Jean-Marie Le Pen est sorti de l'ombre
- Publié le 22-04-2002 à 07h16

Il a bénéficié de la banalisation de l'insécurité
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© EPA
PARIS Il y croyait. Ils y croyaient."Dimanche, il y aura une surprise de grande taille et cette surprise sera votre candidat´, avait-il lancé jeudi soir devant des milliers de sympathisants aux anges lors de son meeting de clôture de campagne à Paris. Les "Le Pen président´ avaient fusé. Les frontistes buvaient du petit lait.
Le candidat du Front National, malgré ses 73 ans, était plus pétillant que jamais. "C'est la première fois que j'envisage sérieusement de remporter une victoire que nous attendons depuis si longtemps´, avait-il encore lancé.
Habitué aux fanfaronnades, Jean-Marie Le Pen pouvait faire sourire par ses envolées lyriques. Las! contre toute attente, il a réussi à propulser l'extrême droite française au second tour des élections présidentielles. Certes, Le leader du Front national a profité de la démobilisation de l'électorat de la gauche plurielle, qui peine, toutes formations confondues, à dépasser les 30%.
Surtout, Jean-Marie Le Pen a magistralement tiré profit d'une montée en puissance du sentiment d'insécurité ressenti par une majorité croissante des Français. Or, le leader du Front national a eu le mérite, en quelque sorte, d'être le premier à tirer la sonnette d'alarme. Jeudi soir, il brandissait encore une affiche électorale vieille de 20 ans où ce thème arrivait en tête de son programme.
L'insécurité, en outre, a dominé la campagne électorale, Jacques Chirac en faisant son cheval de bataille, multipliant d'ailleurs les visites sur les lieux de violence. Avec une telle attitude et un tel discours, le président de la République a donc entériné le constat dressé de longue date par le Front national, même s'il en rejetait bien entendu la faute sur le gouvernement de la gauche plurielle. Du même coup, le candidat du RPR légitimait le discours de Jean-Marie Le Pen.
Surtout, Jean-Marie Le Pen a remarquablement réussi à redresser la barque depuis ses années noires où il était le paria du monde politique français.
Ses jeux de mots douteux - "Durafour crématoire´ - sa relecture de l'histoire - le génocide juif qualifié de "détail de l'Histoire´ - ses dérapages verbaux racistes et la violence entourant certaines de sa campagne - un militant de gauche tué par l'un de ses colleurs d'affiche - l'avaient mis au ban du monde politique français.
Depuis lors, Jean-Marie Le Pen s'est racheté une conduite, lissant son discours délesté de tous les aspects controversés. Fin politique, orateur hors pair, le leader du Front national offrait ces dernières semaines un profil tout à présentable, acceptable pour des électeurs de droite désabusés par le champion de leur camp. Lors du meeting de jeudi dernier, il n'y avait aucun crâne rasé, pas le moindre skin. Rien que du beau monde.
La droite, pure et dure
Le Pen est un réactionnaire
PARIS Le profil plus démocrate adopté par Jean-Marie Le Pen ne doit pas tromper: le leader du Front national n'a nullement renié ses amours politiques passées.
Ses meetings et ses interventions sont, il est vrai, d'une rare habileté, l'homme réussissant à faire passer des idées réactionnaires sans vraiment y toucher. Pas de déclarations à la grosse louche, mais à petites touches.
Sauf, sans doute, lorsqu'il s'en prend à Chirac et Jospin. Moquant leurs piètres performances dans les sondages, il s'était demandé jeudi soir comment ses deux adversaires "n'ont pas envie de se tirer une balle dans la tête´. Hilarité dans la salle...
Mais en règle générale, il est plus soft. Le Pen n'est donc plus du genre à attaquer les étrangers de front. Pas question, bien entendu, sous peine d'être à nouveau mis à l'index et de perdre cette légitimité après laquelle il court depuis tant d'années. Mais lorsqu'il parle de délinquance, il glisse, comme par inadvertance, le mot ´arabe´ après l'expression "petit voyou´. De même, quand il évoque l'insécurité, il parle de cités immigrées. Bref, tous les maux proviennent de l'insécurité.
De même, il réhabilite par la bande la France de Vichy, un régime réactionnaire ayant collaboré avec l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Là encore, Jean-Marie Le Pen se garde bien de chanter les louanges du maréchal Pétain. Mais il n'en vante pas moins les valeurs de Travail, Famille, Patrie, la devise du régime de Vichy, dont il rappelle au passage la paternité.
Certaines de ses idées, qui paraissent rétrogrades, sont pourtant chaleureusement applaudies à chacun de ses meetings. Dénonçant l'argent roi, Jean-Marie Le Pen regrette ainsi que de plus en plus de Français sacrifient la famille à leur carrière. En soi, rien à redire. Mais c'est pour glisser dans la foulée que la place "des femmes est au foyer´. Bref, les femmes doivent s'occuper de leurs enfants, de leurs casseroles.
L'Europe est une autre des cibles privilégiées de Jean-Marie Le Pen. L'euro est qualifié de "monnaie d'occupation´. Ni plus ni moins. Le leader du Front national préfère à cette Europe qu'il vilipende une "Communauté francophone´, regroupant tous les pays partageant la langue française.
Autant de thèmes qui sont chaleureusement accueillis par ses sympathisants. Des sympathisants qui ne sont pas forcément des fachos, mais des Français de droite parfois écoeurés par les reniements successifs de Jacques Chirac, notamment sur l'Europe.
P.D.-D.
