Saluts nazis à Washington: "Je les désavoue et je les condamne", assure Trump
Le président élu américain Donald Trump a défendu mardi son proche conseiller Steve Bannon, assurant dans un entretien au New York Times que s'il estimait "qu'il était raciste" ou d'extrême droite, "je ne penserais même pas à l'embaucher".
- Publié le 22-11-2016 à 20h45
- Mis à jour le 23-11-2016 à 00h05

Le président élu américain Donald Trump a défendu mardi son proche conseiller Steve Bannon, assurant dans un entretien au New York Times que s'il estimait "qu'il était raciste" ou d'extrême droite, "je ne penserais même pas à l'embaucher".
Le milliardaire s'est également démarqué d'un groupuscule d'extrême droite qui a fêté sa victoire électorale samedi à Washington lors d'une conférence marquée par des saluts nazis. "Je les désavoue et je les condamne", a-t-il dit au New York Times, selon la correspondante du journal à la Maison Blanche, Julie Davis.
L'homme d'affaires rencontrait à New York des journalistes, éditorialistes et des responsables de ce quotidien de référence, certains rapportant en direct ses propos sur Twitter.
Il a été interrogé à propos de Steve Bannon, figure controversée pour ses liens avec l'extrême droite, qui a mené la fin de sa campagne et l'accompagnera comme haut conseiller à son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier.
Agé de 62 ans, il était jusqu'à récemment encore le patron de Breitbart, un site d'information servant de caisse de résonance à une nébuleuse d'extrême droite apparue récemment aux Etats-Unis et baptisée "alt-right". Il avait lui-même défini le site comme "une plateforme pour l'+alt-right+", dans un entretien au site Mother Jones.
"Si je pensais qu'il était raciste, ou de +l'alt-right+ (...), je ne penserais même pas à l'embaucher", a-t-il dit, selon une journaliste politique du New York Times, Maggie Haberman.
Les appels se sont multipliés dans la matinée pour que M. Trump dénonce ce groupuscule d'extrême droite, qui a dit sentir "une profonde connexion" avec le milliardaire tout en soulignant que l'homme d'affaires ne faisait pas partie de sa mouvance.
"Je ne veux pas galvaniser ce groupe, et je désavoue ce groupe", a-t-il également dit lors de la rencontre avec le New York Times, selon un autre de ses journalistes, Mike Grynbaum. "Ce n'est pas un groupe que je veux galvaniser, et s'ils sont galvanisés, je veux analyser ça et comprendre pourquoi", a dit M. Trump, toujours selon M. Grynbaum.
Trump change d'avis sur la torture
Le président élu Donald Trump a indiqué mardi avoir changé d'avis concernant l'usage de la torture, qu'il avait pourtant promis de rétablir pendant sa campagne électorale.
La torture, interdite sous l'administration de Barack Obama, "ne va pas faire tellement la différence contrairement à ce que beaucoup de gens croient", a déclaré M. Trump lors d'un entretien avec la rédaction du New York Times.
Le milliardaire explique avoir changé d'avis à propos de la torture pendant des interrogatoires, y compris la simulation de noyade, après avoir parlé avec le général à la retraite James Mattis, qu'il envisage "très sérieusement" de nommer à la tête du Pentagone.
M. Mattis m'a dit "je n'ai jamais trouvé ça utile", a rapporté M. Trump, et l'ancien Marine pressenti à la Défense accorde davantage de valeur à la mise en confiance et à la récompense de la coopération avec les suspects.
Le futur président a rapporté avoir été "très impressionné par la réponse" du général de 66 ans quand il lui a dit "+donnez-moi un paquet de cigarettes et deux bières, et je ferai mieux que ça+".
Le général James Mattis, connu pour son franc-parler et sa défiance vis-à-vis de l'Iran, est très apprécié à Washington. Sa nomination par le Sénat ne devrait pas poser de problème.
"Je pense qu'il est temps que ce soit un général", a affirmé mardi Donald Trump.
S'il était nommé à la tête du Pentagone, James Mattis serait le second général à diriger la défense américaine depuis le général George Marshall en 1950.
Il se dit "ouvert" au sujet de l'accord de Paris
Donald Trump s'est également dit, dans le New York Times mardi, "ouvert" au sujet de l'accord de Paris sur le changement climatique. Il avait promis tout au long de sa campagne électorale d'en retirer les Etats-Unis. "Je regarde ça de très près. Je reste ouvert sur cette question", a dit M. Trump. "Je pense qu'il y a un lien (entre les humains et le changement climatique), il y a quelque chose, mais tout dépend combien", a aussi reconnu M. Trump, notoirement climato-sceptique, selon les tweets d'un reporter du quotidien de référence.
Le milliardaire républicain a précisé qu'il fallait voir à propos de l'accord de Paris "combien cela va coûter à nos entreprises", et quels effets il pourrait avoir sur la compétitivité américaine.
Le futur président américain a qualifié par le passé de "canular" le dérèglement climatique et menacé d'"annuler" l'accord conclu lors de la COP21 adopté à Paris fin 2015 par 195 pays.
Cet accord de Paris vise à contenir le réchauffement sous le seuil de 2°C par rapport au niveau pré-industriel. Les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète après la Chine, ont ratifié cet accord début septembre, sous l'impulsion notamment du président Barack Obama.
"Etre celui qui fera la paix entre Israël et les Palestiniens..."
Donald Trump a encore affirmé mardi qu'il aimerait "être celui qui fera la paix entre Israël et les Palestiniens". "Ce serait une superbe réussite", a ajouté M. Trump, dont la proposition de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, contrairement à la tradition américaine, avait provoqué la colère des Palestiniens.
Le milliardaire républicain a ajouté que son gendre Jared Kushner, le mari de sa fille Ivanka, pourrait jouer un rôle dans d'éventuels pourparlers de paix.
M. Kushner, homme d'affaires et investisseur, a été un proche conseiller du magnat de l'immobilier durant la campagne électorale.
Après l'élection de son beau-père, il a demandé à avoir accès aux briefings de sécurité quotidiens de la Maison Blanche, et il était présent lors de la rencontre de M. Trump avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe le 17 novembre, son premier entretien avec un dirigeant étranger.
La droite israélienne s'était montrée particulièrement satisfaite de la victoire de Donald Trump à l'élection du 8 novembre, y voyant l'annonce d'une reprise ou d'une accélération de la colonisation des Territoires palestiniens occupés par Israël, et même la fin de l'idée d'un Etat palestinien indépendant.
L'équipe de M. Trump avait cependant appelé la droite israélienne à ne pas s'emballer, les collaborateurs du président élu demandant davantage de mesure, avait rapporté le ministre de la Défense Avigdor Lieberman.
L'actuel secrétaire d'Etat américain John Kerry a multiplié durant des mois les efforts pour faire avancer les pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens, mais sans succès. Les discussions directes entre les deux parties sont au point mort depuis deux ans et demi.
