Erdogan et Kilicdaroglu au coude-à-coude dans la présidentielle turque : "Si le peuple nous emmène au second tour, nous le respecterons"

L'agence officielle Anadolu donne le président Erdogan gagnant, mais en dessous de la barre des 50%. L'opposition conteste les chiffres.

Christophe Lamfalussy
AFP

Le président turc sortant Recep Tayyip Erdogan et son challenger de l'opposition, Kemal Kilicdaroglu, sont au coude-à-coude dans la présidentielle selon les chiffres officieux du Haut-Comité électoral turc. Ces chiffres évoluent petit à petit et doivent être pris avec précaution. La principale source est actuellement l'agence officielle Anadolu qui estime désormais que M.Erdogan ne passera pas la barre des 50%.

Mais des chiffres circulent aussi depuis des heures dans les états-majors des partis et au sein des grandes chaînes de télévision. Ils émanent du Haut-Comité électoral (YSK), l'instance qui gère et contrôle en Turquie les élections. Lorsque 44% des urnes avaient été dépouillées, ces chiffres indiquaient que Kilicdaroglu aurait obtenu 47,45 % des voix contre 46,77 % pour Erdogan.

"Nous sommes en tête", a twitté alors le chef de l'opposition, qui conteste les premiers résultats fournis par l'agence officielle Anadolu. L'un de ses bras droits, le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, s'exprimant au siège du parti "au nom de Kemal Kiliçdaroglu", a appelé "les citoyens à ne pas tenir compte des chiffres donnés par Anadolu".

"Nous ne croyons pas Anadolu" a-t-il asséné dimanche, critiquant une agence de presse selon lui "sous respirateur artificiel depuis 2019" et qui "a perdu toute respectabilité". Une allusion à la tutelle du pouvoir sur les principaux grands médias turcs.

Selon Anadolu, ce lundi matin vers 7h30, M. Erdogan, au pouvoir depuis vingt ans, obtiendrait 49,35 % des suffrages contre 45 % à son adversaire Kemal Kiliçdaroglu, après le dépouillement d'environ 99 % des urnes. Le troisième candidat Sinan Ogan obtiendrait 5,22 % des voix.

Un avantage à Erdogan était prévu par les experts lors des premiers résultats car ceux-ci proviennent de la campagne, notamment d'Anatolie centrale, où le président sortant a eu toujours plus de partisans. Les grandes villes - dont la métropole d'Istanbul avec ses seize millions d'habitants - sont plus favorables aux républicains. Or toutes les urnes n'y ont pas été dépouillées. L'AKP conteste certains résultats.

Si aucun candidat n'obtient 50 % , un second tour sera organisé le 28 mai, ce qui serait une première dans l'histoire de la République turque. Le troisième candidat, Sinan Ogan, pourrait donc jouer le rôle de faiseur de rois. C'est un ancien du MHP, le parti ultranationaliste qui fait coalition avec Erdogan. Il est donc possible qu'il soutienne M.Erdogan.

Erdogan se dit prêt à un second tour

"Même si les résultats ne sont pas encore publiés, nous sommes clairement en tête" a-t-il lancé devant une marée de supporters réunis au cœur de la nuit (02h30 locales, 01h30 HB) à Ankara: "Nous respectons ce scrutin et nous respecterons la prochaine élection" a-t-il assuré. "Nous ne savons pas encore si l'élection est terminée avec ce premier tour mais si le peuple nous emmène au second tour, nous le respecterons".

"Peu importe le résultat, 27 millions de personnes ont préféré voter pour nous", a constaté son adversaire Kemal Kiliçdaroglu alors que les opérations de dépouillement se poursuivaient. "Je pense que nous finirons cette élection avec plus de 50%" des suffrages, a-t-il insisté. "Le peuple a choisi la stabilité et la sécurité lors de cette élection présidentielle". M. Erdogan a également revendiqué la "majorité" des 600 sièges au Parlement pour l'Alliance nationale qu'il a formée entre son parti, l'AKP et de petits partis nationalistes et islamistes.

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