Samidoun libre de tout en Belgique bien que proche du Hamas et du FPLP: "Leurs ennemis sont l'Union Européenne, les USA et Israël", admet le ministre
Dissoute en Allemagne pour antisémitisme, interdite de manifester en France, Samidoun garde les coudées franches en Belgique. Proche des terroristes du Hamas et du FPLP, leur étiquette extrémiste est évidente, selon le ministre de la Justice pour qui l'association est toutefois intouchable pour l'instant. Des députés s'insurgent et déposent des propositions plus draconiennes. Les Pays-Bas pestent contre la carte de séjour belge de Mohammed Khatib, coordinateur européen de Samidoun, réfugié palestinien résidant à Bruxelles, qui leur "interdirait" d'agir.
- Publié le 18-03-2024 à 09h25

Il y a quelques semaines, le ministre de la Justice, Paul Van Tigchelt, admettait pour la première fois le ministre que le Hamas faisait activement à du lobbying dans notre pays par le biais de sociétés ou d'ASBL obscures. Sans en citer. En Commission justice, il a été amené à se prononcer sur le cas précis de Samidoun, dissoute en Allemagne, interdite de manifester en France mais gardant ses coudées franches en Belgique, bien que connue de nos services de renseignements et de sécurité. Le coordinateur européen de Samidoun, le réfugié palestinien Mohammed Khatib, réside à Bruxelles.
Samidoun se présente comme un réseau international de solidarité avec les prisonniers palestiniens, par le biais de campagnes sur internet, de manifestations et d'embargos. "Le discours que nous entendons nous permet de déduire que Samidoun prône une idéologie anti-impérialiste, anticapitaliste, antiraciste, antisioniste et marxiste. Dans son discours, elle se pose en victime et considère l'État d'Israël, l'Union européenne et les États-Unis comme ses ennemis", a détaillé le ministre.
"Sur le plan juridique, il ne s'agit pas de financement du terrorisme ni de soutien au terrorisme."
Samidoun refuse une solution à deux États et plaide en faveur d'un État palestinien pluraliste et laïc. "Son idéologie marxiste-léniniste propage effectivement l'idée d'une révolution violente mais, pour l'instant, Samidoun ne commet pas elle-même des actes de violence et il n'est pas certain qu'elle appelle à la violence."
Et dans ce cadre-là, tout est question d'interprétation : Il y a un mois par exemple, sur "X" (ex-Twitter), nous avons pu capter une affiche interpellante, éditée, à en croire l'en-tête, par Samidoun Brussels, et évoquant les "opprimés" palestiniens : "Ils ont le droit de résister […] par tous les moyens, nécessaires."
Par tous les moyens nécessaires !
Et d'ajouter : "Si vous étiez à leur place, vous résisteriez de la même manière"
De la même manière !
Appel à la violence, antismite par exemple, ou pas ? C'est selon…
"Si elle considère toute forme d'opposition à Israël comme légitime, elle n'appelle pas à la rébellion à cet égard", conclut pour sa part Paul Van Tigchelt. "Samidoun fournit un soutien actif aux Palestiniens du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, NdlR) et du Hamas détenus par Israël. Sur le plan juridique, il ne s'agit pas de financement du terrorisme ni de soutien au terrorisme."
Samidoun est une association de fait, pas une personnalité juridique. "Elle est présente dans le monde entier, mais ne dispose pas d'une structure centrale agissant sur le plan supranational", décrit encore le ministre. "Ce que l'organisation dit ou fait dans un pays ne correspond pas nécessairement à ce qu'elle fait ou dit dans un autre. En Allemagne, un discours antisémite a été clairement constaté."
Selon Paul Van Tichelt, notre pays ne dispose pas d'une législation lui permettant de proscrire préventivement des associations sur le plan administratif ou de leur gestion. "La liberté d'association, de réunion et d'expression est ancrée dans notre Constitution. Si des infractions pénales sont constatées, nous pouvons bien entendu dissoudre l'association. Il existe également la possibilité de placer des individus et des organisations sur la liste européenne des mesures restrictives dans le cadre du terrorisme. Aucun État membre ne l'a encore proposé. Dans notre pays, il s'agit d'une compétence de la ministre des Affaires étrangères."
Le député Georges Dallemagne : "" Il y a une trop grande tolérance, une complaisance en Belgique, une forme de banalisation du terrorisme."
Le député Georges Dallemagne (Les Engagés), ex-membre de la Commission Attentats, ne partage pas cette analyse :" Il y a de fait une trop grande tolérance, une complaisance en Belgique, une forme de banalisation du terrorisme. Un romantisme déplacé", réagissait Georges Dallemagne il y a un mois dans la DH. "Bien sûr, notre pays pourrait consolider la loi pour interdire plus facilement des organisations" De fait, un cadre légal existe pour lutter, notamment financièrement, contre les organisations terroristes ou les organisations qui les soutiennent. Les faits de racisme, de discrimination ou d'antisémitisme sont également punis par la loi. "Mais, selon moi, il y a déjà un arsenal législatif suffisant via, depuis 2016, l'interdiction de l'incitation au terrorisme ou à la haine."
Arsenal suffisant ou pas ? En tout cas, le député Denis Ducarme propose de le consolider. En le dépolitisant. D'autant que d'autres associations posées sur le sol belge sont cataloguées par certains comme problématique.
En début de législature, le député MR avait déjà introduit une proposition de loi visant à effacer cette impuissance de l'autorité publique. Il y a deux semaines, il déposait en commission de l'Intérieur, une série d'amendements. La proposition de loi a été adaptée afin que la décision de dissolution soit strictement le fait d'une décision juridique et non plus politique. Dans sa proposition initiale, Denis Ducarme visait à voir le pouvoir judiciaire valider la décision du pouvoir exécutif avant toute dissolution. Avec ces amendements, il est donné la possibilité au ministre de l'Intérieur ou au ministère public de saisir la justice afin de requérir la dissolution de groupes extrémistes sur base d'une infraction visée par le Code pénal, infraction dont le but est d'inciter à la haine, à la violence, à la discrimination ou encore à une infraction à caractère terroriste. Par ailleurs, le nouveau texte ajoute la possibilité de dissoudre les associations actives sur le territoire belge et dont les liens sont établis avec des organisations à caractère terroriste et reconnues comme telles.
Mohammed Khatib pour agir à l'étranger. Grâce à sa carte de séjour belge ?
En attendant, le fait que Samidoun et Mohammed Khatib opèrent sans restriction en Belgique dérange à l'étranger aussi. Vendredi, Khatib participera à une soirée de discussion à Amsterdam sur "le rôle des Palestiniens d'Europe dans la libération de la Palestine". Étant donné qu'il est en possession d'un permis de séjour dans un pays de l'UE, la Belgique en l'occurrence, il ne peut être refusé que pour des motifs sérieux et le ministère ne dispose pas des moyens légaux pour agir. "L'extrémisme et l'antisémitisme n'ont absolument pas leur place à Amsterdam ou ailleurs aux Pays-Bas. La commune d'Amsterdam a fait part de ses inquiétudes concernant la venue de l'orateur au NCTV (le coordinateur national néerlandais en charge de la lutte contre le terrorisme, ndlr) et au gestionnaire du lieu où se tient la réunion", a déclaré le ministre de la Justice Dilan Yeşilgöz-Zegerius. "Cependant, il n'y a "actuellement aucune information permettant de craindre immédiatement des troubles". Cela signifie, par exemple, qu'aucune mesure d'éloignement ne peut être imposée."
Argument à la base juridique substantielle ou renvoi couard de la patate chaude et culpabilisatrice vers les Belgique alors que tous les pays européens craignent de froisser les susceptibiltés de leur population islamiste et, en corollaire, de catalyserl'importation du conflit israélo-palestinien sur leurs terres ?