Au tribunal, l'habit fait le moine : "le training, ça donne l'air de venir entre un match de foot et un vol de sac"
Comment maximiser ses chances face à un juge ? Voici les secrets de trois pénalistes.

- Publié le 19-08-2020 à 08h04
- Mis à jour le 19-08-2020 à 08h16

Une vidéo pour le moins surprenante fait le tour des réseaux sociaux en ce moment : celle de l'extrait d'une émission française dans laquelle on voit un juge refuser de tenir une audience en raison de la tenue vestimentaire du prévenu ! Le juge français précise qu'il est hors de question pour lui de statuer sur le sort d'une personne se présentant de la sorte à son procès.
Alors, devant le tribunal, l'habit fait-il donc le moine ? C'est évident pour le célèbre pénaliste Sébastien Courtoy qui, comme deux autres avocats, a accepté de nous livrer ses petits secrets pour maximiser ses chances face à un juge. " J'interdis à mes clients de mâcher du chewing-gum à l'audience parce que je trouve aussi que cela peut avoir une connotation vulgaire et je comprends que cela puisse être interprété comme un manque de respect. J'estime qu'il faut une tenue respectueuse au tribunal et dans 99 % des cas, les clients me suivent. J'interdis le training à mes clients, par exemple. J'ai par contre un client qui pendant trois semaines s'est présenté à l'audience chaque jour avec sa tenue d'éboueur mais pour moi, cela avait un sens, il démontrait ainsi aussi son adhésion à la société, sa réinsertion, après un retour de Syrie. Pour ce qui est des bijoux, je demande aux clients de ne pas porter de chaîne en or, de boucle d'oreille, etc. Cela traduit des mœurs et des coutumes de personnes qui peuvent paraître comme ayant le sang chaud. Je déconseille les baskets aussi. Il faut bien se rendre compte que le tribunal, c'est le lieu de rencontre entre plusieurs univers et c'est rarement les pauvres qui jugent les riches. Le petit jeune qui vient avec son training et sa casquette, tenue qu'il a souvent payé très cher et qui fait de lui le roi du quartier, ne va pas être perçu de la sorte. Pour certains juges, c'est comme s'il passait à son procès entre une partie de foot et un arrachage de sac ! "
Des conseils qui valent aussi pour les tenues de luxe. " J'avais un client poursuivi pour fraude. Il débarque avec des pompes en croco à l'audience. Je lui ai expliqué que c'était une très mauvaise idée. " Soucieux de chaque détail pour défendre au mieux ses clients, Sébastien Courtoy va jusqu'à faire porter des lentilles à certains ! "J'ai un client qui avait un regard si gris que j'ai préféré l'adoucir en changeant la couleur de ses yeux." "Attention, ce n'est jamais de l'escroquerie envers le juge", insiste l'avocat qui dit vouloir ainsi qu'on juge sur le dossier et non sur les apparences.
De son côté, le pénaliste Henri Laquay refuse de faire porter des costumes à ses clients à l'audience. "Je leur demande de soigner leur barbe, etc., et d'être habillé sobrement mais il ne faut surtout pas qu'on voit qu'ils n'ont pas l'habitude de porter un costume, par exemple. Ce serait encore plus préjudiciable."
Même chose pour la pénaliste Nathalie Gallant qui refuse de voir ses clients "déguisés". "Je ne veux pas qu'ils en fassent trop pour faire bonne impression parce que c'est l'inverse qui risque d'arriver. Je me souviens d'une femme-enfant à qui j'avais demandé de s'habiller plus sobrement à l'audience. Elle a voulu être belle pour le juge avec un chignon, une longue jupe et tout le reste et je l'ai envoyée se démaquiller juste avant l'audience mais le résultat était toujours là : ce n'était pas elle. J'ai commencé ma plaidoirie en expliquant au juge que j'avais fait une erreur en lui demandant de changer de la sorte. Au final, le juge l'a acquittée."