Un caïd auteur de coups de feu dans une école : la police même pas appelée !
"Des élèves et des enseignants vivaient dans la terreur, avec la complicité au moins passive des dirigeants de l'école."
- Publié le 20-06-2020 à 10h22
- Mis à jour le 20-06-2020 à 10h23

"Des élèves et des enseignants vivaient dans la terreur, avec la complicité au moins passive des dirigeants de l'école."
Il y avait un caïd dans cet établissement d'enseignement secondaire, qui fait son maximum à Anderlecht pour aider les jeunes du quartier de Cureghem. Et cette terreur, un ancien élève, imposait sa loi. Les faits sont révélés pour la première fois.
Un jour, le garçon, armé d'un revolver, a fait irruption avec deux autres dans une classe de 5e secondaire. Les trois se sont dirigés sur un élève qui a commencé par recevoir deux coups de poing. À la vue de l'arme brandie par Yassine, les autres élèves s'étaient tous couchés sous leurs bancs.
Yassine a mis trois balles dans le barillet, du 9 mm, et a fait feu deux fois dans les jambes du malheureux. Il se fait que le barillet avait tourné et que, comme à la roulette russe, le percuteur a heurté des logements où il n'y avait pas de cartouche. Aucun coup de feu n'est parti.
Un éducateur est arrivé et a parlé, en arabe, à Yassine, qui a quitté les lieux. On apprend que la police n'a pas été appelée. Nous le savons parce que l'enseignante présente a relaté, sur P.-V., que la direction de l'époque n'a(urait) pas sollicité l'intervention de la police afin "d'éviter une mauvaise publicité ", les faits étant liés à "un trafic de stupéfiants qui se déroulait dans l'école, l 'éducateur (ayant parlé à Yassine) achetant (lui-même) des stupéfiants au groupe de Yassine".
Les faits datent du 4 mars 2013. Un an plus tôt déjà, le 12 mars 2012, le même Yassine avait surgi dans l'établissement, cette fois-là dans la cafétéria où se donnaient des cours de cuisine, et avait menacé le professeur, sous les yeux des élèves : "Fais attention à toi, je vais te casser les dents. Je préfère t'égorger et aller en prison." Et cela durait depuis 2010. Yassine avait déjà agressé l'enseignant deux ans plus tôt.
C'était l'omerta. Des enseignants voyaient que des élèves avaient le visage tuméfié.
Certains ont même décrit comment un élève avait reçu un coup de tête de Yassine et été roué de coups par sa bande.
Il est malaisé de comprendre pourquoi de tels faits (datant de 2012 et 2013) sont arrivés en justice après 7 ans.
L'enquête pénale à elle seule a duré trois ans et demi, davantage qu'un dossier d'assises. Fin 2016, le juge la communiquait au magistrat du parquet. Commençait alors une nouvelle longue attente de trois ans.
En 2019, le parquet estimait qu'il fallait faire réentendre Yassine par la police. Ce qui n'a pas manqué d'étonner son conseil, l'avocat spécialisé Yannick De Vlaemynck : "Sept ans avant d'être entendu sur les faits ?"
En sept ans, l'eau a coulé sous les ponts. Yassine a changé. Il a 30 ans, est marié, travaille et n'a plus de problème avec la justice, depuis des années.
Il n'était pas question, pour le tribunal, de le casser : la condamnation est sévère - trois ans d'emprisonnement - mais l'ex-terreur ne purgera rien - sursis total. " Il a mis en danger la vie d'élèves et d'enseignants, dont la plupart vivaient dans la terreur et le silence imposés par lui et sa petite bande."
Le tribunal a la dent dure, qui ajoute : "Avec apparemment la complicité à tout le moins passive du personnel dirigeant" de l'école (celui des années 2012 et 2013).
Enfin, " les établissements scolaires, à l'instar des hôpitaux et des églises, devraient plus que tout autre être préservés de toute forme de violence".
