Son mari a violé et torturé leurs enfants pendant 12 ans, elle assure qu'il ne s'est jamais rien passé: "Comment une mère peut-elle avoir été à ce point aveugle ?"
La justice a condamné son mari pour des viols avec tortures sur leurs enfants pendant douze ans. Elle dit qu'il ne se passait rien.
- Publié le 03-11-2020 à 06h44

Le 7 octobre, la cour d'appel de Bruxelles a condamné un père de famille nombreuse à 7 ans de prison ferme. Elle réduisait de trois ans la peine prononcée par le premier juge, pour tenir compte de l'ancienneté des faits commis entre 1992 (il y a plus de 25 ans) et 2004. Des faits anciens. Et épouvantables.
Ce père de six enfants était accusé d'abus, dont des viols avec tortures, commis sur trois de ses filles qui, quand il a commencé, avaient 6, 8 et 14 ans. L'aînée a attendu d'avoir 31 ans, en 2015 pour déposer plainte.
Les petites avaient une mère qui vivait sous le même toit. Comment cette mère a-t-elle pu fermer les yeux et ne pas réagir pendant toutes ces années où ses filles n'avaient qu'elle pour les protéger ?
Car la justice est claire. Elle fustige aussi le rôle passif de cette femme que nous rencontrons, hier, trois semaines après la condamnation de son mari. Sa réaction. "La justice décrit mon mari comme un monstre et j'ai conscience que j'aurais pu être condamnée avec lui." Elle ne l'a pas été. Elle n'a pas été poursuivie en justice. Elle a échappé à tout.
Treize sortes de faits sont décrits, tous innommables. Des fellations et l'enfant qui vomissait était astreinte à manger son vomi. Viols sous la douche. Enfants violées attachées nues sur une table de travail ou entravées dans le canapé du salon, et violées par leur père à l'aide d'un manche de marteau. Et elles accusent leur mère d'avoir "été au courant", d'"avoir été témoin de scènes", de les "avoir empêchées de parler".
"La justice s'est trompée" : c'est la réponse de leur mère. " Il ne s'est rien passé. C'est de la pure vengeance. Tout est venu du fait qu'une de nos filles a quitté la maison, après une dispute, en jurant de se venger." Précisons-le tout de suite : cette thèse du complot familial, la justice l'a écartée, catégoriquement, après un examen minutieux.
La mère voudrait dire qu'elle n'a été interrogée qu'une fois par les enquêteurs et que c'est peu, "moins de quatre heures, pour répondre à des accusations d'une telle gravité sur des faits qui auraient duré 12 ans".
La justice se serait basée sur "des ouï-dire de témoins indirects".
Selon elle, ses dénégations n'ont pas été prises en compte ni celles des autres enfants du ménage, qui disent n'avoir rien vu. Leur mère parle aussi d'invraisemblances : "Des viols avec un manche de marteau ? Et les cours de gymnastique à l'école ? Et les visites médicales dans les centres PMS où personne n'a jamais rien vu ?" Sur ce point, la cour d'appel relève que les dossiers PMS sont détruits quand l'enfant atteint l'âge de 25 ans. Les dossiers n'étaient donc plus disponibles.
Les accusatrices ont chacune déposé plainte quasi en même temps, en 2015. Pour leur mère, c'est aussi la preuve "qu'elles se sont donné le mot. On est majeure à 18 ans. Pourquoi avoir attendu d'avoir 30 ans ?"
Elle termine que leurs trois filles ont continué de venir à la maison jusqu'en 2010, et de fêter chaque année l'anniversaire de leur père. "On l'accuse de viol avec un manche et on continue pendant des années de souffler les bougies du gâteau ? Ça ne tient pas la route. Si j'avais eu le moindre doute, j'aurais pris les enfants et serais partie à la seconde."
Cet homme de 69 ans peut remercier les juges d'avoir réduit la peine de 10 à 7 ans. À vrai dire, au nom de quelles circonstances atténuantes ? Les avocats Michel Delacroix et Henri Laquay ont renoncé à se pourvoir en cassation. La condamnation est donc devenue définitive. Le condamné n'ayant pas été arrêté à l'audience, est encore en liberté. Il attend le billet d'écrou, pour 7 ans.
