Airbus et BAE Systems passent à l'attaque: "Choisir Eurofighter, c'est choisir 19 milliards pour la Belgique"
- Publié le 24-04-2018 à 10h27

Eurofighter veut convaincre l'armée de remplacer les F16 par ses Typhoon. Ils avaient promis des chiffres concrets pour convaincre l'État belge d'acheter leurs Typhoon plutôt que les F35 américains : Anthony Gregory et John Rossall de BAE Systems, ainsi qu'Eric Lardinois d'Airbus nous les ont livrés.
Concrètement, si la Belgique achète votre avion, qu'y a-t-il à la clé ?
"Dix-neuf milliards en contributions directes à l'économie belge sur la durée de vie du partenariat. Parce que 75 % des composants du chasseur Eurofighter Typhoon sont manufacturés en Europe. Pour l'instant, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Espagne sont dans ce projet, le plus grand en collaboration de la Défense en Europe, et soutenu par l'Otan, je le rappelle. Si demain la Belgique nous rejoint, il y aura aussi des retombées économiques, puisqu'on a déjà une flotte de 500 Eurofighters sur le continent, et qu'il faut encore développer la prochaine génération d'avions pour 2050-60."
Et à court terme ?
"Rien que d'ici 2025, Eurofighter peut promettre 4,6 milliards et 3.000 jobs pour la Wallonie, 4,1 milliards et 2.600 jobs pour la Flandre, et 1,1 milliard et 235 emplois à Bruxelles. Ça s'inscrit dans le développement qu'on a déjà avec les autres pays partenaires, qui draine 100.000 emplois et fait participer 4.000 entreprises en Europe. Pour l'avenir, c'est important que l'Union garde son expertise en technologie de pointe."
Mais les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège ont pris l'option F35.
"Parce qu'ils ont participé au développement. On est fier de dire qu'on a les prix les plus compétitifs, que nos appareils sont robustes, et que pas mal des coûts de recherche et développement ont déjà été amortis par les autres pays : ça fait six à huit ans qu'on fait nos preuves en combat et au quotidien. En plus, l'inscription au programme Eurofighter, c'est aussi se tourner vers le développement de la prochaine génération d'avions de chasse et la cybersécurité. J'ajouterais même que nos données peuvent être traitées localement, il n'y a pas de black box cryptées comme dans les chasseurs américains. De plus, les jobs qu'on va créer sont des jobs vraiment en Belgique et en Europe. Pas des jobs dans des entreprises européennes, mais sur le continent américain… Enfin, le surplus de ce qui serait manufacturé en Belgique pourrait être revendu aux pays voisins."
Vous parlez aussi de "consolider" des emplois. Ça veut dire que vous partez si la Belgique n'achète pas ?
"Que la Belgique remplace ses F16 ou pas, c'est une décision belge. Mais on veut appuyer le fait que s'ils veulent changer, c'est nous la vraie solution européenne. On sera toujours là, on avait déjà 600 millions d'euros d'activités en 2015, mais vous savez qu'on se dirige vers une coopération européenne au niveau de la Défense, et si on prolonge les F16 de six ans, la Belgique pourrait perdre sa place de leader en aviation. Politiquement et industriellement, choisir Eurofighter, c'est placer la Belgique à une place de choix aux tables de négociations des actions militaires européennes."
Jusqu'à trois milliards pour Liège
Eurofighter en avait parlé précédemment : l'entreprise souhaite épauler la création de deux centres d'innovation technologique, un en Flandre, l'autre en Wallonie.
Pour ce dernier, c'est la région de Liège qui semble la plus opportune à John Rossall, en charge de l'industrialisation chez BAE Systems. "La proximité de l'université de Liège et sa communauté scientifique, ainsi que celle de Namur, peuvent donner l'élan nécessaire à ce centre."
En partenariat avec le monde académique et les entreprises, Eurofighter envisage que le centre national de Liège permette, à terme, "de positionner la Belgique au premier rang du développement technologique global, que le pays soit prêt à participer aux programmes d'ingénierie de la prochaine génération d'avions de combat".
Retombées promises : jusqu'à trois milliards d'euros.
Sept milliards pour Charleroi
Trois promesses pour la région de Charleroi : la création d'au moins 400 emplois qualifiés dans des centres de maintenance, de support et de logistique "dans des zones non-urbanisées", une activité militaire qui pourrait faire tourner pas loin de six milliards d'euros par le Pays Noir au cours des décennies à venir.
Aussi sur la table, la création d'écoles pour les pilotes, qui se chiffrent à 860 millions, avec des simulateurs de vols high-tech autour ou dans la base militaire de Florennes, en partenariat avec des entreprises déjà implantées dans la région.
Enfin, le flot de données exploitables récolté par les Eurofighter Typhoon nécessitera la création d'infrastructures et d'emplois spécialisés dans l'analyse des données (sensibles et confidentielles par essence), "ce qui améliorerait aussi la souveraineté de l'État belge en lui donnant le plein contrôle de ses données."