La police anti-émeute de Géorgie, qui a fait usage de canons à eau contre les manifestants, est intervenue lorsqu'ils ont menacé de blocus le bâtiment de la commission électorale géorgienne. "J'appelle ceux qui prennent part à ces rassemblements illégaux à s'abstenir de tout acte illégal", a déclaré le chef du parti au pouvoir, Irakli Kobakhidze, lors d'une conférence de presse nocturne. "Les criminels seront bientôt en prison", a-t-il ajouté en référence aux dirigeants de l'opposition. L'artère principale de Tbilissi s'est transformée en une mer de drapeaux géorgiens alors que quelque 45.000 manifestants se rassemblaient devant le parlement, beaucoup portant des masques de protection en pleine vague de la pandémie de Covid-19 dans le pays. 

Selon les chiffres officiels, le Rêve géorgien du milliardaire Bidzina Ivanichvili a remporté les élections du 31 octobre avec un peu plus de 48% des voix, devançant de deux points les partis d'opposition qui s'étaient entendues pour former un gouvernement de coalition en cas de victoire. Celles-ci ont dénoncé des fraudes et refusé d'entrer au Parlement, faisant craindre une nouvelle crise politique dans ce pays où les élections provoquent souvent des remous et sont marquées régulièrement par d'importantes manifestations. Dans un communiqué publié après l'élection, les observateurs internationaux avaient estimé que l'élection avait respecté "les libertés fondamentales" mais était "loin d'être irréprochable". 

La délégation de l'Union européenne et l'ambassade des Etats-Unis en Géorgie ont eux publié un communiqué commun samedi, appelant à la création d'un "processus juridique crédible et inclusif pour remédier aux violations électorales avérées". 

La Géorgie, qui aspire à rejoindre l'Otan et l'UE, a pris un tournant clairement pro-occidental depuis l'arrivée au pouvoir de Mikheïl Saakachvili en 2003 après la révolution pacifique des Roses. Accusé d'abus de pouvoir, M. Saakachvili a du quitter le pays en 2013 après avoir perdu la présidence et vit depuis en exil. Le Rêve géorgien est lui solidement accroché au pouvoir depuis 2012 mais sa popularité chute, sur fond d'économie au ralenti et d'accusations de corruption visant le milliardaire Bidzina Ivanichvili.