Décès d'un témoin clé dans l'enquête des Tueries du Brabant
M Philippe Clerbois avait été entendu sous hypnose. Son témoignage avait révélé les portraits-robots et la mort probable d'un des auteurs .
- Publié le 30-01-2022 à 19h44
- Mis à jour le 11-04-2022 à 21h15
On a appris, dimanche, le décès de M Philippe Clerbois, un témoin inattendu mais essentiel dans l'affaire des tueries du Brabant. C'est son témoignage, obtenu sous hypnose bien des années après, qui avait déclenché plusieurs semaines de fouilles dans les bois de La Houssière.Le 9 novembre 1985, les tueurs du Brabant attaquaient le Delhaize d'Alost, y laissant huit victimes tuées. C'était leur dernier raid, le plus sanglant. Depuis le parking du Delhaize d'Alost, les tueurs, en VW Golf GTI, filaient plein sud vers le bois de La Houssière (Braine-le-Comte). Il était 20h20.
Vers minuit et quart, deux couples traversaient le bois à bord d'une Opel Kadett. Philippe Clerbois, alors âgé de 24 ans, était assis à l'arrière. Ce n'est que bien plus tard, dix-neuf ans après, en 2004, après avoir fait le rapprochement à la suite d'une émission de télévision, qu'il avait contacté les enquêteurs.
Nous l'avions encore rencontré en décembre 2013, cette fois là à sa demande, "pour pousser d'autres que moi à parler". Car, disait-il, "je suis certain qu'il y a des gens qui savent mais l'ignorent et se taisent."Lui même s'était tu, ignorant pendant tout ce temps l'importance de ce qu'il avait vu.
Donc, cette nuit là du 9 au 10 novembre 1985, l'Opel Kadett à bord de laquelle il se trouve , traverse le bois. La route est étroite. Bien sûr, pas d'éclairage. Soudain, dans leurs phares…
"Ils étaient trois autour de la VW Golf, dont deux debout. Il n'y avait là qu'une voiture. Leurs phares étaient éteints et l'intérieur n'était pas éclairé. Au lieu dit de la "Chapelle au Foya" se trouve un Y. La Golf était garée au début de l'embranchement gauche, dirigée vers le Planoit et la sortie du bois. Ils avaient forcément dû nous voir arriver. Leur hayon arrière était ouvert ainsi que la portière conducteur. Nous ne roulions pas vite pour éviter les nids-de-poule. Ma réaction a tout de suite été de dire à la conductrice qui ralentissait : "Non, non, ça pue, accélère.""Au Y, nous étions à 15 mètres d'eux. Un des hommes debout se trouvait devant la Golf, à gauche de la route, et il faisait de grands signes de bras comme pour signaler leur présence. Ensuite, en partie caché par la portière ouvertement, il y avait celui qu'on a appelé le Géant, un grand long, mince, élancé. Enfin, derrière la voiture, au pied du coffre dont le hayon était ouvert, il y avait une masse, couchée au sol. Aucun doute que c'était un corps".
C'est sur ce témoignage que des portraits-robots furent réalisés. Largement diffusés sur les fameuses "affiches jaunes", ces portraits-robots sont devenus célèbres. En 2013, Philippe Clerbois, dessinateur industriel, estimait que les portraits étaient "de qualité, fiables". Tout le monde les connaît. Ils n'ont malheureusement rien donné comme résultats , à ce jour. Selon lui toujours, les auteurs portaient des vestes sombres, de type militaire, des parkas smoke, et des bonnets.
De son témoignage se déduisait le fait qu'un des auteurs, celui qui se trouvait assis à l'arrière dans la Golf au moment de quitter le Delhaize d'Alost, avait été blessé grièvement par balle, sans doute même tué. Un policier instructeur de tir, Eddy N., avait ouvert le feu. Ce qui expliquait, du coup, la fin des tueries.
Il restait à retrouver les restes de cet homme , croyait-on, et c'est pour cela que des fouilles eurent lieu près du fameux embranchement en Y dans le bois de la Houssière. Et ces fouilles n'ont rien donné. A part, au titre d'anecdote, la découverte d'un ancien site mérovingien.
Hier dimanche soir, à l'annonce du décès de M Clerbois, Michel Leurquin, administrateur du site désormais appelé "tueries du Brabant/Bende Van Nijvel", voulait rendre hommage à cet homme agréable qui "a eu le courage de parler en dépit du risque qu'il ne lui arrive quelque chose".
A titre personnel, quand nous l'avions rencontré la dernière fois, Philippe estimait que les enquêteurs devaient davantage s'intéresser à Patrick Haemers.
Cette nuit là, arrivés à l'embranchement, ils avaient en tout cas eu le bon réflexe de ne pas s'arrêter à hauteur de là Golf et demander à l'homme qui agitait les bras s'ils étaient en panne et avaient besoin d'aide.
Mais de prendre à droite, et pas à gauche, et surtout foncer à toute allure. Philippe Clerbois faisait qu'ils n'avaient pas rencontré un seul barrage policier en sortant des bois. Cela aussi ne manquait pas de l'étonner.

