Une affaire de deepfakes pornographiques fait grand bruit en Allemagne: "Jamais je n'aurais soupçonné mon mari"
Un présentateur allemand est accusé par son ex-femme d'avoir créé et diffusé des deepfakes pornographiques avec des photos d'elle. Une affaire qui secoue l'Allemagne et marque une nouvelle étape dans la prise de conscience, comparable à un #MeToo version numérique.

- Publié le 08-04-2026 à 17h50
- Mis à jour le 08-04-2026 à 18h05

"Tu m'as violée virtuellement". Ces mots prononcés par l'animatrice allemande Collien Fernandes dans un entretien accordé à Der Spiegel le 19 mars, ont déclenché une onde de choc en Allemagne. Elle y accuse son ex-mari, le présentateur Christian Ulmen, d'avoir fabriqué et diffusé à son insu des vidéos pornographiques truquées la mettant en scène sur les réseaux sociaux.
Alertée il y a cinq ans de la circulation de ces deepfakes, elle n'avait jamais réussi à en identifier l'origine ni à obtenir leur suppression. Selon elle, son ex-mari aurait finalement avoué être à l'origine de ces contenus. "Jamais je n'aurais soupçonné mon mari […] On m'a volé mon corps pendant des années", confie-t-elle.
D'après les informations de Der Spiegel, qui a pu consulter une plainte, Christian Ulmen aurait utilisé l'identité de son épouse de l'époque sur plusieurs plateformes, dont LinkedIn, pour entrer en contact avec "des centaines d'hommes". Il leur aurait transmis des contenus à caractère sexuel, et une trentaine d'entre eux aurait poursuivi les échanges sous forme de relations sexuelles à distance, pensant interagir avec l'animatrice. Collien Fernandes évoque également des faits de violences physiques. De son côté, Christian Ulmen conteste toute implication dans la création ou la diffusion de ces vidéos.
Une affaire nationale
Rapidement, l'affaire dépasse la sphère privée et prend une dimension nationale. À Hambourg, jusqu'à 17 000 personnes se sont rassemblés le 26 mars, en présence de Collien Fernandes, et à Berlin, plusieurs milliers ont répondu à l'appel du collectif Feminist Fight Club, dénonçant "les lacunes juridiques dans le contexte de la violence sexuelle, tant numérique qu'analogique en Allemagne". Car derrière le choc médiatique, un constat s'impose : en Allemagne, la création de deepfakes pornographiques n'est pas explicitement sanctionnée, comme le rapporte Le Monde.

Sous pression, la ministre de la Justice Stefanie Hubig assure qu'un projet de loi, déjà en préparation avant l'affaire, sera présenté rapidement et permettra notamment de bloquer les comptes à l'origine de ces contenus. "Je ne fais aucune distinction entre la violence analogique et la violence numérique", affirme-t-elle.
Une enquête du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung révèle également l'existence de groupes échangeant des techniques pour produire de fausses vidéos à partir d'images de personnalités, comme l'ancienne ministre Annalena Baerbock ou la militante climatique Luisa Neubauer. Les femmes exposées publiquement sont particulièrement visées, et pour celles qui en sont victimes, le parcours reste solitaire. "Tout le fardeau repose sur les victimes. Ça devrait pourtant être l'inverse", explique Anna-Lena von Hodenberg, de l'organisation HateAid, qui accompagne ces femmes.
"Il faut que la honte change de camp"
En choisissant de parler, Collien Fernandes refuse précisément cet isolement. Elle reprend une formule de Gisèle Pelicot devenue emblématique : "Il faut que la honte change de camp". "La grande majorité [des femmes] sont laissées seules face à cela, je veux que cela cesse, aussi pour la génération de ma fille", insiste-t-elle.
Interrogé au Bundestag, le chancelier Friedrich Merz a évoqué "l'explosion de violence dans notre société, tant dans le monde physique que numérique", tout en attribuant une partie de cette violence à "des groupes d'immigrés en Allemagne". Une déclaration vivement critiquée par l'opposition.