Puni 15 heures sur son balcon par son beau-père, Daryl (6 ans) raconte son calvaire

On apprend, de la bouche des enfants, les atrocités que le beau-père leur faisait subir au su de leur mère, qui n'intervenait pas, ou si peu.

Propos recueillis par Gil.

Ils racontent leur terrifiante histoire, avec l'accord et en présence de leur papa. On apprend, de la bouche des enfants, les atrocités que le beau-père leur faisait subir au su de leur mère, qui n'intervenait pas, ou si peu. Si le petit garçon fut enfermé dans le froid pendant quinze heures sur le balcon, c'est, explique-t-il, parce qu'il avait très faim et avait pris sans autorisation une crêpe dans le frigidaire. Sa sœur précise que cela s'est passé "la nuit". Qu'elle est restée tout le temps dans l'appartement près de la fenêtre tandis que son frère gelait sur le balcon. Et qu'elle a eu peur, dit-elle, quand elle a vu son frère "tomber".

Il faut préciser que les deux sont jumeaux. Les liens n'en sont que plus puissants. Alors, poursuit la sœur, "j'ai cogné sur la fenêtre". Pour l'encourager à tenir ? Parce qu'elle le pensait mort ? Le beau-père ou la mère auraient pris peur, eux aussi, et trop vite plongé l'enfant dans un bain d'eau chaude.

Le petit garçon confie que le beau-père avait inventé toute une série de postures. À chacune correspondait une punition. Parmi celles-ci : "la banane".

La "banane" consistait à prendre une position dorsale arquée difficile à maintenir dans la durée. Or, précisément, la punition exigeait de rester longtemps "en banane", sous peine d'une autre punition. Il y avait "la banane", mais d'autres postures aussi, comme celle de "la chaise".

Les enfants nous parlent encore des douches froides que le beau-père leur infligeait par tous les temps, aussi en plein hiver. Et des aliments contraires qu'ils étaient forcés d'avaler, comme de l'ail et des oignons crus. Autre punition, le beau-père les obligeait à boire de l'eau dans la cuvette du WC.

Les enfants parlent en présence et avec l'accord du papa. Et bien évidemment, un maximum de précaution.

Leur père raconte qu'à l'arrivée des enquêteurs, le frigo familial était vide. "Il n'y avait plus qu'un pot de sauce bolognaise." Il nous confie enfin qu'il a pu rencontrer la mère au parloir de la prison de Berkendael. Elle n'a pas ou très peu parlé des enfants. Ni de leur état de santé : le petit garçon de 6 ans pesait encore 12 kilos. Il en pèse 20 maintenant. Pour la mère, la conversation au parloir a surtout porté sur sa date de sortie. "Je vais bientôt sortir de prison."

Jamal, leur père, pourrait être expulsé du pays

Quatre mois après le drame qui a ému et scandalisé le pays, l' "enfant du balcon", sa sœur et leur père ont besoin d'aide et de notre aide.

Fin décembre, La DH fut la première à révéler que la mère et le beau-père de deux enfants avaient laissé le petit garçon de 6 ans en pyjama dans le froid sur leur balcon pendant 15 heures, à Saint-Josse. Nous avons rencontré, hier, les deux enfants et leur papa.

Le petit a très bien récupéré. L'hôpital Reine Fabiola a fait des miracles. C'est un gosse en pleine forme, malicieux, gentil, poli, adorable. Mais l'avenir est incertain. On apprend qu'il risque ainsi que sa sœur d'être placés. Cette option est probable, dans le cas où leur père serait obligé, pour des questions de visa, de rentrer sans eux au Congo-Brazzaville. Le papa de "l'enfant du balcon" lance un appel à l'Office des Étrangers, où il vient de mener cinq jours de grève de la faim.

Les médias ignoraient le fin fond de l'histoire : le voici. En fait, la mère et le beau-père étaient établis à Nice. Ils ont quitté illégalement la France en 2016 pour s'installer à Saint-Josse, à l'insu du papa. Ce dernier, qui vit à Pointe Noire (Congo-Braz.), était sans nouvelle depuis juin dernier. La situation l'inquiétait.

Son projet était de venir en France début 2017 et de se lancer à leur recherche au départ de Nice. C'est l'"affaire du balcon" qui lui apprend fin décembre que le couple se cachait depuis des mois à Bruxelles avec les enfants.

Jamal prit le premier vol. Ce qu'il découvre en arrivant à l'hôpital Reine Fabiola, c'est une situation dramatique. Son fils est entre la vie et la mort, dans un état critique et en hypothermie sévère. Il pèse encore 12 kilos.

Reine Fabiola a sauvé l'enfant. La petite famille est maintenant hébergée en chambre d'accueil. La pièce fait 10 m2. C'est payant. Le père n'a ni argent ni mutuelle. Le CPAS de Bruxelles a refusé d'intervenir. Celui de St-Josse n'accepterait que s'il y était contraint par une décision de justice. C'est une procédure longue et coûteuse. Pour divers motifs liés à la protection des enfants et au fait que leur mère est en prison en Belgique, la juge de la jeunesse s'oppose au retour des petits au Congo-Brazzaville.

La solution la plus simple passe par la prolongation du séjour en Belgique du papa. Point positif : en dépit de la crise du chômage, Jamal a obtenu une promesse ferme d'embauche pour le 2 mai. Le problème : s'il travaille, qui s'occupera des petits ? À Brazzaville, son épouse demande de venir en Belgique mais le consulat refuse le visa. Autre obstacle : Jamal n'a ni adresse ni compte bancaire en Belgique. Troisième souci : son visa de tourisme de trois mois est expiré. Bref, peu importe vers où Jamal se tourne, il est coincé. Et ce qui pointe à l'horizon, c'est le retour à Brazzaville pour lui. Et le placement en institution pour les enfants.

Après avoir subi les mauvais traitements que l'on sait - le parquet de Bruxelles n'hésite pas à parler de "tortures" - l'"enfant du balcon" et sa sœur, déjà privés de leur mère, le seront-ils aussi de leur père ? Alors que ce dernier, qui avait perdu leur trace depuis l'été à Nice, a sauté dans le premier avion pour les retrouver à Bruxelles. Et qu'un job l'attend pour faire oublier les soucis financiers. Et qu'il est plein d'amour pour les petits : voyez sur les photos comment ses enfants viennent se blottir dans ses bras. Après avoir connu les horreurs d'adultes maltraitants, ces petits bouts qui ont souffert seront-ils séparés de leur père et placés ? À Reine Fabiola, on dit non.


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