Tract politique en français, néerlandais et en turc : le MR dénonce le "communautarisme" du PS
Le MR dénonce le "communautarisme" du PS, qui n'y voit pas de problème.

- Publié le 24-04-2019 à 07h32
- Mis à jour le 24-04-2019 à 12h07

Le MR dénonce le "communautarisme" du PS, qui n'y voit pas de problème. Les partis s'y entendent pour recruter de gros pourvoyeurs de voix. Une personnalité bien implantée dans une communauté peut constituer un atout dont ils ne se privent pas. Rien de problématique, a priori : ces candidats permettent une représentation des diverses franges de la population.
La pratique va trop loin pour le MR, qui dénonce le "communautarisme indéniable" d'un tract écrit partiellement en turc par un député PS bruxellois.
En effet, Emin Ozkara (PS), 17e sur la liste pour le Parlement bruxellois, a fait imprimer un tract en plusieurs langues, avec ce titre : "Tous ensemble ! ; Allemaal samen ! ; Hep birlikte !" Du français, du néerlandais, et du turc. Le slogan est repris en bien plus petit, en anglais et en arabe. La même journée, il avait publié une photo à l'occasion de la fête nationale turque, avec un texte en turc, avant de la retirer.

"Quelle est l'utilité de faire campagne en turc pour le Parlement bruxellois ? Toutes les personnes qui votent à ces élections sont de nationalité belge. Elles sont donc censées connaître une de nos langues nationales. Et encore : ici, on a un tract en trois langues, mais parfois c'est un tract complet qui est rédigé en langue étrangère", s'insurge Georges-Louis Bouchez, porte-parole du MR. "Cette manière de faire campagne, c'est envoyer un signal communautariste : 'si vous vous reconnaissez dans cette langue, votez pour moi'. À part cautionner le repli communautaire, je ne vois pas l'utilité de cette façon de procéder. J'ajoute que si des personnes ne parlent pas français, néerlandais ou allemand, soit une de nos langues nationales, c'est qu'il y a un problème d'intégration manifeste. Elles n'auraient donc pas dû obtenir leur nationalité belge."
Emin Ozkara n'a pas répondu à nos appels ce mardi. "L'entièreté de son programme est rédigée en français et en néerlandais", précise Maxime Hardy, porte-parole du PS. "Mais des initiatives individuelles peuvent être prises. Dans la mesure où elles permettent de mieux faire connaître notre programme à davantage de personnes, cela ne nous pose pas de problèmes. Si le moindre souci d'interprétation existe, on demande au candidat de reformuler. Ce n'est pas le cas ici."
Selon la commission de contrôle linguistique, rien n'interdit de faire campagne dans une langue étrangère, "C'est autorisé. Les lois administratives ne sont pas d'application aux partis politiques. Ils peuvent envoyer des tracts dans la langue qu'ils estiment convenir", nous explique Emmanuel Vandenbosche, président de la commission de contrôle linguistique.
Notons qu'en 2014, des tracts de Zahoor Manzoor rédigés uniquement en ourdou et en turc avaient été distribués. Le député d'origine pakistanaise, alors au MR, avait ensuite claqué la porte du parti pour rejoindre le PS.
"C'est justement pour éviter cette récupération communautaire que nous avons adopté une règle en 2018 : nos candidats ont l'interdiction de rédiger un tract dans une langue étrangère", précise le porte-parole du MR.

Et les autres partis ? Défi s'inscrit dans la même ligne que le PS, estimant qu'il n'y a pas de problème à ce qu'un candidat emploie une langue étrangère tant qu'elle s'accompagne d'une des langues nationales.
Le CDH , quant à lui, a raffermi sa ligne. Ses candidats doivent s'engager à "rédiger l'ensemble des supports électoraux dans l'une des langues nationales […] ou intervention publique".
Chez Ecolo, on assure "faire campagne pour tout le monde, et non pour une communauté en particulier", précise la porte-parole du parti, Lauriane Douchamps. "La question ne se pose par ailleurs pas car nous faisons des campagnes collectives. La vraie question, c'est le message porté. S'il n'est pas le même dans une langue étrangère qu'en français, et qu'on ne peut le vérifier, cela peut poser problème."