"Tous les garde-fous se sont effondrés": pourquoi "l'ultime offensive" de Netanyahou à Gaza marque un nouveau palier dans une guerre sans fin
Chars aux portes de Gaza, bombardements massifs, rhétorique guerrière : Netanyahou veut prouver qu'il tient encore les rênes. Mais cette offensive est loin d'être "la dernière", analyse Didier Leroy, chercheur à l'Institut royal supérieur de défense (IRSD).

- Publié le 16-09-2025 à 11h33
- Mis à jour le 16-09-2025 à 15h30

Depuis ce mardi, l'armée israélienne a lancé une offensive d'ampleur dans la ville de Gaza : bombardements massifs, chars déployés, et un discours martial du ministre de la Défense affirmant que "Gaza brûle".
Benjamin Netanyahou cherche à montrer qu'il garde la main, alors que la pression internationale s'accentue et que son propre camp gronde.
S'agit-il d'une ultime attaque pour en finir avec le Hamas ou d'un nouvel épisode d'une guerre qui s'enlise ? Que nous dit cette démonstration de force des rapports de pouvoir au Proche-Orient et de la place d'Israël sur la scène internationale ?
En dépit du malaise américain et de l'isolement sans précédent, Netanyahou a quelque part annoncé la couleur : l'offensive va se poursuivre"
L'illusion de la "dernière" offensive
D'ailleurs, peut-on réellement parler de "dernière" ou "ultime" offensive de Netanyahou sur Gaza ? Pour Didier Leroy, chercheur à l'Institut royal supérieur de défense (IRSD), la réponse est claire : "Personne ne sait prédire les choses mais il faut redouter que ce n'est pas une dernière offensive, au contraire je redoute de plus en plus qu'il faille prendre ces derniers propos au sérieux."
Le chercheur fait allusion aux déclarations suggérant que ce conflit "n'était que le début" suite aux frappes sur le Qatar. "En dépit du malaise américain et de l'isolement sans précédent", Netanyahou a quelque part annoncé la couleur : "l'offensive va se poursuivre".
Militairement, le déploiement massif de chars et l'intensification des bombardements dans la ville de Gaza représentent "sans doute un nouveau palier" selon l'expert. Il y voit "une sorte de sinistre cohérence dans cette campagne israélienne d'octobre 2023. On a une sorte de poursuite de l'escalade qui semble ne pas avoir de frein, tous les garde-fous se sont effondrés", analyse-t-il.
De plus, les acteurs de la région apparaissent "totalement impuissants face au blocus israélien, face aux bombardements", qu'il s'agisse des pays arabes du Golfe ou de l'Égypte.
Didier Leroy redoute en effet une stratégie de multiplication des écrans de fumée de la part du gouvernement israélien. "Pour de nouveau détourner l'attention qui déclenche les passions quand il est question de Gaza", Netanyahou pourrait ouvrir un deuxième round avec l'Iran ou laisser les choses déraper ailleurs.
Car si l'isolement israélien, diplomatique ou économique, reste surtout lié à la question palestinienne, il l'est "beaucoup moins pour la Syrie ou le Liban". Or, souligne le chercheur, "les choses ne sont finies nulle part".
Le soutien américain reste solide
Malgré la pression internationale croissante, le soutien américain demeure intact. Les déclarations de Rubio, secrétaire d'État américain, et Trump ne semblent pas afficher la moindre brèche à ce niveau en dépit des polarisations de la société et de l'identité aux États-Unis.
Si le président américain a réprimandé Israël pour l'attaque du 9 septembre au Qatar, allié des États-Unis, M. Rubio a assuré avant sa visite, entamée dimanche, qu'elle n'allait pas affecter la relation avec Israël.
Les messages sont même très clairs : la décision de priver la délégation palestinienne de visas en vue de l'Assemblée générale des Nations unies en témoigne.
"Sur le plan humanitaire, les paliers d'horreur sont déjà franchis, rappelle Didier Leroy. Le dernier rapport de l'ONU parlant de génocide confirme qu'on est au bout de l'horreur et la seule évolution qu'on pourra constater, c'est juste voir les nombres de morts augmenter encore. Il n'y a pas beaucoup de paliers à franchir à ce niveau, et on voit que le gouvernement israélien est prêt à faire fi de toute condamnation internationale, de toute décision de justice que ce soit la CPI ou autre."
Les risques d'embrasement régional
L'autre enjeu du moment, ce sont les risques d'embrasement régional, notamment au Liban, considéré comme une poudrière en suspens.
"Il y a une possibilité de boîte de Pandore dans chaque zone d'instabilité, prévient le chercheur. Au Liban, où les Américains poussent un agenda de désarmement, le pays risque de glisser vers une guerre civile. Si pour le moment, la communauté chiite se montrait docile, passive, presque accommodante, cela aura ses limites. À un moment donné, les forces armées libanaises et surtout ces éléments les moins en phase avec le Hezbollah se heurteront à ce dernier."
Par ailleurs, le dossier iranien reste celui qui a le plus d'importance aux yeux d'Israël. Si l'Iran devait subir une nouvelle offensive israélienne et que le pays sombre vers "une instabilité plus importante que jusqu'à présent", les acteurs du Golfe pourraient être contraints de choisir un camp.
"Et ces acteurs pensent avant tout à leur propre derrière, note Didier Leroy. Et voir l'Iran affaibli ou à genoux, ça pourrait ne pas être vu que dans un mauvais œil du côté d'Abu Dhabi ou de Doha."