Cette étude sur le futur du littoral français fait peur : hôtels, résidences secondaires, campings et bâtiments publics menacés dès 2028
Les experts ont pointé des effets de la montée des eaux dès 2028, mais aussi pour l'horizon 2050 et 2100.

- Publié le 22-04-2024 à 14h00

Quand on évoque la question du réchauffement climatique, la question de la hausse du niveau des mers et océans revient sans cesse. On a tous déjà vu des cartes qui projettent l'état des côtes et la submersion de certaines îles dans un futur proche ou lointain. Si ces cartes restent fictives pour nos régions, on sait que plusieurs régions du monde font déjà face à la hausse du niveau des eaux.
En France, une grande étude a été menée l'an dernier pour mieux comprendre ce qui attend nos voisins dans les années à venir, mais aussi pointer l'impact concret sur les constructions du bord de mer, sur la côte atlantique, mais aussi en Méditerranée et certains départements d'outre-mer. Mené par l'organe public Cerema, ce rapport pointe les effets de l'avancée du "trait de côte" pour trois périodes : 2028, 2050 et 2100. "À 2028, environ un millier de bâtiments pourraient être touchés par le recul du trait de côte à l'échelle nationale. La valeur vénale des bâtiments identifiés, principalement résidentiels et commerciaux, est estimée à environ 240 millions d'euros. À l'horizon 2050, 5 200 logements et 1 400 locaux d'activité pourraient être affectés par le recul du trait de côte, représentant une valeur totale de 1,2 milliard d'euros. À l'horizon 2100, le nombre très élevé d'enjeux identifiés invite à une réflexion globale à l'échelle de grands territoires", trouve-t-on sur le site de Cerema.
Un rapport plus complet, de plusieurs dizaines de pages, est également consultable. On y trouve toute une série d'informations sur le type de bâtiments touchés, mais aussi sur les régions qui devraient le plus souffrir de la montée des eaux.
Pour les projections qui concernent 2028, on ne peut pas savoir avec certitude comment les côtes auront évolué, puisque cela dépendra des tempêtes, entre autres. "À 2028, la position du trait de côte dépendra ainsi souvent plus de l'effet de tempêtes morphogènes, par nature non prévisibles à l'échéance considérée, que de la tendance du recul chronique (moyenne de recul observée sur de longs pas de temps), lit-on. Par ailleurs, certains phénomènes sont difficilement prévisibles, en particulier sur les côtes à falaises. Les éboulements de falaises sont des mouvements de terrain pouvant mobiliser des milliers de m3 de matériaux. Ce phénomène peut faire l'objet de cartographies d'aléa basées sur l'intensité (caractéristiques et/ou impacts potentiels sur les enjeux humains) et sur la probabilité d'occurrence de tels phénomènes ; cette seconde composante ne peut pas être déterminée avec précision."
En résumé, on n'obtient pas avec cette étude une photographie du paysage français de 2028, mais une projection qui tient la route à deux ou trois ans près, selon les éléments dont on dispose aujourd'hui. "Pour ces différentes raisons, les projections du trait de côte réalisées pour le court terme à une échelle nationale, d'ici à 5 ans (2028), possèdent une part d'incertitudes. Ainsi, la position du trait de côte pourrait reculer plus rapidement qu'estimé à l'occasion d'un événement majeur, ou, à l'inverse, ne pas évoluer ou évoluer plus tardivement en l'absence d'événement significatif", précise le rapport.
Les chiffres sont tout de même interpellants. "Parmi les entités étudiées, 636 sont associées à des bâtiments résidentiels. L'étude a identifié 191 bâtiments à usage commercial. Parmi ceux-ci, 90 sont des hôtels, restaurants ou villages de vacances."
À l'horizon 2050, les chiffres sont plus impressionnants encore, avec 5 208 logements menacés, "dont près de 2 000 en résidences secondaires, soit 38 % du total. Il est à noter que les résidences principales occupées par leur propriétaire (1 246 logements) ne représentent que 24 % des logements atteints par le scénario 2050."
En outre, 117 campings sont menacés pour la même période. Un chiffre qui grimpe à 982 campings pour le scénario de 2100. "Trois départements – la Vendée, la Charente-Maritime et l'Hérault – compteraient chacun plus de 100 campings affectés. Au niveau national, cela représenterait près de 2 300 hectares de campings potentiellement impactés, correspondant à une atteinte moyenne de 47 % de la superficie totale de ces campings. Dans ce scénario, 413 campings seraient atteints à plus de 80 % de leur surface."
Au niveau des zones les plus touchées en 2050 par l'avancée des eaux, on pointe Mayotte, la Martinique, la Guadeloupe ou encore la Manche, le Var, les Bouches-du-Rhône, les Pyrénées-Atlantiques ou les Alpes-Maritimes et la Corse. Pour 2100, la Vendée et la Charente-Maritime sont aussi pointées, entre autres.