Comment l'État belge a assuré ses arrières dans le sauvetage de Brussels Airlines
La compagnie devrait s'acquitter, aux taux actuels, de 20 millions d'euros d'intérêts sur le crédit octroyé par l'État.

- Publié le 25-07-2020 à 21h57
- Mis à jour le 24-08-2020 à 13h56

Le vent peut tourner vite dans l'aérien. Alors que les signaux semblaient encore être au rouge il y a une semaine à peine, l'accord de sauvetage de Brussels Airlines - conclu entre la compagnie belge, sa maison-mère Lufthansa et le gouvernement fédéral - a été validé par les principaux acteurs impliqués ce vendredi. Le texte doit désormais encore être avalisé par le Fonds de stabilisation économique allemand et par la Commission européenne.
Pour rappel, ce plan porte sur un montant d'aide global de 460 millions d'euros permettant à Brussels Airlines de faire face à la crise du Covid-19. L'accord prévoit 290 millions d'euros de prêt par l'État belge et une injection de capital de 170 millions d'euros par Lufthansa.
1. Pourquoi la situation s'est-elle soudainement débloquée ?
Ces derniers jours, différents facteurs ont aidé à débloquer ce dossier particulièrement complexe. Il y a tout d'abord eu l'urgence : la situation financière de Brussels Airlines est de plus en plus précaire. Les négociateurs belges ont aussi fait preuve d'une certaine ténacité qui a porté ses fruits. "Nous avons clairement fait savoir à Lufthansa que nous ne céderions pas sur certaines choses qui sont importantes pour nous", a expliqué Alexander De Croo, le ministre des Finances (Open-VLD) devant le Parlement ce jeudi. Les canaux diplomatiques ont enfin joué à plein. "La semaine dernière, nous avons établi les contacts politiques nécessaires en Allemagne pour convaincre les gens que les préoccupations belges devaient être prises en compte, poursuit le ministre. Les relations entre la Belgique et l'Allemagne sont très bonnes."
2. L'accord est-il favorable financièrement pour la Belgique ?
Dans ce "deal" la Belgique s'en sort plutôt bien. Contrairement à ce qui s'est passé en Autriche, où un subside a été accordé à Austrian Airlines, une autre filiale de Lufthansa - l'État belge n'a donné aucun argent au groupe allemand. Au contraire, ce prêt de 290 millions d'euros sur six ans va rapporter près de 20 millions d'euros d'intérêts à la Belgique, si l'on prend les taux de référence actuels. L'accord se base ainsi sur le cadre temporaire mis en place par la Commission européenne pour favoriser les "aides" publiques face au Covid-19. Brussels Airlines aura des taux progressifs, variant d'un peu plus de 0 % la première année pour avoisiner les 1,7 % sur les trois dernières années, ce qui doit inciter la compagnie à rembourser plus rapidement le montant prêté. L'État a aussi mis des garanties solides : si Brussels Airlines n'est pas en mesure de rembourser le prêt, les parts de Lufthansa dans la compagnie belge seront transférées au gouvernement fédéral. Autrement dit, la Belgique pourrait devenir unique propriétaire de Brussels Airlines.
3. La Belgique aura-t-elle son mot à dire dans la compagnie ?
La Belgique a obtenu que deux administrateurs défendant les couleurs de notre pays arrivent au "board" de Brussels Airlines pendant la durée du prêt, soit jusqu'en 2026. Ces derniers devront s'assurer que Lufthansa exécute bien le plan de croissance négocié avec l'État belge. Si ce n'est pas le cas, ils pourront enclencher un mécanisme permettant de résoudre les conflits avec "efficacité et rapidité". "Grâce à eux, l'État fédéral sera en mesure de bien suivre l'évolution de la compagnie", note Alexander De Croo. Ces deux administrateurs, qui doivent avoir une "solide expérience du secteur aérien", n'ont pas encore été nommés. Il se murmure que l'un devrait être flamand et l'autre francophone.
Il n'est également pas encore défini s'ils se rajouteront aux deux administrateurs belges actuels (mais qui ne représentent pas l'État fédéral), à savoir Étienne Davignon et Jan Smets, ce dernier étant aussi coprésident de la compagnie, ou s'ils les remplaceront. "Le conseil d'administration va-t-il passer de cinq à sept membres ? C'est à Brussels Airlines de gérer cela", explique M. De Croo. Dans ce deuxième scénario, les Belges, jusqu'ici en infériorité numérique, deviendraient majoritaires. Ce qui pourrait poser problème à Lufthansa.