Harcèlement, agressions… : le projet d'alarme silencieuse dans les trains reporté sine die
Trop coûteux et complexe à mettre en place, ce système d'alerte devait permettre d'avertir l'accompagnateur de trains et Securail à l'insu des agresseurs. Le ministre Crucke confirme qu'il ne sera pas installé "à court terme"

- Publié le 09-06-2026 à 14h19
- Mis à jour le 09-06-2026 à 16h35

Les chiffres sont alarmants et n'observent aucune évolution positive depuis de trop longues années déjà : face aux agressions, physiques ou verbales, et autres harcèlements que les femmes doivent régulièrement subir, nombreuses d'entre elles ne se sentiraient plus en sécurité lorsqu'elles empruntent les transports en commun. Surtout le soir, période durant laquelle le contrôle social est plus lacunaire. "Résultat : près de la moitié des femmes ne prennent pas les transports en commun parce qu'elles ne se sentent pas en sécurité", a déploré la députée Irina De Knop (Anders), mardi en commission Mobilité à la Chambre des Représentants.
Quelques instants plus tard, la députée Ecolo Sarah Schlitz se dira "profondément déçue" par la réponse du ministre Crucke quant au projet de placement d'une alarme silencieuse au sein des trains de la SNCB. Concrètement, le projet avait fait l'objet d'une résolution à la Chambre des représentants, portée par Ecolo. Et elle avait été approuvée.
Il y a quelques années, la SNCB avait d'ailleurs prévu l'installation d'un tel système d'alarme silencieuse pour 2023. Son fonctionnement devait encore être réfléchi mais on s'orientait vers un bouton discret permettant, depuis chaque wagon, aux victimes ou aux témoins d'agressions d'alerter l'accompagnateur de train et les agents Securail à l'insu des agresseurs. "La sécurité dans les trains est une condition essentielle pour convaincre les voyageurs de prendre le train, commente Irina De Knop. Pourtant, nous constant depuis des années que le sentiment d'insécurité augmente entre autres parce qu'il y a de plus en plus d'agressions dans les trains et aux abords de gares. Ce système d'alarme silencieuse devrait offrir une solution dans les cas où appeler au téléphone est trop dangereux, et permettrait d'améliorer les conditions de sécurité pour les groupes vulnérables comme les femmes qui voyagent seules. Ce n'est pas un détail."
Prévu pour 2023, le projet ne verra pas le jour "à court terme"
Finalement, la SNCB fera marche arrière et reportera le projet sine die. "C'est difficile à comprendre dans un contexte où la sécurité devrait être une grande priorité, surtout celle des femmes dans l'espace public", déplore Irina De Knop.
De son côté, Sarah Schlitz a rappelé que "tous les ministres de la mobilité s'étaient engagés, dans le plan d'action national de lutte contre les violences de genres, à intégrer dans le contrat d'exploitation de la SNCB des dispositifs de prévention et de protection contre le harcèlement sexiste et l'aménagement sécurisant et inclusif des espaces publics. Cette proposition d'alarme rentre dans cet objectif du plan d'action national. Et on est très étonné de découvrir dans le rapport de l'ombudsman du rail que la SNCB projetait d'abandonner le projet."
Mardi, le ministre Crucke a été questionné par Sarah De Knop (Anders) et Sarah Schlitz (Ecolo) entre autres, concernant l'évolution du projet. En commençant par rappeler que, selon les études de satisfaction, 9 voyageurs sur 10 se disent en sécurité dans les trains et les gares. "En moyenne, la SNCB transporte 750.000 voyageurs par jour dans plus de 500 gares et que Securail doit intervenir quelque 100 fois par jour, ce qui est un nombre d'interventions très limité par rapport à l'échelle du système."
Quant au projet proprement dit d'alarme silencieuse, le ministre répond que sa mise en place "nécessite une approche entièrement nouvelle ainsi que qu'une nouvelle plateforme permettant le traitement et le suivi efficaces des appels suivis par le security opération center (Soc). Il s'agit d'un projet complexe tant sur le plan technique qu'opérationnel. Dès lors, l'introduction d'une alarme silencieuse n'est plus envisagée à court terme car elle exigerait l'adaptation importante du fonctionnement du Soc."
"Le projet est reporté mais pas abandonné"
Contactée, la SNCB confirme que le déploiement ne se fera pas à court terme tout en affirmant que le projet n'était pas abandonné. "Le système informatique du centre de Securail, où sont notamment traités les appels, fait actuellement l'objet d'une refonte complète, indique Tom Guillaume, porte-parole de la SNCB. Il s'agit d'un processus particulièrement complexe, surtout sur le plan technique. Ce n'est qu'avec ce nouveau système qu'il sera possible de mettre en place des canaux de communication supplémentaires de manière à offrir une solution fiable à nos voyageurs."
Selon la SNCB, laa sécurité de ses voyageurs et de ses collaborateurs est sa "priorité absolue. C'est pourquoi nous prenons également de nombreuses mesures, qui ont été encore renforcées ces dernières années. Ainsi, les quelque 500 agents de sécurité de Securail effectuent des patrouilles supplémentaires, le nombre de contrôles de billets a augmenté de 40 % l'année dernière et nous disposons d'un réseau de 15 000 caméras de surveillance."
Enfin,depuis septembre dernier, les zones de police locales et plusieurs services de la police fédérale ont un accès direct aux images des caméras de surveillance de nos gares. "Par ailleurs, le numéro d'urgence de Securail (0800 30 230) reste joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7."