La directrice générale de Publifin Bénédicte Bayer a expliqué jeudi soir aux députés de la commission d'enquête du parlement wallon le véritable sens qu'elle dit avoir donné à une expression triviale qu'avait mise dans sa bouche la syndicaliste Christine Planus (CGSP) plus tôt dans la journée, et qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias en ligne. Selon Mme Planus, la directrice se montrait particulièrement irrespectueuse envers le personnel. "Il faut savoir qu'elle traite le personnel de Publifin de 'branleurs de mouches'", avait affirmé la syndicaliste.

Mme Bayer a reconnu avoir utilisé cette expression, mais elle ne visait pas le personnel de l'intercommunale, assure-t-elle. Elle visait le cas d'un travailleur, licencié depuis, qui avait frappé à deux reprises une femme dans les locaux de la société, vivait sur les lieux de travail et avait passé une journée à ne rien faire au travail, a-t-elle détaillé. Face à la grogne sociale contre le licenciement, Mme Bayer avait lancé que "c'est ce genre de comportement qui fait que l'on dit de nous qu'on est des branleurs de mouches", a-t-elle expliqué.


Une nomination indue au CA de Liege Airport?

La directrice générale de Publifin Bénédicte Bayer a dénoncé jeudi soir, à l'approche du terme de son audition en commission d'enquête du parlement wallon, l'attitude des députés qui lui donnerait le sentiment de subir un "tribunal d'inquisition". Elle a contre-attaqué en affirmant avoir subi des pressions de la Région wallonne pour une nomination indue au conseil d'administration de Liege Airport. "Je me sens humiliée, je me fais traiter de menteuse et d'incapable depuis le début de cette journée", a affirmé Mme Bayer, après plus de sept heures de questions-réponses avec les députés. Elle estime être la cible, à travers cette commission, d'un jeu d'intimidations de la part du monde politique. "On fait pression sur moi, c'est digne d'un tribunal d'inquisition".

Contre-attaquant à une batterie de questions d'un député cdH qui cherchait à connaître le jeu des pressions internes au management du groupe Publifin, Mme Bayer a affirmé que puisque telle était l'attitude des commissaires, elle aussi pouvait "jouer à ce petit jeu" et dénoncer des pressions politiques qu'elle aurait subies depuis l'extérieur du groupe.

Bénédicte Bayer a alors affirmé avoir exécuté "un ordre" pour désigner deux administrateurs à Liege Airport sur le quota NEB - une société de la galaxie Publifin - parce que ce n'était pas possible de les nommer sur le quota de la Région wallonne, en raison de critères d'âge ou de cumuls. "C'est clairement la seule fois que j'ai fait cela". Les députés ont cherché à en savoir plus, mais la directrice s'est murée dans le silence.

Elle a encore répondu à quelques questions des députés, avant que la commission ne prenne fin vers 21h45.


Flous persistants dans l'audition de la directrice générale

L'audition de la directrice de Publifin Bénédicte Bayer par la commission d'enquête parlementaire a connu plusieurs moments de tension jeudi après-midi, notamment lorsque les députés ont abordé la décision des rémunérations fixes des trois comités de secteur.

Ils n'ont pas obtenu de réponse sur la raison pour laquelle ces comités de secteur, créés mi-2013, rémunéraient tous les membres par des émoluments fixes comme si ces organes étaient décisionnels alors qu'ils n'étaient que consultatifs. Et ce, sans plus recourir aux jetons de présence comme c'était le cas pour les membres du comité de secteur gaz (2010-2013), auquel ils se référaient pourtant.

"La cellule de contrôle des mandats de la Région wallonne a eu l'information", a répondu Mme Bayer. Cette cellule sera entendue la semaine prochaine. Pour le reste, la directrice renvoie au pouvoir politique et réfute toute responsabilité du management à contrôler le fonctionnement de ces organes.

La suppression, dans une copie de procès-verbal transmise par le groupe Publifin à l'administration wallonne, d'une phrase attribuant au comité de rémunération de l'intercommunale la responsabilité de décliner les modalités de rémunération des comités, n'a pas non plus obtenu de réponse. "Je ne dispose pas de la même version" du document, a répondu Mme Bayer.

Quant au fait que ces rémunérations n'ont pas été approuvées en assemblée générale mais seulement en CA, il résulte d'une interprétation juridique, a affirmé Mme Bayer, confirmant la position de son groupe que les députés contestent.

Ces derniers n'ont pas non plus reçu de Mme Bayer, qui est pourtant membre du comité de direction de Nethys, de clarifications suffisantes sur le contrôle public des filiales privées du groupe, ni sur la question de l'utilisation éventuelle de bénéfices du gestionnaire de réseau de distribution (GRD) RESA pour investir dans des activités commerciales du groupe. Certains députés soupçonnent un renflouement illégal des activités déficitaires du groupe, qui aurait fait perdre des dividendes aux communes, ce que le groupe Publifin conteste.

Bénédicte Bayer a assuré que les nominations n'étaient pas politisées chez Nethys, mais elle a reconnu que c'était à la demande de Stéphane Moreau qu'elle était arrivée dans ce groupe, après avoir travaillé à l'administration communale d'Ans.

Le statut d'indépendante de Mme Bayer a également suscité les interrogations des députés, vu la permanence des missions qui lui sont confiées. "Je n'ai pas de liens de subordination, je donne des impulsions et je fixe la stratégie", a-t-elle répondu, accusée par les députés de jouer sur les mots.

Interrogée sur son appartenance à la commission de vigilance du PS liégeois, Bénédicte Bayer a assuré qu'elle n'en avait pas démissionné. "Seuls les affiliés peuvent me démissionner."

L'audition se poursuivait en soirée.