Portes qui claquent, départ précipité, cris… Un deal budgétaire au bout d'une nuit très éprouvante
Retour sur les négociations de cette nuit sur le budget fédéral.
- Publié le 12-10-2021 à 20h28
- Mis à jour le 13-10-2021 à 12h24

Il est 3 heures du matin, dans la nuit de lundi à mardi. Sophie Wilmès vient de claquer la porte du conclave budgétaire. Ce n'est pas la première fois, mais c'est la dernière : la vice-Première ministre MR ne reviendra plus dans la salle du Conseil des ministres, au 16 rue de la Loi, où les négociateurs fédéraux - Alexander De Croo, les vice-Premiers et la secrétaire d'État au Budget, Eva De Bleeker - discutent depuis plus de quinze heures "au finish".
Les bons plats du cuisinier du "16", Kwinten De Paepe (du Tafelr ond , à Louvain), n'auront pas suffi à décrisper les esprits en ravissant les papilles. Le PS et le MR, parmi plusieurs désaccords profonds, s'opposent plus particulièrement sur un point : celui de la mesure "zéro coti" (l'exemption des cotisations sociales pour les premiers emplois), emblématique pour les libéraux. Sophie Wilmès n'est pas satisfaite par le montant du plafond salarial proposé pour l'adaptation de cette exemption et souhaite le relever.
L'ombre des présidents de parti…
En face, Pierre-Yves Dermagne, le chef de file du PS au fédéral, ne veut rien savoir. "Dermagne disait tout le temps 'non', bloquait sur tout et était en contact permanent avec le boulevard de l'Empereur et Paul Magnette", grince une source libérale. "Sophie Wilmès était manifestement en mission pour ne rien lâcher sur ce qu'avaient exigé le MR et Georges-Louis Bouchez dans ces négociations", relève un informateur socialiste.
À cet instant des pourparlers budgétaires, la menace d'un échec plane sur le cabinet du Premier ministre. À 14 h 30, mardi, Alexander De Croo doit se rendre à la Chambre des représentants pour le traditionnel discours à l'occasion de la rentrée parlementaire. Se présenter devant les députés sans avoir ficelé le budget 2022 aurait été symboliquement inconcevable.
Un peu plus tôt dans la nuit, avant le départ de la vice-Première MR, le chef du gouvernement fédéral avait invité Pierre-Yves Dermagne et Sophie Wilmès à sortir de la salle du conseil et à se voir "en bilatéral" afin de tenter de rapprocher leurs points de vue. En vain. Le courant ne passe plus. Au comble de l'agacement, l'ancienne Première ministre quitte le "16" et retourne au cabinet des Affaires étrangères, rue des Petits Carmes. "Il y a eu un flottement dans les négociations, confie un membre du gouvernement. On ne savait même pas si c'était fini ou pas, si on discutait encore."
"Un coup de tonnerre"
Alexander De Croo contacte alors Sophie Wilmès et lui fait une proposition : le plafond pour le "zéro coti" sera relevé à 4 000 euros. "Si c'est d'accord pour toi, on a un deal", lui explique-t-il. La libérale valide. Il est 4 h 30 du matin et le bruit d'un accord sur l'épure budgétaire se répand. Aux journalistes qui font le pied de grue devant les bureaux du Premier ministre, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) confirme la nouvelle en quittant les lieux. "C'est alors qu'il y a eu un coup de tonnerre : on a appris que le PS commençait à dire partout qu'il n'y avait pas de deal car Dermagne refusait le volet e-commerce, il est vrai très délicat pour lui", explique un témoin. Plus tôt dans le cadre des discussions nocturnes, "Van Quick" avait dû hurler sur le vice-Premier PS. "On avait un accord sur un élément crucial relevant de l'e-commerce et Dermagne a soudainement tout nié", confirme un membre du kern.
Accord global ou pas ? Dans les médias, cela part dans tous les sens alors que le Premier ministre est en train de prendre du repos. Par un communiqué, le vice-Premier Écolo, Georges Gilkinet, annonce que les négociateurs ont abouti. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, s'exprime dans le même sens sur LN24. Mais les socialistes, qui affirment qu'ils devaient vérifier certains chiffres, mettent fin à cette valse-hésitation. À 9 heures, le PS fait officiellement part de son consentement.
"Ça a giclé de partout"
À la sortie de ce tunnel politique éprouvant, certains se félicitent, d'autres se rongent les sangs en pensant à la suite de la législature. "C'est en fait un mini-accord de gouvernement, on a adopté une centaine de mesures qui concrétisent le pacte de majorité de 2020", se réjouit un vice-Premier ministre. "Il y a eu au moins six suspensions de séance durant la nuit…. Ça a giclé dans tous les sens. On ne peut plus continuer comme ça, il faut absolument changer quelque chose dans le fonctionnement de la Vivaldi", déplore un président de parti.