Le MR met la pression sur la RTBF : la direction du parti menace de ne plus répondre à ses journalistes
"Le MR pond un communiqué pour parler de déontologie journalistique et dedans, il fait deux fake news", entend-on à la RTBF.
- Publié le 26-08-2025 à 18h09

Nouvel épisode dans l'affaire dite de la carte PMR. Mardi, le MR annonce qu'il se réserve le droit de ne plus répondre aux sollicitations de la rédaction de la RTBF si d'ici au prochain conseil d'administration, fixé au 19 septembre, l'entreprise publique n'a pas reconnu officiellement avoir commis des erreurs sur le plan journalistique.
La direction du Mouvement réformateur affirme que "des informations inexactes" ont été diffusées par la RTBF dans le premier article qui faisait état de l'usage frauduleux d'une carte PMR sur une voiture du parti. Dans son communiqué, le MR affirme que, "malgré les demandes de correction", ces "informations inexactes" sont restées en ligne. "Or, l'article 6 du code de déontologie impose aux rédactions de rectifier sans délai toute erreur factuelle".
Le MR regrette également "que la RTBF ait enregistré et diffusé un enregistrement du président du Mouvement Réformateur à son insu, une pratique qui pose à la fois des questions éthiques et juridiques".
"Fake news"
La RTBF n'a pas encore réagi officiellement à ce coup de pression. En interne, certains fustigent la communication qu'ils présentent comme également porteuses d'éléments erronés. "Le MR pond un communiqué pour parler de déontologie journalistique et dedans, il fait deux fake news. Le MR dit regretter que la RTBF a enregistré et diffusé l'appel téléphonique. C'est faux. La RTBF n'a rien diffusé", nous glisse un employé du service Info.
C'est après une fuite que l'enregistrement de l'appel téléphonique s'est retrouvé entre les mains de plusieurs journalistes ne travaillant pas pour la RTBF. Ce fichier audio a beaucoup circulé avant de tomber dans les mains de Vincent Flibustier, formateur comptant des dizaines de milliers d'abonnés sur ses différents réseaux sociaux. C'est ce dernier qui a rendu public l'enregistrement.
Il apparaît que cette diffusion a provoqué d'intenses remous au sein de la RTBF. Mardi, lors d'une réunion à la RTBF ayant duré plus de 2h, des mots très durs ont été prononcés contre les personnes qui ont fait fuiter cet audio.
Le MR affirme que "des informations inexactes […] sont restées en ligne". En interne, on s'inscrit à nouveau en faux. "L'article a été corrigé une demi-heure après sa publication".
Les ministres toujours programmés
Selon nos informations, la volonté première du président Bouchez était d'opter pour une approche nettement plus dure. Il était question d'un boycott radical. À la demande de plusieurs pontes du parti, la communication a été adoucie. La consigne s'adresse essentiellement aux plus hautes fonctions comme les ministres ou les chefs de groupe.
"C'est n'importe quoi", peste un député, manifestement peu en phase avec la stratégie de son président.
Pour le parti libéral, l'idée n'est pas de sanctionner les élus qui répondraient à la RTBF. Le ministre-président wallon Adrien Dolimont est, par exemple, toujours programmé pour jeudi. Le ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet, y va mercredi soir. L'objectif officiel est d'avoir une communication publique de la RTBF où celle-ci rappelle publiquement son adhésion aux principes de la déontologie journalistique. Reste à voir si la chaîne publique fera ce geste.
"Les ministres MR ont plus besoin de nous que nous avons besoin d'eux", résume un membre de la rédaction.
