Hassan Diab sera jugé… 40 ans après l'attentat à la synagogue
La bombe qui a explosé rue Copernic à Paris avait fait 4 morts et 46 blessés.
- Publié le 22-05-2021 à 22h32
- Mis à jour le 23-05-2021 à 07h56

Vendredi 3 octobre 1980. Soir de shabbat et jour de la fête juive de Sim'hat Torah. Les fidèles sont en masse dans la synagogue de l'Union libérale israélite de France, rue Copernic à Paris.
Une bombe explose. La verrière du temple s'effondre, une des portes est soufflée. Des voitures dans la rue sont projetées sur la chaussée, les devantures de magasin sont soufflées sur 150 mètres.
Philippe Bouissou (22 ans) qui passait à moto est tué sur le coup. Aliza Shagrir (42 ans), présentatrice de télévision israélienne en vacances en France, est également victime de ce sort funeste alors qu'elle marchait sur le trottoir, tout comme Jean Michel Barbé, chauffeur d'une famille qui fréquente la synagogue. Hilario Lopes-Fernandes, le concierge portugais situé en face du temple, est grièvement blessé. Il mourra deux jours plus tard. Quarante-six personnes sont blessées.
Juste avant, une dizaine de kilos de pentrite patientait dans les sacoches d'une moto Suzuki bleue garée à une dizaine de mètres de la synagogue. Le mécanisme de minutage de l'explosif annonçait l'horreur pour la sortie prévue des 323 fidèles, venues fêter les Bar Mitzvah de trois garçons et Bat Mitsva de deux jeunes filles. Heureusement, le rabbin Williams avait pris un quart d'heure de retard. Ces quelques minutes ont épargné la vie de centaines de membres de l'assemblée…
La Nation est atteinte. Les récupérations politiques vont jaillir dans tous les sens.
Le 7 octobre 1980, une manifestation voit défiler 200 000 personnes à Paris. Quatre jours avant, le Premier ministre, Raymond Barre, avait choqué sur TF1 en hiérarchisant entre les lignes le statut des victimes : "Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic." Avant sa mort, Barre imputera le tollé massif suite à ses propos au "l obby juif le plus lié à la gauche […], capable de monter des opérations indignes". Plus tard, le commissaire de police Jean-Pierre Pochon affirmera que le nouveau pouvoir politique socialiste exercera ensuite des pressions pour diriger l'enquête vers les milieux d'extrême droite au détriment de la piste moyen-orientale.
Le lendemain de la sortie de Barre sur TF1, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un défilé aux cris de "Bonnet, Giscard, complices des assassins".
Député socialiste, Jean-Pierre Chevènement dénonce la "véritable osmose créée entre une partie du personnel dirigeant giscardien et l'extrême droite". Le rabbin Williams assure qu'"il s'agit d'une bombe plantée par nos amis les antisémites et les nazis de France". Le MRAP, la Licra et Congrès juif accusent "l'internationale néonazie". Il est vrai que, une heure après l'attentat, un anonyme téléphone à l'agence France-Presse pour le revendiquer au nom d'un groupuscule d'extrême droite, la Fédération d'action nationale et européenne (Fane)...
Des groupes de militants sionistes décident de passer à l'action directe. Le chef de la Fane est vitriolé. Un commando débarque chez le responsable du service d'ordre de la Fane et lui injecte un mélange mi-huile, mi-œstrogènes.
Un autre commando projette de l'acide sur le visage d'un retraité, nommé Charles Bousquet. Son seul tort est de porter le même nom de famille que l'ancien dirigeant de la police de Vichy.
Finalement, l'étincelle initiale fait "pschitt". L'auteur du coup de fil anonyme à l'agence France-Presse est identifié, il reconnaît avoir faussement revendiqué l'attentat et avoue être un militant sioniste.
Le temps passe. L'enquête patine. Jusqu'en 2007...
Un suspect est localisé aux États-Unis. D'origine palestinienne, Hassan Diab possédait la double nationalité libanaise et canadienne. Il est soupçonné d'avoir confectionné et posé la bombe de l'attentat de la rue Copernic ainsi que d'avoir participé à l'attentat de 1981 contre la synagogue d'Anvers.
En 2014, après moult péripéties judiciaires, Diab est extradé. En France, il est mis en examen pour assassinats, tentatives d'assassinats et destruction de biens par l'effet d'une substance explosive ou incendiaire commise en bande organisée. En 2016, il est placé sous bracelet électronique.
Le 15 juin 2017, Amnesty International s'inquiète de "l'emploi présumé de preuves anonymes, de sources inconnues, non justifiées, qui ont peut-être été obtenues sous la torture". Le 12 janvier 2018, la justice française prononce un non-lieu et ordonne la libération immédiate d'Hassan Diab. Les charges pesant contre lui ne sont pas "suffisamment probantes" et "se heurtent à trop d'éléments à décharge".
Le 27 janvier 2021 : gros rebondissement, la cour d'appel de Paris infirme le non-lieu et renvoie le dossier aux assises. Diab tente un pourvoi en cassation, estimant que les notes des services de renseignement jouaient un trop grand rôle et que ses arguments n'avaient pas été assez pris en compte.
Cette semaine, la Cour l'a débouté. Le procès aura bien lieu… quarante ans après les faits.