L'armée pointée du doigt dans sa gestion du coronavirus: "Certains doivent se rendre sur un stand de tir où il n'y a même pas d'accès à des sanitaires"
Les syndicats fustigent les mesures de protections à deux vitesses mises en place sur le terrain par la Défense. Tout est laissé à l'appréciation locale: certaines casernes ferment et d'autres non.

- Publié le 17-03-2020 à 10h53
- Mis à jour le 17-03-2020 à 11h32

Les syndicats fustigent les mesures de protection à deux vitesses mises en place sur le terrain par la Défense. Tout est laissé à l'appréciation locale: certaines casernes ferment et d'autres non.
La semaine dernière, plusieurs cas de Coronavirus ont été recensés dans les rangs de l'armée belge. "On parle ici de militaires qui ont eu des symptômes et qui ont été renvoyés préventivement à la maison. Ils sont plusieurs dans ce cas ils n'ont pas forcément contractés la maladie", nous indique une source militaire. Un militaire à la caserne de Spa et un soldat en formation avaient été en effet renvoyé chez eux.
Face à l'épidémie, l'armée belge a donc pris une série de mesures afin de protéger le personnel. "Tout exercice jugé pas très important sera donc en effet annulé. La seule chose qui ne sera pas annulée, ce sera les certifications qui permettent aux troupes de partir en mission, c'est-à-dire la procédure d'évaluation avant qu'un détachement parte sur le terrain. Ce type d'exercice est donc encore maintenu ».
À la suite des mesures fédérales dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, l'École Royale Militaire a également décidé d'annuler les journées découvertes des 26 mars et 9 avril prochains, ainsi que le bal du 25 avril. Lors de l'évaluation des événements, il est apparu clairement que ces activités ne satisfont pas aux critères imposés par le gouvernement et ne peuvent donc pas être organisées. "De cette manière, la Défense se montre solidaire de la société et fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la propagation du virus. De cette façon, les groupes à risques sont protégés autant que possible et la capacité des médecins et des hôpitaux est préservée au maximum", explique le service de presse de la Défense.
Des mesures... à géométrie variable
Au niveau des mesures préventives, les employés de la défense présentant des symptômes d'infection aiguë des voies respiratoires supérieures ou inférieures qui apparaissent ou s'aggravent peuvent ne pas participer à des missions à l'étranger. De plus, il est interdit de serrer la main ou de l'embrasser comme salutation et le lavage très régulier des mains doit être suivi attentivement.
"On apprécie la directive de l'autorité mais on espère que les décideurs appliqueront les mesures et ne mettront pas de freins aux directives du CHOD. On va surveiller la situation de près pour que tout soit appliqué", déclare Emmanuel Frère, vice-président de la Régionale de Bruxelles au sein du syndicat CGSP-Défense.
Sur le terrain, des mesures sont prises mais localement, des casernes ferment et d'autres restent ouvertes: tout est donc laissé à l'appréciation locale.
Et du côté du syndicat SLFP Défense, on constate des situations conflictuelles et inégales au sein des unités de la Défense. "En effet, certaines unités/quartiers ferment, d'autres font l'autruche. Depuis hier, notre centrale reçoit sans cesse des plaintes quant aux mesures prises. Nous sommes fermement demandeur de mesures globales, réfléchies et harmonisées", réagit Boris Morenville, président du SLFP-Défense.
Le SLFP Défense dans l'attente de mesures plus strictes
Le choix de laisser aux chefs de corps la décision de mettre le personnel en téléworking ou d'annuler ou non des entraînements entraînent une confusion et des différences de traitement entre membres du personnel de la Défense. Là où certains peuvent travailler toute la semaine à la maison, d'autres sont obligés de venir en caserne alors qu'ils disposent pourtant du matériel informatique adéquat. Les militaires sont donc dans la confusion alors que beaucoup d'entre eux doivent s'organiser par rapport à la garde de leurs enfants.
"Certaines unités ont maintenu des exercices de tirs qui ne sont pas indispensables", poursuit Boris Morenville. "Cela implique que le personnel doit réaliser un trajet en bus pendant plus d'une heure, pour se retrouver sur un stand de tir où il n'y a même pas d'accès à des sanitaires ! Les exigences minimales de prévention à savoir la distanciation sociale et le lavage des mains ne sont même pas respectés".
Pour le SLFP-Défense, il est nécessaire que la Défense joue le jeu et dispose d'un plan national pour harmoniser ces mesures. Il est normal que la priorité soit donnée aux opérations, mais il est également clair que certaines mesures peuvent être renforcées et harmonisées pour ne pas laisser le commandement et les membres du personnel dans le flou.