"Vous avez plus de chance d'être riche en jouant au Lotto qu'en étant avocat": plusieurs pénalistes brisent un des tabous de la profession!
Plusieurs pénalistes acceptent de briser ce tabou dans le métier qu'est l'argent.

- Publié le 27-06-2021 à 17h41
- Mis à jour le 28-06-2021 à 10h51

Avocat : un métier qui fait partie du top 5 de celui qui rapporte le plus d'argent. Cela, c'est dans la tête de beaucoup de gens. Mais entre la perception et la réalité, l'écart est grand. Si la profession est toujours perçue de la sorte, c'est surtout en raison du prestige qui l'entoure que beaucoup s'imaginent que les avocats gagnent de l'or en barre. Et ce n'est pas faux pour autant mais cela ne vaut certainement pas pour la majorité du métier, bien au contraire. Les pénalistes, la catégorie la plus connue du grand public en raison de la médiatisation que les affaires criminelles engendre, compte aussi parmi celle qui gagne le moins d'argent.
Certains avocats gagnent autant qu'un instituteur de primaires, d'autres galèrent pour boucler les fins de certains mois, d'autres encore misent tout sur un cabinet aux apparences luxueuses pour attirer la clientèle, sans être certains de pouvoir payer les loyers qui suivent. Sans compter la pression liée à cet univers particulier où les clients font jouer la concurrence pour tenter de brader les honoraires.
Alors, vraiment riches les pénalistes ? Plusieurs d'entre eux brisent ce tabou qu'est l'argent dans le métier.
Henri Laquay: "Vous avez plus de chance d'être riche en jouant au Lotto qu'en étant avocat"

"Vergès est mort totalement ruiné. Vous avez plus de chance d'être riche en jouant au Lotto qu'en étant avocat. En tant que pénaliste, moi je suis l'avocat des grandes infortunes. Le niveau de vie a fortement diminué ces dernières années. Les clients sont prêts à dépenser beaucoup d'argent pour se payer un iPhone ou des biens de luxe mais pas pour les prestations intellectuelles de leur avocat. Le travail est pourtant de plus en plus complexe face à toutes les lois qui changent constamment mais cela, le client ne le voit pas, il n'y a que le résultat qui compte pour lui. Les heures passées dans l'ombre à examiner un dossier, il ne les calcule pas. Les clients jouent aussi beaucoup sur la concurrence pour tenter de faire baisser les honoraires. On n'a pas du tout la grande vie que certains s'imaginent."
Samira Bouyid: "La criminalité a changé, elle ne prévoit plus les frais d'avocat"

" Les avocats sont riches ? Je dirais qu'il y a les avocats qui sont nés avec une cuillère en or dans la bouche et pour qui c'est beaucoup plus facile même si les clients ne paient pas et puis il y a les autres, de plus en plus nombreux à accéder au barreau. Il y a aussi le fait que les clients sont plus réticents à payer qu'il y a une vingtaine d'années. La crise de 2008 et celle qu'on vient de traverser n'aident évidemment pas. Des clients qui ont aussi d'autres priorités que les honoraires de leurs avocats. La criminalité a changé, il y en a toujours autant mais les gangsters de l'époque étaient plus soucieux d'assurer leurs arrières. Ils mettaient de l'argent de côté. Aujourd'hui, beaucoup de clients ont l'impression d'être devenus avocats après quelques jours en prison. Ils pensent tout connaître du droit et ont moins confiance en ce que leur dit leur conseil."
Yannick De Vlaemynck: "Je suis passé du prolétariat à la bourgeoisie"

"La richesse est relative. Je me sens riche parce que je le suis face à ceux avec qui j'ai grandi. Je suis passé du prolétariat à la bourgeoisie. Mais en comparaison à cette bourgeoisie, je ne suis pas riche. On pense que nous gagnons trop bien notre vie mais nous, les avocats belges, sommes des Pikachu à côté des pénalistes français. Il se dit qu'un avocat comme Dupond Moretti va demander 100 000 euros à la cour d'assises. Chez nous, le meilleur du pays demande 10 000 euros, c'est dix fois moins et c'est le meilleur alors imaginez les autres. Les gens fantasment sur nos honoraires mais sont loin d'imaginer ce qu'on gagne réellement."
Jonathan De Taye: "C'est une légende urbaine, celui qui vient pour l'argent est déçu"

"Beaucoup de gens pensent que nous sommes riches mais c'est une véritable légende urbaine. Celui qui croit qu'il va le devenir en commençant le métier sera très rapidement déçu. C'est avant tout une vocation. Si on dépensait toute l'énergie qu'on met dans notre boulot à investir dans une affaire rentable, alors on serait millionnaires. Nous ne sommes pas non plus une profession à plaindre parce que nous gagnons, pour la plupart, plus que le salaire moyen du Belge. Mais nous consacrons tout notre temps à notre travail. La nuit, le week-end, en vacances… le téléphone ne cesse jamais de sonner. Et c'est un métier qui nous confronte tous les jours à la misère humaine."
Olivier Martins: "Les apparences sont parfois trompeuses"

"Nous sommes des pénalistes, pas des fiscalistes dont certains facturent 700 euros l'heure ! Le ressenti de la population est basé sur une focalisation sur certains pénalistes qui semblent riches mais les apparences sont parfois trompeuses. Des pénalistes riches, il n'y en a pas chez nous. On nous voit avec de belles voitures, sur des plateaux télé et on pense qu'on roule sur l'or mais on ne voit pas comme on travaille comme des acharnés en coulisses, nuits et week-ends compris. La TVA a changé beaucoup de choses dans le métier. 21 %, c'est énorme pour un particulier. C'est un métier aussi prenant que passionnant et c'est un métier où les drames qu'on vit nous rongent. Si j'avais voulu être riche, j'aurais été avocat fiscaliste."
Sébastien Courtoy: "Je pratique des honoraires d'une relative modicité"

" Une étude a démontré que les avocats belges étaient les moins bien payés d'Europe juste derrière les Grecs. Je suspecte que les Grecs soient passés devant depuis lors. Ceci étant, il vaut toujours mieux, même financièrement, être avocat que de se taper le shift de nuit à VW Forest. C'est sûr que si on nous compare aux chirurgiens, nos honoraires sont des pièces jaunes. Mais moi de mon côté, je ne me plains pas. Les gens qui me consultent ont toujours la reconnaissance du travail accompli mais je dois avouer pratiquer des honoraires d'une relative modicité."
Catherine Toussaint: "Il y a un réel phénomène de paupérisation au barreau"

"De plus en plus de justiciables veulent se défendre seuls, même au pénal. Pour des questions financières peut-être mais aussi parce qu'ils pensent avoir les bonnes réponses. Tout va dans le sens d'une banalisation du recours à Internet. Cela vaut tant pour les questions médicales que juridiques. Le problème, c'est que les paramètres ne sont jamais complets évidemment. Cela n'aide pas les pénalistes qui font face à de plus en plus de difficultés. Il y a un réel et lourd phénomène de paupérisation au sein du barreau. C'est une réalité qui ne peut plus être occultée et dont les avocats ont conscience."