Carl de Moncharline poursuivi pour viols et atteintes à l'intégrité sexuelle sur trois mineures à Ixelles: "Je conteste fermement", déclare-t-il
Carl de Moncharline, figure des nuits bruxelloises, comparaît ce mardi matin devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Il doit répondre de viols et atteintes à l'intégrité sexuelle au préjudice de trois mineurs au "Wood", son établissement du bois de la Cambre à Ixelles.

- Publié le 27-05-2025 à 12h43
- Mis à jour le 27-05-2025 à 16h38

Ce mardi, Carl de Moncharline a été entendu par les juges de la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles. Cette figure du monde de la nuit bruxelloise est poursuivie pour viols et atteintes à l'intégrité sexuelle à l'encontre de trois mineures, dans son ancien établissement situé au Bois de la Cambre à Ixelles, le Wood.
En l'occurrence, deux adolescentes de 17 ans accusent leur aîné de 29 ans, Carl de Moncharline défendu par Me Jean-Pierre Buyle, de les avoir droguées et emmenées à l'étage de la boîte de nuit dans la nuit du 3 au 4 janvier 2014. Une troisième adolescente de 17 ans aussi déposera plainte en février 2021 pour atteinte à l'intégrité sexuelle.
Ces dossiers ont été dans un premier temps classés sans suite par le parquet de Bruxelles en novembre 2015, puis courant 2021, pour charge insuffisante. Suite à un reportage de la RTBF en mars 2022 et deux nouvelles plaintes la même année, le parquet a relancé les affaires. "Je conteste fermement", déclare-t-il d'emblée en instruction d'audience. Les deux premières plaignantes ont été invitées à entrer gratuitement par un ami via le gérant du Wood, un "ambassadeur" d'un groupe de musique et organisateur de soirée, décrit De Moncharline en audience.
Des traces de MDMA
"Je n'ai vu ces parties civiles qu'une seule fois au Wood. Il y a des centaines de personnes, voire au-delà, qui me demandait pour entrer gratuitement chaque soir. Alors soit on me connaît personnellement et j'envoyais un SMS à montrer au portier, soit on est ami avec les personnes qui organisent la soirée", explique-t-il.
Ces dernières ont expliqué en cours d'enquête avoir accepté un verre de Carl de Moncharline, puis il y a un trou noir. L'une des parties civiles a émergé à l'étage en compagnie de son amie et du gérant du Wood. Il les aurait embrassées toutes les deux avec la langue et les aurait attouchées. L'adolescente a fui l'étage, "dans le gaz" et a demandé de l'aide à un videur qui a refusé tout bonnement car "c'est le patron", a-t-elle exposé. Ce sont leurs amis qui sont intervenus pour récupérer la seconde adolescente.
Les deux jeunes ont été emmenées à l'hôpital. L'une a refusé les tests sanguins et gynécologiques, l'autre a accepté. Des traces d'amphétamines et de MDMA auraient été retrouvées. Elles ont aussi fait état des rumeurs à son encontre : Carl de Moncharline serait connu pour fournir de la drogue et envoyer les videurs frapper les jeunes.
"Ce sont des éléments caricaturaux du monde de la nuit. D'une part tout cela ne correspond pas à la manière dont j'ai été éduqué, dont je me comporte. La drogue est malheureusement un fléau qui touche toutes les strates de la société, les boîtes, les bars, la jeunesse, même la magistrature", indique Carl de Moncharline, 46 ans à l'époque.
"Il y a eu un switch"
"Je n'ai jamais consommé de drogue de ma vie. Je ne suis jamais saoul, parce que je n'aime pas être dans cet état-là, dans un état second. J'ai toujours été antidrogue et on a déjà mis des personnes dehors parce qu'elles consommaient dans mon établissement", assure-t-il.
"Oui, il m'arrivait d'offrir des verres aux clients, pour des raisons commerciales comme les entrées gratuites. C'est assez commun. C'est aussi de la politesse d'offrir un verre aux personnes qui accompagnent 'l'invité'", poursuit l'ex-gérant du Wood. Selon ses dires, les deux adolescentes sont revenues une heure plus tard le voir, il aurait accepté de les faire monter à l'étage du club.
"Quand on a fumé une cigarette dans l'escalier, il y a eu un switch, un changement dans leur état, comme une montée de drogue. En voyant cela, j'ai stoppé directement. Et l'une d'elles est descendue"
Carl de Moncharline précise sa chronologie. Cette histoire de cigarette, il ne parvient plus à la replacer onze ans après cette nuit-là. "Ces deux clientes se montrent entreprenantes avec moi. Elles me montrent un intérêt. On monte, on s'embrasse. Ce sont les filles qui m'embrassent et pas l'inverse. L'une d'elles descend et là je constate que l'autre n'est plus dans son état normal. Elle est devenue encore plus entreprenante."
Le désormais quinquagénaire ne sait plus pourquoi l'adolescente descend. "Peut-être que l'incident vient de là, que le videur n'a pas voulu la laisser remonter", suppose-t-il. "Pour moi c'est un petit jeu, ça n'a pas de valeur. Il n'y a jamais eu de relation sexuelle à l'étage. C'est vitré transparent sur toute la largeur. Il y a eu des bisous sur la joue, sur le front peut-être sur la bouche mais ce n'est pas allé plus loin. Il est certain que je ne les ai pas embrassées avec la langue, je ne suis pas du tout friand de ça. Même avec ma femme aujourd'hui, je ne le fais pas."
Un état de vulnérabilité
Quant au second dossier, il ne se rappelle plus avoir embrassé la plaignante qui décrit une situation similaire à celle des autres parties civiles, défendues par Me Caroline Poiré. L'avocate rappelle en plaidoirie que ses deux clientes n'ont aucun intérêt à nuire à Carl de Moncharline.
"C'est une autre époque que celle que nous connaissons. On est en 2014, il n'y a pas les CPVS et se déplacer au commissariat pour dénoncer des faits imputés à une personne qui jouit d'une notoriété, ce n'est pas rien", rappelle-t-elle. Me Poiré évoque l'état de choc des deux jeunes filles relevées par leurs amis, le fait qu'elles se soient quasi directement rendues à l'hôpital après cette nuit. "Leur état de vulnérabilité me semble établi par les éléments du dossier. Il a la connaissance de leur état et il a abusé de la situation pour assouvir ses pulsions sexuelles", martèle l'avocate.