La chaleur écrasante rend-elle les gens plus violents?
- Publié le 03-08-2018 à 07h50
- Mis à jour le 03-08-2018 à 07h51
La grande violence de certains faits divers récents interroge le rôle de la chaleur.Ces derniers jours, plusieurs agressions et faits violents ont pris place en Belgique : une attaque à l'acide sulfurique sur une femme à Anvers, un ancien militaire qui se fait exploser à la grenade à Stembert et un suicide au gaz détruisant une maison entière à Jalhay. Si les statistiques de la police fédérale n'indiquent pas d'augmentation significative du nombre de crimes violents au mois de juillet et d'août, on peut se demander si les hautes températures actuelles jouent un rôle dans ces faits divers.
L'été. La période idéale pour profiter d'un rythme de vie plus léger. Cependant, la saison peut également être une des plus redoutées. Dangereuse pour les plus jeunes et les plus âgés, la chaleur écrasante de l'été peut être également un facteur de stress et d'inconfort.
Il y a trois ans, une étude sur le sujet a été menée aux Etats-Unis. Elle croisait les résultats de recherches émanant de soixante disciplines scientifiques. Les conclusions, publiées dans le magazine "Science", démontrent que "lorsque les gens ont chaud, cela les rend irritables et plus prompts à se mettre en colère. Cela conduit à des altercations qui peuvent dégénérer". C'est prouvé, les fortes chaleurs sont plus propices à une mauvaise humeur et une forte agressivité.
Des facteurs physiologiques
Brent Solvason, docteur et professeur associé en psychiatrie et sciences comportementales de l'université de Stanford, affirme que deux paramètres majeurs sont à l'origine de troubles du comportement lors de la période estivale. Tout d'abord la déshydratation. Elle peut avoir une influence négative sur notre humeur, notre comportement et dans le pire des cas, elle peut aussi endommager notre cerveau.
En effet, une montée de température du cerveau peut entraîner des réactions virulentes aux stimuli émotionnels. Des régions du cerveau commencent à manquer d'oxygène car beaucoup plus de sang est diffusé dans le corps pour le refroidir. On se laisse donc moins facilement guider par la rationalité. L'impulsivité prend le dessus.
Le deuxième facteur à prendre en compte est le manque de sommeil. L'organisme, éprouvant des difficultés à dormir, est privé du refroidissement physiologique qu'une nuit de repos apporte au corps. On le constate toute l'année : après une nuit blanche ou une petite nuit, nous sommes bien moins enclins à supporter la contrariété, les frustrations ou les attaques du monde extérieur.
Enfin, on peut également évoquer un rapport à autrui qui change. La chaleur crée un sentiment d'étouffement. Les situations où on ne peut pas obtenir l'espace vital dont on a besoin rendent les autres menaçants, agaçants. C'est notre perception du monde qui est affectée.
De l'eau, du sommeil, et de l'espace
La belle saison est-elle donc facteur de violence ? "Non, nous répond le docteur en psychiatrie Gérald Deschietere. L'été en soi n'a pas un lien de causalité directe avec le crime et la violence. Le facteur majeur qui peut conduire des individus à être plus agressifs, c'est le coup de chaleur qui résulte d'une fatigue et d'une déshydratation. Pour l'éviter, il n'y a pas de remède miracle, il faut dormir au maximum. Dans les milieux urbains, les bâtiments inertes empêchent la température de redescendre, s'endormir peut devenir une vraie galère. Privilégiez les endroits boisés pour vos sorties, évitez les terrasses, et, pour les vacanciers qui ne supportent pas la chaleur, les Ardennes belges offrent une température bien plus supportable."