derniers doivent, quant à eux , attendre d'avoir atteint le rétrécissement pour se déporter" , rappelle Belinda Dematia, de l'AWSR. "Klaxonner les automobilistes qui ont l'air d'attendre la dernière minute pour se rabattre n'a donc aucun sens… En réalité, ils sont justement en train de respecter la règle !"
L'AWSR prodigue plusieurs conseils.
Auto devant se déporter sur une autre bande.
1) Il est recommandé, environ 300 m avant d'atteindre le rétrécissement (souvent indiqué à l'aide d'un panneau), d'adapter sa vitesse à celle des véhicules de la bande d'à côté.
2) Rouler le plus longtemps possible sur la bande qui s'apprête à disparaître, c'est-à-dire jusqu'à ce que vous atteigniez le rétrécissement.
3) S'insérer sur la bande où le trafic se poursuit, sans couper la route à ceux qui y circulent déjà.
Véhicule sur la bande qui se poursuit
1) Les véhicules sur la bande d'à côté doivent tour à tour laisser passer un conducteur qui veut s'insérer.
Les Wallons veulent plus de radars sur chantiers
Trois-quarts des Wallons Approuvent les limitations de vitesse sur chantier.
De nombreux automobilistes continuent d'enfreindre les limitations de vitesse dans les chantiers. Lorsque les ouvriers sont visibles, les usagers affirment respecter la limitation de vitesse 90 % du temps. Dans le cas contraire, cette proportion descend à 80 %. Selon les statistiques de l'AWSR, sur autoroutes, en présence d'un chantier, 27,7 % des usagers ne respectent pas les limitations de vitesse imposées dans les chantiers. Trois quarts des Wallons approuvent ces limitations de vitesse sur chantier. 13 % d'entre eux souhaitent même qu'elle soit abaissée. "Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les Wallons sont plutôt favorables à la répression dans les chantiers, affirme Belinda Dematia, de l'AWSR. La moitié des Wallons (54 %) affirme être d'accord avec une augmentation du nombre de radars sur les chantiers. Seuls 20 % sont contre !"