L'incroyable histoire d'odaxelagnie à Bruxelles: "Pratiques sexuelles vigoureuses et brutales mais consenties"
A Bruxelles, cette incroyable histoire d'odaxelagnie.
- Publié le 04-03-2026 à 11h01
- Mis à jour le 04-03-2026 à 11h18

C'est une affaire où l'on apprend un mot : odaxelagnie. Une affaire à la fois ancienne – les faits remontent à 2024 – et d'actualité – le compagnon s'est retrouvé le mois dernier devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.
Version numéro 1
Le vendredi 18 octobre 2024 après-midi, des policiers sont appelés, par une jeune femme, à intervenir à Schaerbeek. Il est 15 h 14. Sur place, les enquêteurs rencontrent Cindy et sa sœur, Muriel. La première, en état de choc, raconte avoir été frappée et rouée de coups par son compagnon, un certain Laurent. Les faits, dit-elle, se sont déroulés à son domicile, à Ganshoren. "Il me frappait. Tombée, je me suis mise en position de sécurité pour me protéger car il continuait de me donner des coups."
Laurent l'aurait ensuite enfermée dans le W.-C.. C'est la première fois, dit-elle encore, qu'il la frappait. Alors que Cindy montre ses blessures, les policiers photographient des lésions sur le corps, les bras et jambes notamment.
Cindy a finalement réussi à sortir du cabinet de toilette et pu quitter l'appartement. Elle entrait ensuite dans un commerce d'où elle appelait sa sœur. Muriel la retrouvait là et la ramenait chez elle, à Schaerbeek. Cindy exprime la crainte de revoir Laurent. C'est terminé, elle ne veut plus vivre avec lui. Elle prévient enfin qu'elle refuse d'être réentendue et ne communiquera pas son certificat médical. Les médecins la mettront en incapacité pour la durée de deux jours.
Version numéro 2
Laurent, qui fait l'objet d'un signalement, est interpellé après trois semaines, le 7 novembre 2024, en fin de soirée, lors d'un banal contrôle routier. Interrogé sur l'affaire, il tombe des nues. "On s'est effectivement chamaillés", commence-t-il. Laurent continue : "En fait, on s'est juste poussés, c'est tout. Il n'y a pas eu de coups. Je ne lui ai pas envoyé une pêche (sinon) elle n'aurait pas eu la même tête. Je suis contre la violence sur les femmes".
Les enquêteurs présentent les photographies. L'on discerne "en plusieurs endroits" des "taches rouges" sur la peau, des "petites marques du genre tavelures aux bras et aux jambes", principalement.
Réponse de Laurent : "Certaines traces sont possiblement liées aux faits qui me sont reprochés. Mais nous deux, on s'est juste attrapés. La blessure derrière son oreille vient du fait qu'elle s'est cognée contre une porte. Cindy a des jambes toujours couvertes de bleus car elle a la peau qui marque vite".
En fin d'audition, le parquet mettait l'affaire à l'instruction et demandait au magistrat de placer Laurent sous mandat d'arrêt.
Après l'avoir interrogé, le juge, cependant, refuse. Laurent s'en tenait à ce qu'il avait déclaré aux policiers. Il ajoutait ce détail qu'étant claustrophobe, il avait souffert d'avoir été enfermé en cellule, plusieurs heures durant.
Odaxelagnie
On ne le dit pas assez : nous avons d'excellents juges qui savent démêler le vrai du faux. Dans cet exercice, celui de la 66ème chambre correctionnelle de Bruxelles est costaud. Et Laurent, qui s'adressait au pénaliste Emmanuel Carlier, avait fait le bon choix.
Le tribunal aligne des éléments troublants. Après avoir observé qu'aucune des deux sœurs n'a accepté d'être réentendue par la police et que Cindy a refusé de communiquer le constat de lésion, le juge relève que les blessures, visibles sur les photos, "semblent ne pas correspondre au récit selon lequel elle aurait été rouée de coups alors qu'elle se trouvait à terre, en position de sécurité".
Le juge, en revanche, est sensible aux explications de Me Carlier. Pour l'avocat, les traces qu'on voit sur les photos résultent en fait de morsures sexuelles.
L'odaxelagnie est une pratique connue. Au cours de l'acte, la personne mord son partenaire ou est mordue par lui, ces morsures, plus ou moins intenses, ayant pour effet d'augmenter l'excitation sexuelle.
Si le tribunal partage l'explication, c'est parce que, dit-il, "la taille et la forme des marques sur la peau semblent correspondre".
La décision
Le couple s'est certes disputé, mais selon le tribunal, c'est resté de l'ordre "de la bousculade", sans qu'"un coup n'ait été porté". Quant à la blessure derrière l'oreille, le juge considère qu'elle provenait probablement du fait que Cindy se serait cognée contre une porte.
Machiavélique, elle aurait donc monté un scénario pour envoyer son compagnon en prison. Ce alors que le code pénal considère désormais comme une circonstance aggravante les coups et blessures envers la personne avec laquelle on cohabite et entretient une relation affective et sexuelle durable : en vertu du nouvel article 410, Laurent risquait entre 3 et 10 ans !
Mais pour le tribunal, "certaines traces de doigts ainsi que les morsures sont liées à des relations sexuelles particulièrement vigoureuses et brutales, mais consenties".
Ces pratiques, poursuit le tribunal, peuvent expliquer "les lésions vaguement punctiformes, très particulières, sur le corps de la victime".
En plaidoirie, Me Emmanuel Carlier avait également relevé que Muriel, la sœur, "a fait des déclarations spontanées aux policiers alors qu'elle-même n'était pas présente."
Le tribunal, définitivement convaincu, a conclu à l'acquittement.
