L'ex-serveur du Waff au Cimetière d'Ixelles est acquitté de deux viols au bénéfice du doute : "Ce jugement n'est pas un blanc-seing pour le viol"
Ce mercredi, la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a acquitté Y.T. de deux viols qui auraient été commis alors qu'il était serveur au Waff, un établissement situé au Cimetière d'Ixelles. Un dossier à l'origine du mouvement #BalanceTonBar.

- Publié le 29-01-2025 à 10h19
- Mis à jour le 29-01-2025 à 16h47

En 2021, les violences sexuelles perpétrées dans le milieu de la nuit éclataient au grand jour, notamment au travers des plaintes déposées à l'encontre d'Y.T., un serveur du Waff au Cimetière d'Ixelles, accusé d'avoir drogué et violé plusieurs jeunes femmes. Un dossier à l'origine de la nécessaire création du mouvement #BalanceTonBar.
Trois ans plus tard, la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles vient de rendre son jugement. Y.T. est acquitté des deux viols pour lesquels il était poursuivi, au bénéfice du doute.
"Ce jugement n'est pas un blanc-seing pour le viol, ni pour votre comportement", soutient le président de la 54e chambre ce mercredi à l'issue du prononcé. "Nous estimons juste que votre culpabilité n'est pas prouvée à suffisance de droit", conclut-il.
Au début du mois de décembre dernier, le ministère public avait requis la suspension simple du prononcé. La toge noire du parquet de Bruxelles estimait en effet les deux préventions établies à son encontre tout en reconnaissant que l'ex-serveur avait été exposé à la vindicte populaire sur les réseaux sociaux. Cette dernière étant alimentée par des rumeurs de viols en série.
Un média faisait état de dix-sept plaintes contre Y.T. à l'époque, un nombre bien au-dessus de la réalité. Cinq jeunes femmes ont bel et bien déposé plainte pour viol à l'encontre de l'ex-serveur. Deux ont été classées sans suite car, de l'aveu même des plaignantes, leur discours avait été influencé par la clameur publique et par certains détracteurs du prévenu, dont une ancienne "relation occasionnelle" qui aurait lancé plusieurs rumeurs à l'époque. Cette dernière avait également déposé plainte mais "en soutien" d'une autre présumée victime.
Un doute raisonnable
Pour la plainte concernant la nuit du 7 au 8 août 2021 : il ressort des images de vidéosurveillance du Waff que les deux protagonistes ont flirté toute la soirée ensemble et ils ont bu de l'alcool provenant des mêmes bouteilles simultanément. Sur ces mêmes images, la partie civile ne semble pas être dans un état d'ébriété visible. Elle a été capable de faire un aller-retour en Uber pour déposer sa sœur ivre et retrouver le serveur du Waff par après, malgré sa proposition de se revoir un autre jour.
La partie civile et le prévenu sont allés chez ce dernier et ont eu une relation sexuelle mais la première citée ne s'en souvient que vaguement. De plus, ce comportement ne lui ressemblerait pas. "Elle n'évoquera pas d'emblée un viol mais plutôt le fait d'avoir conscience des risques qu'elle a pris en ayant une relation non-protégée", note, entre autres, le tribunal.
"Il se peut que la partie civile ait consenti à une relation parce qu'elle était éméchée, tout comme il est possible que le prévenu n'ait pas recueilli son consentement. Il y a un doute raisonnable qui doit profiter à celui-ci", estime le tribunal.