"Son corps se décompose"

Christian Hubert
"Son corps se décompose"

Me Sven Mary a distribué les clichés insoutenables et taillé en pièces la théorie de la correction qui aurait mal tourné

BRUXELLES Ce fut longtemps le slogan de Paris-Match . Ce furent les deux armes que Sven Mary, le premier des avocats de Patricia Lefranc à intervenir, a utilisé pour convaincre le jury de qualifier le crime de Richard Remes de tentative d'assassinat. Deux armes terribles.

Les photos. Nous en avions publié une – la plus soft – à la demande de la victime elle-même. Sven Mary les a toutes fait passer entre les mains de la cour et des jurés. Six photos représentant six épisodes du chemin de croix de sa cliente. Des photos si terribles que la présidente n'avait pas souhaité les diffuser sur l'écran du prétoire. "Regardez Richard Remes, elles vous appartiennent."

Ces photos n'ont pas été distribuées pour choquer, mais "parce que c'est la réalité de la vie de Patricia jusqu'à la fin de ses jours. Parce qu'elle n'a plus assez de peau pour pouvoir pratiquer des greffes".

Après les photos, les mots. Sven Mary s'est attaché à démontrer qu'il y avait bien tentative d'assassinat. "Qu'est-ce que la mort ? C'est l'état définitif d'un organisme qui cesse de vivre quand le corps commence à se décomposer. Et, on le voit, son corps se décompose."

Il n'existe pas, en droit belge, de définition de la mort. Patricia est considérée comme socialement morte depuis le 9 décembre 2009. Et il cite. Ce quidam qui lui jette à la figure "avec une tronche pareille, on ne sort plus après 22 heures". Son fils qui dit "maman, je préfère que tu ne viennes plus me chercher à l'école car mes copains rigolent de moi". Sa sœur qui a déclaré à la barre "Je n'ai plus de sœur". Elle-même qui se déclare morte vivante, une attraction qui glace les sangs, qui ne provoque que l'effroi et le dégoût. "C'est la dépersonnalisation de l'être humain. Merci Remes, vous qui n'avez été fidèle qu'à votre salle de gonflette."

Sven Mary n'a pas manqué de faire référence au drame du bébé assassiné en rappelant que le non-lieu n'est pas un acquittement : "Il y a trop de similitudes entre les deux affaires, trop d'ingrédients semblables".

Et de citer, notamment, une même rupture à la demande de la maîtresse, le harcèlement, une relation de six mois, plusieurs maîtresses en même temps, l'affaire du Pisang Anbon, etc...

L'avocat explique que sa première visite à la victime, à l'hôpital, en mars 2010, restera le moment le plus intense et le plus perturbant de toute sa vie professionnelle. "Elle me hante pour l'éternité."

Il détaille tous les éléments qui démontrent la préméditation : l'achat du produit, les recherches sur Internet, l'emprunt du casque, la demande de congé. "L'intention de donner la mort est évidente au regard de la jurisprudence et de la doctrine. Aucune zone d'ombre ne plane sur ce dossier." Et il demande aux dames de la cour et du jury : "Ne serait-ce pas horrifiant de vous enlever, à ce point, votre intimité, votre féminité ?"



© La Dernière Heure 2012

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