Les scènes de liesse inquiètent Yves Van Laethem: "Je voyais le Covid voler"
La qualification des Diables Rouges pour les quarts de finale de l'Euro a donné lieu à des scènes de liesse à travers la Belgique. Une attitude dangereuse dans un contexte épidémiologique encore trop incertain ? Yves Van Laethem fait le point.
- Publié le 28-06-2021 à 14h12
- Mis à jour le 28-06-2021 à 18h59

Ce dimanche, tous les regards étaient tournés vers les écrans de télévision. Le match Belgique-Portugal aura fait vibrer la Belgique jusqu'à la dernière minute. Les Diables se sont finalement imposés 1-0 contre Cristiano Ronaldo et son équipe. Une victoire célébrée par les fans aux quatre coins du pays. Si quelques incidents ont été rapportés à Bruxelles et à Louvain, la célébration s'est principalement déroulée dans le calme.
Alors que le variant Delta, déjà présent en Belgique, retarde le déconfinement au Portugal et au Royaume-Uni, les images en inquiètent certains. Pas de masques, aucune distanciation sociale... "Je voyais le Covid voler, comme dirait l'autre", plaisante Yves Van Laethem.
Une attitude dangereuse
"Effectivement, ces scènes de liesse, c'est un peu la crainte que l'on avait quant à la transmission, entre autres, du variant Delta, qui ne demande pas mieux qu'à se transmettre", continue l'expert. "Quand vous mettez autant de gens qui sont très heureux et crient côte à côte, forcément sans masque... On est dans le schéma de ce que l'on peut craindre pour une augmentation des contaminations. On sait que cela va de toute façon se passer avec ce variant Delta".
Car même si les célébrations ont pris place à l'extérieur, le risque de contamination lors de ce genre de rassemblement est réel. "C'est tout ce qu'il faut pour faire des postillons qui partent à plus d'un mètre et faire des nuages de microparticules autour de soi, que tout le monde respire à grande goulée... C'est un risque clair", affirme l'expert.
Un autre point inquiète Yves Van Laethem : la majorité des personnes présentes lors de ces événements sont des jeunes. Or, on sait que le taux de vaccination dans les tranches plus jeunes de la population est encore très bas. "Je pense qu'en transmission, c'est un réel amplificateur potentiel", souligne Yves Van Laethem, pour qui ces rassemblements vont contribuer à augmenter la présence du variant Delta en Belgique, actuellement responsable de 15 à 20% des infections.
Le pain et les jeux
Face au risque, les politiques devraient-ils prendre des mesures plus strictes lors des matchs ? "C'est le pain et les jeux. On a donné des jeux et du pain, puisque l'on peut aller au restaurant. Dire que l'on retire tout cela, ça va être difficile", admet le porte-parole interfédéral. "Ce serait bien que les autorités locales fassent un peu plus attention à l'expression de joie des supporters. Essayer d'un peu limiter les formes de fusions que l'on voyait, tout le monde criant côte à côte comme dans les temps pré-covid".
Mais l'expert l'admet : ce n'est pas toujours évident à faire. "Il n'est pas facile pour des autorités locales et pour des policiers, qui sont probablement eux-mêmes passionnés, de freiner cet enthousiasme. Il est très facile pour l'expert de dire que l'on est froidement dans un modèle amplificateur de l'infection...", concède-t-il.
Un avenir incertain
La finale doit avoir lieu au Royaume-Uni. Si les Diables arrivent jusqu'à cette étape de la compétition, les supporters belges qui s'y rendent risquent de ramener dans leurs valises le variant Delta. Pourtant, comme le rappelle Yves Van Laethem, le Royaume-Uni est une zone de "variant of concern". Cela signifie qu'au retour en Belgique, les voyageurs doivent se placer en quarantaine pendant dix jours et réaliser deux tests PCR. "Si vraiment ils veulent aller là-bas, moi ça ne me dérange pas. Mais il faut alors que le gouvernement prenne ce qu'il faut comme mesures pour que les quelques milliers éventuels de supporters soient chez eux pendant dix jours", insiste-t-il.
Mais l'effet que pourrait avoir cette finale ne sera peut-être pas aussi important que prévu. "D'ici là, la Belgique aura déjà probablement 50% ou plus de cette souche-là chez elle", explique Yves Van Laethem. "Cela ne changera peut-être plus rien que l'on aille en chercher en Angleterre, mais cette finale à Londres ne fera du bien à personne d'un point de vue épidémiologique".
Vers une pause dans le déconfinement ?
Prévu le 16 juillet, le prochain Codeco devait annoncer un calendrier qui se terminerait par la levée de toutes restrictions début septembre. Mais il est possible que le variant Delta vienne bousculer ce programme. Pour le porte-parole interfédéral, il s'agit d'un gros point d'interrogation. "Je pense que ce Codeco-là devra peut-être mettre un peu un couvercle sur la marmite. Pas forcément en revenant en arrière, mais en n'allant plus vers l'avant. Ce sera un Codeco important à cause de l'ampleur que devrait prendre le variant Delta", conclut-il.