Ce ne fut pas simple, on ne va pas le nier. Des claquages de portes, des moments de tensions. Surtout entre les socialistes et les libéraux. Mais à quelques heures de la déclaration de politique générale du Premier ministre Alexander De Croo, dont on reparlera certainement de la méthode de travail, un accord est intervenu après cette "intense nuit de choc idéologique" entre les socialistes et libéraux, vers 9h du matin. "Nous avons eu nos apaisements sur les chiffres concernant l'e-commerce", nous indique le PS. Une conférence de presse se tient au 16, Rue de la Loi à 11h, en présence du Premier ministre et de tous les vice-Premiers ministres pour annoncer officiellement les points de l'accord.

De nombreuses mesures avaient d’ores et déjà fuité mais reprenons les grandes lignes de forces de cet accord.

Réduction du déficit à 3,1% en 2022!

D’abord, le budget. Il s’agissait tout de même initialement de prévoir une épure du budget de 2022 qui, ce 15 octobre, doit partir du côté européen. L’effort budgétaire final – entendez la réduction du déficit public - sera finalement décomposé en une part fixe de 0,2 % et une part variable de 0,3 %, dont 0,1 % pour de nouvelles initiatives. Soit 2,4 milliards d’euros au global. Le déficit budgétaire sera réduit l'an prochain à -3,1% du PIB, contre -5,4% actuellement. L’amélioration du solde de financement se fait via notamment des économies linéaires au niveau de l’Etat fédéral, un plan d’action contre la fraude sociale et fiscale, la taxe sur les comptes titres (430 millions d’euros), l’augmentation des accises sur le tabac (308 millions d’euros), une taxe sur les billets d'avions, pour les trajets de moins de 500 kms (30 millions, soit environ 5 euros par billet) et plusieurs mesures luttant contre l’incapacité du travail. Sur l'ensemble de la législature, l'impact budgétaire de ce vole "réinsertion" , qui prévoit la remise au travail de 10 000 personnes, serait de près d'un milliard d'euros (dont 128 millions d'euros pour le budget de 2022).

Energie: l'effort pour les bénéficiaires du tarif social

Pour l'énergie, dont les prix ont flambé ces derniers mois, grevant le pouvoir d'achat des ménages et des entreprises, des mesures importantes sont prises. D'abord, le tarif social (jusqu'à 650 euros d'économie) est prolongé jusqu'au 1er trimestre 2022. Pour les bénéficiaires du tarif social, un montant supplémentaire de 80 euros sera entériné. Des normes réglementaires (norme énergétique) vont être prises, de même que le basculement de certains frais en assises (afin de contrer la hausse des prix), ce qui aura pour effet de mieux protéger les consommateurs, et de leur donner un peu plus de pouvoir d'achat (entre 30 et 50 euros par mois).

Réintégration des malades de longue durée

Le travail, parlons-en. Il a constitué longtemps une pomme de discorde entre socialistes et libéraux. Mais des mesures importantes, parfois symboliques, ont été prises pour rencontrer l’un des autres gros objectifs de la Vivaldi : un taux d’emploi de 80 % d’ici à 2030. Ainsi, de nombreuses mesures d’accompagnement des malades de longue durée vont être prises, conformément aux souhaits de Frank Vandenbroucke (Vooruit), à la manette sur ce dossier. Pour la toute première fois, après une tentative avortée de la Suédoise en 2018, une véritable responsabilisation de tous les acteurs concernés (fonds d'assurance maladie, employés, employeurs, prescripteurs) sera assurée, avec des sanctions à la clé pour les travailleurs qui refuseraient de répondre à un questionnaire médical concernant leur état de santé ou refuseraient de se présenter devant un médecin.Une perte de revenu de 2,5% sera possible. Quant aux entreprises de plus de 50 travailleurs dont le nombre de malades dépasse la moyenne, ils pourraient également être sanctionnés de 2,5% de leur masse salariale durant un trimestre.

Quid du chômage ?

Un large paquet de réformes du marché du travail a été pris : interprétation flexible de la semaine de travail (réduction du temps de travail de 5 à 4 jours), un plan pour les métiers en pénurie (12 actions concrètes pour combler les emplois structurellement vacants), le maintien de l'exemption de cotisations sociales sur les premiers emplois (la fameuse mesure zéro coti", plafonnée ici à un salaire brut de 4000 euros), l’introduction d’un droit individuel à la formation pour les salariés (5 jours par an), l’utilisation pour la première fois de l’indemnité de licenciement pour la formation, une autonomie renforcée des Régions en termes de disponibilité des demandeurs d'emploi… Les mesures seront détaillées ce mardi, mais l’idée est surtout d’enrayer la croissance vertigineuse des malades de longue durée (près de 500 000 au total) et de faire face à la croissance des métiers en pénurie. Surtout dans un cadre de relance et d'investissements publics renforcés, c'était nécessaire. Un certain nombre de dossiers sont également renvoyés vers les partenaires sociaux: la semaine de quatre jours (a priori sans réduction du temps de travail), une flexibilisation hebdomadaire du temps de travail, l'enregistrement du temps de travail (en conséquence d'un arrêt de la Cour de justice européenne) et le droit à la déconnexion.

Reste une question: quid d'éventuelles sanctions pour les chômeurs qui refuseraient plusieurs fois un métier ou une formation dans un métier en pénurie ? La piste d'une amende de 2,5% avait été évoquée mais il n'en sera pour l'instant rien. Le ministre de l'Economie Pierre-Yves Dermagne (PS) sera chargé de mettre en oeuvre un accord de coopération avec les Régions, compétentes en la matière, pour responsabiliser les différents acteurs (travailleurs, entreprises, ...) dans cette problématique des métiers en pénurie.

Un milliard d'investissement en plus en 2024

Sur le volet « investissements publics », qui sous-tient le plan de redéploiement de l’économie vers une économique plus digitale, plus tournée vers l’environnement, la part fédérale sera finalement de 1 milliard d’euros. Le Secrétaire d’État à la relance et aux investissements stratégiques tablait davantage sur un montant de 2 milliards – après avoir reçu 45 projets pour 3,3 milliards d’euros. Mais du côté du cabinet de Thomas Dermine, on assure que cela suffira à rencontrer l’objectif important que s’était assignée la Vivaldi, à savoir un taux d’investissements publics de 3 ,5 % d’ici à 2024. Concrètement, ce milliard d'euros sera investi à l’horizon 2024, avec un focus clair sur le développement durable, le climat et le numérique. En conformité avec les dossiers d’investissements pris dans le cadre du plan de relance et de résilience européen.

Enfin, il faut aussi mentionner le tax shift (300 millions d'euros en 2022), qui portera sur le relèvement (entre 100 et 150 euros par an, nous assure-t-on dans le clan libéral) les bas et moyens salaires.