Le néerlandais obligatoire dès la 3e primaire alors qu'il existe une pénurie de profs : "Les élèves n'auront personne pour donner cours"
Plus facile à dire qu'à faire, la réforme semble impossible à mettre en place prédisent les acteurs de l'enseignement.

- Publié le 23-02-2026 à 18h27
- Mis à jour le 23-02-2026 à 18h32

Pour le moment, seuls les élèves scolarisés à Bruxelles apprennent obligatoirement le néerlandais dès la 3e primaire comme deuxième langue. En Wallonie, les écoles peuvent proposer l'anglais à la place de cette langue nationale. La ministre de l'Éducation veut uniformiser l'apprentissage du néerlandais.
Dès la rentrée 2027, la langue de Vondel sera enseignée dans toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles dès la 3e primaire. La ministre de l'Éducation a annoncé ce changement ce lundi sur les ondes de Bel RTL. L'objectif est de favoriser l'insertion socio-professionnelle des futurs travailleurs (les offres d'emploi en Flandre sont nombreuses) et "parce que l'on vit en Belgique".
Les Wallons auront deux heures de néerlandais par semaine de la 3e à la 6e primaires contre trois heures à Bruxelles pour les 3e-4e primaires et cinq heures pour les 5e et 6e primaire. Certaines communes comme Comines-Warneton, Mouscron, Flobecq et Enghien suivront l'horaire des Bruxellois. En secondaire, l'élève devra demander une dérogation s'il désire changer de deuxième langue tandis que l'apprentissage d'une troisième langue moderne (anglais ou allemand) commencera en 2e secondaire. Pour les écoles proches de la frontière allemande, l'allemand pourrait être obligatoire dans le fondamental.

Où trouver les profs ?
Sur le terrain, cette imposition crispe déjà. "Comment la ministre va faire ? La fonction d'enseignant de néerlandais est historiquement la première fonction à être en pénurie dans l'enseignement francophone", souligne Luc Toussaint, président de la CGS Enseignement. "La demande n'est pas nouvelle, beaucoup de ministres ont déjà eu ce souhait mais la réalité du manque de professeur de langue les a souvent rattrapés surtout dans les petites écoles", rajoute Béatrice Barbier, présidente du collège des directeurs de l'enseignement fondamental catholique.
Les écoles bruxelloises peinent déjà à recruter des professeurs de néerlandais. "Cela va rajouter de la concurrence pour les rares enseignants disponibles", souffle un directeur primaire.
La ministre espère réduire la pression en incitant une reconversion des germanistes dans l'enseignement. Les années d'ancienneté dans le secteur privé seront valorisées "jusqu'à sept années", indique-t-elle sur Bel RTL. "Tous ceux qui quittent prématurément l'enseignement sont des profs de seconde carrière et qui n'ont pas eu une formation de qualité pour enseigner", pointe Roland Lahaye, secrétaire générale de la CSC-Enseignement. La solution avancée par la libérale relève de la "formule magique" pour la CGSP Enseignement. "On ne peut pas en même temps dévaloriser la profession par toute une série de mesures et dire qu'on va attirer en masse toute une série de professeurs", développe Luc Toussaint.
La désynchronisation des calendriers scolaires entre la Flandre et la FWB ne va pas aider les directions. "Il va falloir trouver des professeurs et ils sont tous rentrés en Flandre", commente Cécile Geudvert, directrice de l'Athénée royal de Jambe. Bien qu'elle vit en Flandre et que son fils est scolarisé en Flandre, Julie enseigne le néerlandais et l'anglais du côté d'Estaimpuis. "Mais beaucoup de profs restent en Flandre pour être en vacances en même temps que leur enfant", constate-t-elle.
Actuellement, 414 professeurs de langue dispensent l'anglais en primaires. "259 sont susceptibles de maintenir leur charge car ils sont titre requis ou suffisant en néerlandais ou allemand. Soit 86 % des enseignements définitifs", détaille le cabinet de la ministre qui précise que la généralisation du néerlandais se fera progressivement pour arriver en 6e primaire à la rentrée 2030. "Les enseignants exposés à une perte totale ou partielle de charge sont les enseignants temporaires parmi les 82 profs. Néanmoins, la réduction de l'offre de langue dans le primaire et la pénurie structurelle en langue permettront à ces enseignants de retrouver une charge totale."
Néerlandais VS anglais
En Wallonie, le néerlandais rencontre peu de succès face à l'anglais. "90 % des élèves choisissent l'anglais en secondaire", constate François De Waele, vice-président de la FEADI et directeur de l'Institut Saint-Joseph à Charleroi. "Imposer le néerlandais aux élèves dans un climat de pénurie, c'est dires aux élèves qu'ils n'auront pas cours. Il n'y a pas de professeurs, où va-t-on les trouver ? On n'a pas de problème avec les réformes mais il faut étudier la faisabilité !"
À l'Athénée royal de Jambes, une dizaine d'élèves par années choisissent le néerlandais. L'enseignante Julie a perdu beaucoup d'heures et n'a plus de 6e secondaire en néerlandais. "L'anglais s'apprend de plus en plus seul or ceux qui ont choisi cette langue réalisent l'importance du néerlandais après les secondaires mais il est trop tard. On a besoin de donner cours de néerlandais aux élèves, c'est nécessaire pour l'unité du pays, c'est une autre langue nationale et c'est la meilleure porte d'entrée vers l'anglais", défend-elle.
Quelques voix s'élèvent contre la réforme. "On retire un choix aux parents sans tenir compte de la réalité familiale", estime l'enseignante Julie.
La CSC-Enseignement rappelle que tous les professeurs d'anglais ne peuvent pas enseigner le néerlandais. Il va donc falloir les réassigner. Tandis que la CGSP Enseignement voit un pas de plus vers la privatisation de l'enseignement où la qualité à portée des bourses assez fournies.