Julie et Mélissa, 20 ans déjà: "Les enlèvements criminels sont extrêmement rares", rappelle Child Focus
Child Focus a vu le jour dans la foulée de l'enlèvement de Julie et Mélissa. Vingt ans après, on fait le point.
- Publié le 23-06-2015 à 21h09
- Mis à jour le 24-06-2015 à 06h19

Child Focus a vu le jour dans la foulée de l'enlèvement de Julie et Mélissa.C'est à l'initiative de Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, que fut créée en 1998 Child Focus. Depuis lors, la Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités traite pas moins de 1.500 dossiers par an.
En dix ans, qu'est ce qui a fondamentalement changé ? C'est ce que nous avons voulu savoir, à travers ces questions posées à celle qui est devenue le visage de la fondation, Maryse Rolland, porte-parole de Child Focus. Interview.
Qu'est ce qui a changé grâce à Child Focus dans le traitement des enlèvements d'enfants ?
"Il est important de rappeler que les enlèvements criminels sont extrêmement rares. En moyenne, un cas est signalé tous les huit ans. Si cela se produit, Child Focus, en accord avec le magistrat chargé de l'affaire, peut lancer une Child Alert : un système ultrarapide de diffusion à grande échelle de l'avis de disparition d'un enfant dont la vie est en danger immédiat. Les parents bénéficient immédiatement du soutien d'un conseiller de Child Focus. Le conseiller est là pour les soutenir, les informer du déroulement de l'enquête et s'assurer qu'aucun élément n'échappe à la vigilance des enquêteurs."
Le risque d'un enlèvement est-il plus élevé maintenant avec l'existence des réseaux sociaux ?
"Le risque n'est pas plus élevé mais Child Focus adapte ses conseils de prévention en tenant compte de l'évolution des technologies de l'information et de la communication. Ainsi, si un jeune souhaite répondre à l'invitation d'une personne rencontrée en ligne, il est préférable qu'il en informe ses parents, que le rendez-vous se déroule dans un lieu public fréquenté et qu'il s'y rende accompagné."
Allez-vous plus vite pour les recherches qu'il y a quinze ans ?
"Il est loin le temps où la police temporisait 48 heures dans le cas d'une fugue ! Nous agissons directement mais toujours dans l'intérêt de l'enfant. C'est-à-dire que nous adaptons nos méthodes de recherche quasi au cas par cas. S'il s'agit d'une fugue, nous allons souvent opter pour la discrétion en distribuant des vignettes avec la photo de l'enfant à des personnes en contact avec nombre de citoyens : commerçants, contrôleurs de train, taximen, etc. Une méthode très efficace qui permet au jeune, dès son retour, de se réinsérer facilement dans sa vie quotidienne."
Conseillez-vous aux parents d'opter pour tous les outils technologiques afin de protéger leur enfant (bracelet électronique et autre système de géolocalisation) ?
"Tous ces gadgets technologiques offrent un faux sentiment de sécurité : ils peuvent dysfonctionner ou être facilement neutralisés. En outre, un enfant a besoin d'autonomie et que ses parents lui fassent confiance pour s'épanouir. Transmettre quelques règles élémentaires de sécurité et munir les plus jeunes d'un simple bracelet avec un numéro de GSM sont des conseils bien plus judicieux."
Depuis la création de Child Focus, en 98, quel est le cas qui vous a le plus marqué ?
"L'affaire de Stacy et Nathalie en 2006. Je l'ai vécue comme un horrible bis repetita de l'histoire. Malgré des recherches intensives, la solidarité de tout un peuple, le dévouement de centaines de nos volontaires… nous sommes arrivés trop tard : deux fillettes au sourire d'ange happées en plein vol, retrouvées dans un chenal, violées, étranglées. La presse internationale me houspillait avec la même lancinante question : la Belgique est-elle devenue un terreau à pédophiles ?"