La victoire de l'AfD en Allemagne alerte jusqu'en Belgique: "Il existe un terreau favorable au développement de l'extrême droite en Wallonie"
Triomphe de l'extrême droite-allemande en Saxe-Anhalt, là où le parti d'Hitler avait engrangé ses premiers succès. Faut-il craindre un effet de contagion du phénomène jusqu'en Belgique ? "L'Allemagne démontre qu'il n'y a pas d'immunité naturelle", analyse Benjamin Biard, spécialiste de l'extrême droite.
- Publié le 07-09-2026 à 17h14
- Mis à jour le 07-09-2026 à 18h39

Dimanche soir, stupeur dans la classe politique belge. "L'extrême droite revient au pouvoir en Allemagne. C'est une alerte pour toute l'Europe", écrit Paul Magnette, président du PS. "C'est un avertissement brutal : quand la démocratie recule, il ne suffit pas de commenter. Il faut se battre", déplore Yvan Verougstraete, son homologue des Engagés.
En France, comme en Belgique et dans le reste de l'Europe, les réactions d'effroi se multiplient depuis l'annonce des résultats électoraux dans le Land (État fédéré) de Saxe-Anhalt, en Allemagne.
Majorité simple
L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a obtenu 43,8 % des voix, plus du double de son score de 2021, et plus de deux fois le score de la CDU (18,3 %), le parti du chancelier Friedrich Merz. Avec cette victoire, le parti d'extrême droite pourrait, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale et la défaite des nazis, gouverner un Land, en l'occurrence une région de l'ancienne République démocratique allemande (RDA, Allemagne de l'Est).
Cette victoire a été applaudie par Elon Musk, le patron de X, SpaceX et Tesla, qui avait déjà, à plusieurs reprises, apporté son soutien à l'AfD. En Belgique, les dirigeants du Vlaams Belang ont également poussé un soupir de satisfaction en voyant ce parti, dont ils sont idéologiquement proches, converger vers le pouvoir.
Défaite du centre
Theo Francken (N-VA) impute cette situation à "Mutti Merkel", du surnom qui avait été donné à la chancelière allemande restée au poste de 2005 à 2021. Selon le ministre belge de la Défense, le "faible leadership" d'Angela Merkel (CDU), orienté sur l'économie verte et l'accueil des réfugiés, a créé un terreau favorable à l'essor d'un mouvement prorusse et anti-immigration.
Benjamin Pestieau voit également dans le "score monstre" de l'AfD la "défaite des partis traditionnels". "À chaque apparition de Friedrich Merz en campagne en Saxe-Anhalt, l'AfD semblait gagner quelques voix de plus", souligne le secrétaire général adjoint du PTB, qui présente la CDU comme l'équivalent des Engagés et du CD & V.
Sur les causes du succès, le militant d'extrême gauche se distingue toutefois du ministre nationaliste : "Au lieu d'investir massivement dans des services publics solides, dans la recherche et l'innovation, dans les soins ou dans le pouvoir d'achat, [la CDU et le SPD] préparent le pays à la guerre et engloutissent des milliards supplémentaires dans la militarisation."
Premier succès du NSDAP
Si ce triomphe inquiète autant, c'est également lié à l'endroit où il se produit. C'est dans le Land d'Anhalt, aujourd'hui fusionné à l'ancienne province de Saxe, que le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) est parvenu pour la première fois, en mai 1932, à obtenir une majorité relative et à diriger le gouvernement d'un des quinze États constitutifs de la République de Weimar. Inévitablement, ce succès de la droite radicale ravive les cauchemars de la montée au pouvoir d'Adolf Hitler.
Porté par le très populaire Ulrich Siegmund, 35 ans, l'AfD de Saxe-Anhalt réclame la "rémigration" des étrangers, appelle à créer des classes séparées pour les enfants de réfugiés et pour les enfants en situation de handicap, souhaiterait obliger les demandeurs d'asile à effectuer des travaux d'intérêt général et voudrait les faire vivre dans des centres.
Mécontentement
Cette victoire est "l'expression d'un mécontentement à l'égard des partis traditionnels, mais plus globalement du fonctionnement de la démocratie représentative telle qu'elle existe aujourd'hui", décrypte le politologue Benjamin Biard (Crisp).

Le spécialiste de l'extrême droite rappelle que l'Allemagne a longtemps été considérée comme "immunisée face à l'extrême droite". Aujourd'hui, elle "démontre qu'il n'y a pas d'immunité naturelle" contre sa montée. La réussite de l'AfD s'explique par "un vote d'adhésion sur les questions d'immigration et des propositions électorales particulièrement radicales", mais également par un vote de "protestation".
Ce vote se manifeste dans une région où le sentiment de "déclassement" est très fort. "En Allemagne, [après la chute du Mur en 1989, NdlR], il y a eu le sentiment que la réunification n'avait pas profité à tout le monde de la même manière", poursuit Benjamin Biard. "C'est singulièrement le cas à l'est de l'Allemagne, raison pour laquelle l'AfD y obtient de si bons résultats. Et il y a aussi un sentiment de déclassement plus global lié à la mondialisation elle-même."
Ce déclassement existe en Wallonie
Ce déclassement, ce sentiment de pauvreté et de retard, existent également au sud de la Belgique. "Il y a effectivement un terreau tout à fait favorable au développement de l'extrême droite en Wallonie", reconnaît le professeur Biard. "C'est effectivement quelque chose d'assez alarmant. C'est un terreau qui peut être mobilisé par des formations extrêmes, notamment par le PTB, qui tient un discours anti-système et qui réussit à surfer sur ce mécontentement et cette méfiance politique."
Les quelques groupuscules d'extrême droite (Trump, Chez Nous…) qui subsistent en Wallonie ne parviennent, cependant, pas à s'implanter sur ce terreau. Cela s'explique par "leur incapacité à éviter des querelles intestines très fortes", mais également par la présence du cordon sanitaire, l'absence d'un sentiment d'identité nationale fort et par la mobilisation très importante des mouvements antifascistes au sein de la société civile.
Assumer la droite ne suffit pas
Georges-Louis Bouchez avait déclaré que son parti jouait aussi un rôle dans la mise à l'écart de la droite radicale. "Quand la droite s'assume, il n'y a pas d'extrême droite", affirmait le président du MR. "Il serait prétentieux de sa part de croire que c'est uniquement lui et le MR qui freinent le développement d'un parti d'extrême droite", objecte Benjamin Biard, qui précise en revanche que le MR a bien intégré une part de l'électorat d'extrême droite.
Reste que phagocyter l'électorat d'extrême droite ne signifie pas éteindre le phénomène pour autant, comme le rappelle, à sa manière, le score de l'AfD outre-Rhin.
