San Giuliano di Puglia: l'évitable catastrophe
- Publié le 03-11-2002 à 05h00
Après le drame, la population cherche des responsables
SAN GIULIANO DI PUGLIA La justice italienne a ouvert samedi une enquête sur les causes de l'effondrement de l'école de San Giuliano di Puglia où 26 jeunes enfants et une de leurs institutrices ont péri jeudi lors du séisme dans la région du Molise (centre-est).
Et la colère commence à monter, car "personne à San Giuliano ne savait que la zone avait été classée comme zone sismique´, a déclaré samedi l'évêque de Tremoli-Larino, Tommaso Valentinetti.
L'école, construite en 1953, avait subi récemment des modifications et ces travaux sont aujourd'hui mis en cause. "L'écroulement d'un bâtiment entier est une situation anormale´, ont commenté samedi Andrea Cataldi Tassone et Maria Teresa Perna, procureur-adjoint et substitut du procureur, venus sur place commencer leur enquête contre X pour catastrophe et homicide involontaires.
En larmes, le maître d'oeuvre des travaux, Guiseppe La Serra, entrepreneur installé dans la localité voisine de Larino, se défend. "Je suis un homme détruit, mais je ne suis pas coupable de cette tragédie´.
La polémique gronde à San Giuliano contre les élus locaux, jugés responsables de la fragilité de l'édifice, même si formellement le bâtiment était en règle avec la loi.
Mais la population ménage son maire, Antonio Borelli, 40 ans dont la fille aînée Antonella, 6 ans, a péri dans l'école. Lui dit ne pas comprendre pourquoi le bâtiment s'est effondré. "Les travaux ont respecté les normes prévus par la loi. Sinon, je n'aurais pas mis ma fille dans cette école´, répond-t-il.
Des habitants du village avaient confirmé le soir du drame que la structure qui s'est écroulée avait subi une rénovation il y a quelques années."Ils ont fait la partie supérieure en ciment et ont également renforcé le toit avec du ciment. C'est cette partie qui s'est effondrée sur les murs réalisés avec de petites briques, qui n'ont pas résisté au poids´, avait indiqué un pompier au lendemain de la catastrophe.
"Il ne s'agissait pas d'une surélévation´, assure M. La Serra. "Nous avons juste construit deux classes dans une aile de l'édifice. Nous avions un budget de 250 millions de lires (130.000 euros) et nous avons construit selon la loi´.
"C'est vrai que cette structure avait été trop surchargée mais il faut aussi dire que j'ai vu des maisons neuves bien faites s'écrouler´, a indiqué samedi Pasquale, 26 ans, un maçon local.
Le chef du gouvernement Silvio Berlusconi a pour sa part convoqué dimanche une conseil des ministres pour discuter des fonds à allouer à la région sinistrée.
Les habitants de San Giuliano, eux, se préparent à enterrer leurs morts: 26 enfants, tous âgés de moins de 10 ans, leur institutrice et deux femmes du village tuées dans l'effondrement de leurs maisons.
Les funérailles auront lieu ce dimanche, et le président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, sera parmi eux.
L'accès du village est toujours interdit depuis son évacuation préventive vendredi soir. La population a été hébergée dans un camp de toile monté sur le terrain de sport de la commune. Une église a été improvisée et une croix plantée samedi devant une des tentes.
© La Dernière Heure 2002
