François Pirette peut encore être Enceinte

I. O.

Il était poursuivi par les parents d'un enfant handicapé
LIÈGE "Vraiment, je ne comprends pas. Je suis tout simplement abasourdi...´ Tels étaient les mots de François Pirette lorsque, en janvier 2001, il apprenait son assignation en justice à la suite de la plainte déposée par un couple de Spadois, parents d'un petit garçon handicapé.

En effet, dans un de ses sketches intitulé Enceinte, l'humoriste évoque un (futur) gamin à onze doigts, neuf d'une main et deux de l'autre,"ce qui l'obligera à nager en rond´...

Un humour très mal perçu par Patrice et Véronique Heyden, dont le petit Fabian a eu le malheur de naître sans aucun doigt à la main gauche. "Nous avons été meurtris et assommés´, expliquaient-ils alors, ajoutant que si leur bambin était trop jeune pour comprendre ces "moqueries´, l'humour de François Pirette devait certainement faire souffrir "des milliers de téléspectateurs handicapés en âge de comprendre´.

Thierry Van Cauberg - de son vrai nom -, poursuivi devant le tribunal de première instance, voyait pendre sous son nez le versement de quelque 12.395 € (500.000 FB à l'époque) de dommage moral et, surtout, le risque de ne plus jouer ce sketch.

Pour François Pirette et son avocat, pourtant, l'intention de nuire n'existait pas. "Le sketch n'est pas destiné à (faire) rire des handicapés, mais bien de l'échographie, base d'erreurs de diagnostic. Il n'y a pas de faute sur le plan juridique, et surtout pas à l'égard des plaignants et de leur enfant.´ Et de plaider la liberté d'expression des artistes, tandis que l'humoriste lui-même comparait Enceinte à du Tex Avery - "Toutes proportions gardées...´ -, reconnaissant être "tout-à-fait en paix´ avec sa conscience. "Car rire avec n'est pas rire de, et que je refuse de croire que les personnes handicapées doivent être dispensées d'humour.´

Finalement, le tribunal civil de Liège a estimé que,"si d'aucuns peuvent penser que M. Pirette a dépassé les limites de l'acceptable, il serait toutefois hasardeux de prétendre censurer ces talents qui peuvent se réclamer de la liberté d'expression même si - et c'est bien normal - certaines personnes restent allergiques à telle ou telle moquerie et peuvent même en éprouver de l'amertume.´

Difficile de mieux dire.

© La Dernière Heure 2002

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