Un policier belge excédé témoigne : "On nous déteste, on nous menace, il n'y a plus aucune place pour la nuance"
Un policier témoigne : pour lui, la situation s'explique aussi par l'origine des policiers bruxellois.

- Publié le 19-06-2020 à 06h39
- Mis à jour le 19-06-2020 à 13h58

Un policier témoigne : pour lui, la situation s'explique aussi par l'origine des policiers bruxellois.
La manifestation des policiers prévue ce vendredi, Jonathan (prénom d'emprunt) n'y assistera pas. "Je ne suis pas fan de ce genre de démonstration qui ne va rien résoudre", nous confie le policier bruxellois qui a accepté de témoigner sous couvert de l'anonymat.
Lui aussi en a pourtant gros sur le cœur, excédé par les critiques, et les qualificatifs utilisés contre sa profession, particulièrement ces dernières semaines. "On nous traite de racistes, de violents. On nous déteste et cette haine ne fait que s'accentuer avec des séquences vidéo qu'on montre en coupant volontairement ce qui plaide en notre faveur. Avec les réseaux sociaux, cette haine ne fait qu'augmenter, la situation s'aggrave", regrette ce jeune policier, fatigué des avis "noirs ou blancs". "Il n'y a plus de nuance. Cela vaut d'ailleurs pour tout. Et c'est vraiment dommage. On ne peut pas nier l'existence de certaines bavures mais il faut aussi pouvoir reconnaître qu'elles sont beaucoup moins nombreuses que par le passé. Les caméras installées dans les commissariats ont d'ailleurs largement contribué à la chute de celles-ci. On ne peut pas nier certains comportements racistes, mais ils sont beaucoup moins importants que ce que certains tentent de démontrer. Il faut aussi comprendre pourquoi on en arrive là", poursuit le policier pour qui certains comportements s'expliquent aussi par l'origine des policiers bruxellois.
"Un nombre très important de mes collègues travaillent à Bruxelles mais ne viennent pas d'ici. Ils ont choisi la capitale pour des intérêts financiers parce qu'ils touchent une prime en travaillant à Bruxelles. Ceux qui viennent des campagnes, du fond de la Wallonie ou de la Flandre, n'ont jamais connu l'aspect multiculturel de cette ville. Alors forcément, cela peut effrayer certains. Eh oui, quand ils constatent que ce sont souvent certains types de jeunes qu'ils arrêtent, ils en arrivent hélas à faire des amalgames. Moi-même, quand j'ai commencé à la police, une collègue m'a dit : tu n'es pas raciste mais tu vas le devenir. Il y a des imbéciles partout, à la police aussi. Le tout est de garder le contrôle", poursuit le policier qui nous avoue avoir parfois eu du mal à maîtriser ses nerfs. "Quand vous êtes menacé sans cesse, quand une personne arrêtée vous dit qu'elle va trouver votre adresse et venir s'en prendre à votre famille. Quand un autre, étudiant en dernière année de médecine, vous lance à la figure que lorsqu'il se retrouvera avec un flic dans un bloc opératoire, il le laissera volontairement crever. Quand vous entendez tout cela, vous avez parfois aussi envie de rétorquer."
Ce que le policier n'a jamais fait, nous assure-t-il. À ses yeux, la mauvaise image que certains se font de la police pourrait toutefois s'améliorer si policiers et les citoyens prenaient le temps de discuter. "Quand on arrive en intervention, les gens nous disent souvent qu'ils se méfient de nous mais une fois qu'on discute, ils comprennent que nous sommes aussi des êtres humains avant tout."