Les hôpitaux sont surchargés de scouts: "On redirige trop vite les gens vers les urgences"
- Publié le 25-07-2018 à 06h40
- Mis à jour le 25-07-2018 à 07h26

À l'hôpital de Libramont, les scouts s'invitent trop souvent… aux urgences. Surtout la nuit. De quoi agacer le responsable. Comme d'habitude, juillet/août est une des périodes de l'année les plus chargées pour les médecins urgentistes. "Ce n'est pas nouveau. On ne peut pas encore parler de record au niveau des admissions. Nous sommes vraiment dans la moyenne de ces trois/quatre dernières années. On tourne avec environ 50 patients par jour, avec parfois des pics jusqu'à 70 patients" , confie Guy Mazairac.
Le responsable des urgences précise ensuite que la plupart des interventions restent bénignes : petites plaies, luxations, entorses… On reste donc dans la petite traumatologie. Mais depuis une semaine, les urgentistes accueillent un nombre important de scouts. Trop souvent entre 23 h et 8 h. Leurs bobos sont généralement sans gravité mais ils viennent quand même se faire soigner à l'hôpital.
C'est ce qui agace notre homme. "La nuit, l'équipe voit parfois arriver entre quatre à six scouts. On ne voit que ça. Soit la moitié de nos interventions. Tous les cas récents que nous avons traités pouvaient attendre le lendemain. Pourquoi venir encombrer les urgences et risquer de mettre le personnel en difficulté ? Imaginez si une catastrophe plus grave arrive, avec cinq blessés graves à traiter. Que fait-on ? Soigner d'abord les bobos des scouts ou s'occuper des blessés ?"
Sans oublier le stress permanent et la fatigue que subit le personnel…
Pourquoi tant de scouts aux urgences ? Il ne faut pas toujours les blâmer. Il faut regarder du côté du poste médical de garde voisin (PMDG). "On constate de plus en plus d'admissions depuis le 16 juillet. Probablement en raison des médecins du PMDG qui ne reçoivent plus après journée et la nuit. Et lorsque vous composez le numéro d'urgence (1733), la personne au bout du fil n'est pas nécessairement bien formée. C'est pour cela qu'elle redirige trop souvent les patients vers les urgences. Je ne peux que conseiller aux jeunes scouts de ne pas venir aux urgences s'il n'y a pas d'urgence."
Dans ce contexte, il est de bon ton de rappeler que les urgences sont d'abord là pour les cas les plus graves.
Une application chargée de conseils pour les animateurs
La Fédération des Scouts de Belgique se met à l'heure du numérique pour la sécurité des animés.
La Fédération des Scouts de Belgique a mis en place une application pour simplifier la vie des animateurs avant et surtout pendant le camp. Elle reprend toutes les informations pratiques qui servent au bon déroulement du camp mais également l'actualité plus chaude. "Nous envoyons des notifications : alerte orage, vague de chaleur, alerte incendie… Nous recevons ces alertes du centre régional de crise de la région wallonne. Elles sont toutes envoyées instantanément aux animateurs" , souligne Adrien Mogenet, porte-parole de la Fédération des Scouts de Belgique.
Tout au long du camp, les chefs reçoivent des alertes accompagnées d'un mode d'emploi avec des conseils sur comment réagir ? Et que faire ?
La vague de chaleur qui persiste depuis plusieurs jours a également fait l'objet d'une alerte. Les animateurs ont reçu des conseils préventifs pour faire en sorte que les conséquences liées à cette chaleur soient minimes. "Nous donnons l'information concernant la forte chaleur et puis dans les renseignements envoyés, nous leur livrons des conseils sur comment se prémunir face à cette canicule, grâce à un système de fiche appelée fiche à ta santé ."
Cette application a été créée dans un but préventif pour éviter tout incident. Au-delà de cette application qui alerte, met en garde et conseil, les staffs ont reçu avant le camp, des informations pratiques et les bons réflexes à adopter au niveau santé et sécurité. "Donc, nous enfonçons le clou durant le camp avec ces notifications mais il y a eu une prévention en amont. Et au sein des patrouilles, chez les éclaireurs, ils reçoivent des "patrouilles packs" avec aussi un tas d'indications allant de "comment construire ma table en perches" à tout ce qui touche à la santé et la sécurité", explique Adrien Mogenet.
Mais rien ne vaut un petit tour sur le terrain pour vérifier que tout va bien. La Fédération compte environ 30 équipes qui tournent dans les différents camps de Belgique durant l'été. "Et jusqu'à présent, nous n'avons pas eu d'accident lié à la chaleur, tout se passe bien", conclut en se voulant rassurant, Adrien Mogenet, porte-parole de la Fédération des Scouts de Belgique.
Feux de camp : attention danger
Les pompiers sont intervenus plusieurs fois depuis le début de l'été.
Dans la nuit de lundi à mardi, les pompiers sont partis en intervention sur un camp scout installé à proximité du terrain de football d'Oppagne. Les jeunes s'étaient laissés surprendre par la puissance de leur feu de camp, dont les flammes s'élevaient à plusieurs mètres. D'importants moyens ont été mobilisés sur place.
Faute d'indication géographique précise, les pompiers d'Hamoir et Érezée ont mis un certain temps avant de localiser le camp. Mais leur intervention ne s'est finalement pas révélée nécessaire. À l'arrivée des pompiers, les scouts étaient parvenus à maîtriser le foyer avant qu'il ne dégénère.
Ce n'est pas la première fois qu'un incident de ce type se produit.
Une dizaine de jours auparavant, les flammes s'étaient propagées dans un bois près de Grand-Bru, dans la commune de Durbuy toujours.
Alors qu'ils s'apprêtaient à lever le camp, des scouts avaient éteint leur feu en le recouvrant de terre. Mais la sécheresse est telle que les flammes avaient couvé pendant deux jours avant de se répandre sur une centaine de mètres carrés alentour, nécessitant l'intervention des pompiers.
Les conditions climatiques de ces dernières semaines ont conduit les autorités communales à interdire les feux de camp.
À Durbuy, les mouvements de jeunesse sont amenés à signer un document dans lequel ils s'engagent à ne pas allumer de feu. Les contrevenants s'exposent à une amende administrative.
Comment dès lors expliquer que certains s'obstinent à courir le risque ? "Ce n'est pas de la mauvaise volonté", commente Chantal Rossignon, responsable de la coordination des camps scouts sur la commune de Durbuy. "Les scouts ne se rendent pas toujours compte du danger que représentent les feux de camp. D'autant que ces derniers constituent de véritables symboles. Voilà trois ans qu'on a interdit les feux en début et en fin de saison. Mais c'est la première fois que l'interdiction se prolonge tout l'été. On a d'abord permis les feux sur table, mais la sécheresse est telle qu'ils ne sont plus autorisés non plus."
Les chefs sont animateurs et non médecins
Les urgences sont surchargées de scouts. Pourtant, aller chercher une expertise médicale est un bon réflexe.
Les urgences croulent sous les arrivées de scouts blessés. Les blessures sont bénignes ou plus graves. Pas toujours facile de les distinguer bien que les animateurs soient formés, pour certains, aux premiers soins. "Dans les formations aux premiers soins, comme le BEPS (Brevet européen de premiers secours), les chefs apprennent que l'automédication est à éviter. Lors d'une blessure ou autres maux, le plus judicieux est d'avoir l'expertise d'un médecin pour décider d'un traitement médicamenteux", rappelle Adrien Mogenet, porte-parole de la Fédération des Scouts de Belgique. "Il vaut mieux éviter de jouer les apprentis sorciers."
Le porte-parole ne voit donc pas d'un mauvais œil cette déferlante de scouts dans les couloirs des urgences.
Ce qui est à remettre en cause est le mauvais réflexe des animateurs à directement se diriger vers les urgences. Dans beaucoup de cas, une visite chez le médecin du village ou dans un centre de garde de médecine générale serait plus appropriée. "Le médecin de la commune peut être tout aussi efficace que les urgences. C'est peut-être un message à faire passer. Mais le réflexe d'aller chercher une expertise médicale est bon. Nous parlons quand même ici de santé, quelque chose d'assez important et délicat."
Ces nombreuses précautions prises par les animateurs envers les jeunes ou tout autre membre du staff sont donc indispensables.
Surtout quand on sait qu'en Belgique, la formation au BEPS ou toute équivalence reconnue officiellement n'est pas obligatoire pour les animateurs. "Nous proposons cette formation, au sein de la Fédération depuis un an. C'est assez récent. Elle n'est pas vouée à être donnée à tous les animateurs. Dans l'état actuel des choses, ce n'est pas possible."
D'autres solutions existent pour être formé aux premiers secours, via la formation générale d'animateur donnée par la Fédération, les chefs sont formés au module santé, sécurité et hygiène.
Et si les animateurs ne suivent pas de formation fédérale, ce même module est proposé par toutes les unités.
Elles peuvent donner cette formation seules ou en faisant appel à des professionnels.
"En tant que cadres fédéraux, nous encourageons d'aller chercher des expertises extérieures, quelqu'un de la Croix-Rouge, de la protection civile… Ces personnes viennent expliquer tous les bons réflexes à avoir en cas de problème et d'accident. Ce n'est pas obligatoire mais cela se fait régulièrement", précise Adrien Mogenet.