France : les premiers couvre-feux en vigueur, l'exécutif montre les muscles sur la réponse pénale
Les premiers couvre-feux sont entrés en vigueur lundi soir dans plusieurs villes de France, tandis que l'exécutif, sous un feu croisé de critiques, réaffirme vouloir la fermeté dans la réponse pénale aux auteurs des pillages et de violences.

- Publié le 20-10-2026 à 07h10
- Mis à jour le 20-10-2026 à 08h27
Sous pression, le gouvernement prévoit une nouvelle série de réunions d'urgence mardi, à commencer par une rencontre avec les représentants des "principales plateformes de réseaux sociaux", tandis que Bercy accueillera de son côté un "conseil des entreprises exceptionnel", en présence des ministres Roland Lescure (Économie), Jean-Pierre Farandou, Serge Papin et David Amiel (Comptes publics).
"Nous annoncerons les mesures de soutien aux commerçants et artisans directement impactés, pour leur assurer une reprise rapide de leur activité", a précisé Roland Lescure.
À Paris, Lyon, Bordeaux, Lille ou encore Nice, les couvre-feux ont débuté entre 20 heures et 22 heures lundi, dans certaines portions de ces métropoles seulement. Concernant Lille, Bordeaux et Nice, ils ne concernent que les mineurs.
Dans la capitale, c'est la place de la République ainsi que le quartier des Halles qui sont concernés depuis 23H00. Il est également interdit d'y manifester depuis 20H00, comme dans d'autres quartiers de Paris (Champs-Élysées, Bastille, gares...). Pendant la nuit, un hélicoptère a survolé le centre de Paris avec un large faisceau lumineux, selon une journaliste de l'AFP.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu dans la soirée à Marseille pour s'entretenir avec le maire Benoît Payan, à qui il a promis davantage de forces de l'ordre samedi prochain pour encadrer la prochaine manifestation.
Le Premier ministre se rendra quant à lui vendredi à Limoges, a annoncé Matignon.
67 personnes incarcérées
La cheffe des écologistes Marine Tondelier a émis des réserves face à ces "mesures d'exception" : "avant de (les) multiplier, le gouvernement doit rendre compte des décisions opérationnelles et stratégiques prises et des moyens engagés".
Critiqué sur sa droite pour un manque présumé de fermeté face aux violences, l'exécutif a annoncé, par la voix de Gérald Darmanin, 2.513 gardes à vue et 67 personnes incarcérées.
Le garde des Sceaux a également indiqué avoir envoyé "une instruction à tous les parquets de France pour leur demander de passer en qualification de criminalité organisée", faisant passer les gardes à vue de 48 à 72 heures.
À propos de l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges samedi, "le parquet national anti-terroriste s'est placé en position d'observateur et va savoir, dans les prochaines heures, s'il se saisit" a encore assuré Gérald Darmanin.
Lundi, le ministre de la Ville, Vincent Jeanbrun, a aussi annoncé sur X prendre "une circulaire" afin que "les délinquants se voient retirer de leurs prestations sociales l'équivalent des sommes issues de leurs trafics ou recels".
"Au moins 3.000 commerces" ont été touchés par des dégradations ou des pillages ce week-end, a annoncé le ministre Serge Papin, poussant le gouvernement à mettre en place des mesures de chômage partiel dès mardi ainsi qu'un "fonds de soutien spécifique".
Certains manifestants ont par ailleurs été grièvement blessés. À Mulhouse, une jeune femme de 17 ans a perdu un oeil. À Saint-Étienne, un jeune homme du même âge a eu la main arrachée par une grenade. Son avocat a annoncé lundi le dépôt d'une plainte contre l'auteur du tir ainsi que contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
À six mois de la présidentielle, le gouvernement est accusé d'avoir mal anticipé les manifestations et mal réagi aux débordements.
Laurent Nuñez a proposé sa démission dimanche et fait son mea-culpa le lendemain, en reconnaissant une "perte de contrôle" dans certaines villes, démission qu'Emmanuel Macron a refusée.
"Protéger" le droit à manifester
Les critiques ne se cantonnent pas aux oppositions : pour l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, "la réponse du gouvernement n'est pas à la hauteur de la situation. Il faut aller beaucoup plus loin pour reprendre le contrôle sans délai".
Le Premier ministre a été chargé par Emmanuel Macron de réunir partis, syndicats, collectivités et parlementaires. Jordan Bardella a néanmoins prévenu que ni lui ni Marine Le Pen ne comptaient se rendre en personne à ce rendez-vous.
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger : le président américain Donald Trump a écrit que "la France brûle", estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.
Lundi, Pékin a appelé ses ressortissants en France à "renforcer leur vigilance face aux risques". L'UE a dénoncé les pillages et incendies tout en appelant la France à "protéger" le droit à manifester pacifiquement.
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