Pour Georges-Louis Bouchez, le nucléaire est nécessaire pour l'approvisionnement énergétique: "L'inflation vient de l'énergie, qui est le moteur du bien-être"
La sécurité d'approvisionnement ne peut être assurée qu'avec le nucléaire, selon Bouchez.
- Publié le 08-01-2022 à 09h50
- Mis à jour le 09-01-2022 à 16h17

Sur la question de l'approvisionnement énergétique, le président des libéraux estime que le débat est faussé par des associations satellites. "Tous les sondages montrent que plus de 50 % de la population veut maintenir le nucléaire en Belgique. Même les corps intermédiaires comme les organisations patronales ou syndicales sont d'accord. Le Japon qui a connu Fukushima place sa stratégie sur le nucléaire. Les États-Unis, la France, les Pays-Bas, l'Angleterre font la même chose. Mais au sein du gouvernement belge, le MR est le seul des sept partis à tenir cette position. Pourquoi ? Parce qu'un courant militant qui représente une poignée de gens est tellement actif qu'il arrive à imposer un schéma de pensée."
Georges-Louis Bouchez considère que les partisans de l'abandon immédiat du nucléaire sont déconnectés du réel. L'urgence est d'avoir une énergie dont on peut maîtriser le prix et qui ne soit donc pas chère. Il faut également une sécurité d'approvisionnement absolue et une énergie qui émet le moins de CO2 possible. "Si on me trouve une solution qui réponde à ces trois critères pour tout de suite et pas pour 2050, tout est bon. Mais aujourd'hui, on ne peut le faire qu'en prolongeant le nucléaire. Enfin… peut-être que d'ici mars, la ministre de l'Énergie [Tinne Van der Straeten] va nous apporter un super schéma brillant", poursuit le libéral sans y croire. Pour le président, la facture énergétique des Belges, déjà très haute, risque encore d'augmenter. "L'inflation que l'on vit aujourd'hui est le fruit d'un recul majeur de notre économie il y a plus d'un an. Mais l'inflation est essentiellement tirée par l'augmentation des prix de l'énergie. Ça prouve que l'énergie est le moteur de la croissance et de notre bien-être." L'énergie est nécessaire pour l'industrie, la production, se déplacer, se chauffer, conserver des aliments…
Et cette consommation grimpera en flèche avec l'électrification du parc automobile, du chauffage des maisons, des process industriels ou encore de la captation de CO2. "La consommation d'énergie électrique va augmenter de 30 à 70 % d'ici 2050", poursuit le libéral, citant RTE et Elia. Et la facture avec. Les solutions que "la gauche" pourrait amener à cette crise ne le convainquent pas. "La gauche va nous expliquer qu'il faudra faire des réductions, des baisses de fiscalité ou des chèques avec l'impôt. Peut-être même qu'on va financer le chèque avec une dette, mais la dette, on ne la remboursera jamais." C'est ce que Bouchez appelle "le curatif". Pour lutter contre ce phénomène, il propose de suivre deux options. "Il faut une culture d'excellence dans l'élaboration des politiques publiques. On doit poser des choix stratégiques et changer le rapport entre l'administration et le politique. On a trop d'agences, et de structures sur le côté."
Deuxième élément : relancer une politique industrielle au niveau européen et au niveau belge. "Si on avait aujourd'hui encore Electrabel-Tractebel, vous pensez que l'on serait réellement en train d'essayer d'acheter du gaz aux Russes ?" Cette relance nécessite d'avoir un État stratège. "Mais l'État stratège, ce n'est pas saint Nicolas qui distribue l'argent. L'État doit être un acteur majeur de la société, mais sans s'immiscer dans chaque initiative privée."
Atteindre cet état nécessite, selon Bouchez, de se débarrasser d'une série d'associations subsidiées qui orbitent autour des gouvernements.
Le débat public menacé par les activistes woke et la police de la pensée
À la tête du MR, on ne considère pas que la société belge traverse actuellement une crise, mais qu'elle est dans une grande phase de transformation et de changement. Pour aborder cette transition, il ne faut pas "se recroqueviller sur son passé et travailler sur les peurs en permanence", comme le font les autres partis, selon Bouchez. Il ne faut pas non plus "préserver nos acquis sociaux", mais préserver "un niveau de bien-être" et l'améliorer. "Quand je regarde tout le spectre politique aujourd'hui, j'observe que nous sommes la seule alternative aux deux dérives de la société actuelle. Soit on est dans le repli sur le passé, soit on rejette totalement ce qu'est notre société." L'alternative du MR est de s'appuyer sur une base philosophique forte marquée par des valeurs. "À gauche, ça part dans tous les sens. Notre choix est de ne pas répondre à la police de la pensée qui voudrait qu'à un moment donné, on formate nos messages." Le président des libéraux juge par exemple que le Twitter belge est contaminé par des "brigades" woke. "La police de la pensée, c'est ce qui consiste à indiquer que la Belgique est responsable de tous les maux parce que nous sommes un pays occidental. Et que tout ce qui se passe à travers le monde, les guerres, les difficultés sont de notre faute. On doit être dans la repentance permanente par rapport à la colonisation. C'est ceux qui vous traitent de raciste dès que vous n'acceptez pas le fait que l'homme blanc n'est pas responsable de tous les maux de la planète. Quand on essaie de réfléchir à la manière dont on gère la crise sanitaire, ce serait du complot." Le danger, pour Georges-Louis Bouchez, est que ces activistes viennent avec des idées "complètement ridicules" qui sont reprises dans les médias et qui sont ensuite adoptées par le monde politique. Mais ces idées ne parleraient absolument pas au reste de la population belge.